Une volonté de dialogue des techniciens Avec les professionnels

25 février 2009

antenne.jpgL’équipe de l’antenne ITV de Segonzac et les techniciens des Chambres d’agriculture de Charente et de Charente-Maritime impliqués dans les actions de recherche sur la filière de production de vins de pays avaient invité une soixantaine de professionnels, des viticulteurs, des responsables des coopératives et des sociétés de négoce à une réunion de réflexion sur les études techniques en cours. Une quarantaine de personnes se sont retrouvées, il y a quelques semaines, au BNIC pour participer à un débat constructif initié par des techniciens soucieux de conduire des expérimentations correspondant aux attentes de la filière.

Mme Marie Descotis, l’ingénieur responsable de l’antenne ITV de Segonzac, et l’ensemble des techniciens ont souhaité avoir une démarche à la fois de transparence et pragmatique en provoquant cette réunion consacrée à l’expression des attentes techniques des professionnels. La perspective de la fin du contrat de plan à l’issue de l’année 2006 et les limites humaines amènent les techniciens à s’interroger sur leurs travaux de recherche. La structure du vignoble de vins de pays, 5 000 ha de vigne au sein d’une aire de production viticole proche de 80 000 ha, répartis dans un périmètre de 100 km d’ouest en est et du nord au sud rend naturellement beaucoup plus complexe la mise en œuvre des actions techniques. La variabilité de la nature des sols, les incidences climatiques locales, la diversité des acteurs économiques, l’antériorité ou la jeunesse des productions, la variété des types de vins commercialisés, l’absence de définition d’un vin de pays charentais type… ont tendance à multiplier les besoins et les demandes d’expérimentations techniques, mais la filière a-t-elle les moyens de satisfaire toutes les attentes ? Cette interrogation soulevée par les techniciens atteste de leur professionnalisme et de leur souci d’utiliser au mieux les moyens dont ils disposent. Compte tenu de l’augmentation des surfaces, la filière vin de pays charentais est confrontée à des volumes mis en marché nettement plus conséquents dont la seule fréquentation touristique estivale du littoral n’est plus suffisante pour en assurer l’écoulement en totalité. M. Jean-Jacques Hauselmann, le technicien du Syndicat des producteurs de VPC, a d’ailleurs clairement posé les bases du débat en reliant les aspects économiques de la filière aux démarches techniques d’élaboration : « Dans une région aussi touristique que la nôtre, la notion de vins de pays attachés à leur terroir est une réalité pour un certain nombre de producteurs qui vendent leurs vins au caveau à un public soucieux de découvrir la typicité de la région. Les viticulteurs et les coopératives qui se sont engagés dans cette voie cherchent bien évidemment à élaborer des vins ayant une typicité directement issue de la nature des terroirs. Cependant, ce débouché captif et intéressant n’est plus suffisant pour assurer la commercialisation de l’ensemble des volumes actuellement produits et la recherche de nouveaux marchés avec des vins plus marketés au sens technique et commercial du terme semble devenir un enjeu prioritaire. Néanmoins, un certain paradoxe apparaît au niveau de la production de vins de pays charentais puisque l’on produit trop pour limiter la commercialisation au niveau local et peut-être pas assez pour aller chercher des marchés internationaux demandeurs d’une constance de qualité et de volumes. »

Des expérimentations importantes sont en cours

Les travaux techniques concernant la filière de production des vins de pays charentais ont été stimulés par les nouvelles plantations dans la période 1995 à 2004. La première étape a été d’essayer de mieux connaître les potentialités des différents types de sols présents dans la région délimitée, les terres de champagnes, les groies, les doucins, et les argiles du pays bas. Des études pédologiques très précises ont été réalisées grâce à la méthode des secteurs de référence et cela a débouché sur des données très concrètes pour guider les viticulteurs dans l’implantation de leurs parcelles. Ensuite, les infrastructures techniques s’étant structurées avec l’implantation de l’antenne ITV de Segonzac, une étude de terroir a été mise en place pour acquérir des références techniques sur les potentialités des différents terroirs, des cépages et sur les itinéraires techniques les plus adaptés à la production de vins de qualité. Le terroir peut se définir comme un écosystème spécifique à un lieu donné dans lequel des facteurs climatologiques liés au sol et à la vigne interfèrent. La finalité de l’étude mise en place dans notre région est de caractériser l’effet terroir pour ensuite mieux pouvoir en valoriser ses potentialités pour la production de vins. Deux réseaux de parcelles de références ont été mis en place jusqu’à présent, le premier à partir de 2003 concerne le Merlot et le second à partir de 2004 concerne le Sauvignon. Ces deux cépages représentent une part dominante dans l’encépagement et depuis la production de ces 33 parcelles réparties dans l’ensemble de la région fait l’objet d’un suivi complet à la fois sur le plan viticole et œnologique. Le choix des sites de références intègre différentes unités pédo-climatiques et toutes les parcelles présentent des caractéristiques communes en terme de densité de plantation, d’âge des vignes, de vigueur et de méthode de conduite. Un niveau de production proche de la limite du rendement régional (80 hl/ha) est souhaité pour pouvoir comparer l’effet terroir de manière cohérente. La mise en service des nouvelles infrastructures de l’ITV à Segonzac permet de réaliser, depuis les vendanges 2004, des minivinifications de 50 l de la production de l’ensemble des parcelles. Les vinifications sont conduites d’une manière standardisée pour éviter l’impact des facteurs technologiques qui sont en mesure de modifier la structure qualitative des vins. La production de chaque parcelle et de chaque millésime est mise en bouteilles et ensuite dégustée par un jury d’experts. Ce travail de caractérisation doit s’inscrire dans la durée (au moins 5 années successives) pour tenir compte des effets millésimes particulièrement importants sous notre climat océanique. L’exemple récent des millésimes 2003 et 2004 aux caractéristiques très différentes et extrêmes conforte les techniciens dans leur volonté de pérenniser ces actions dans le temps.

L’’étude de terroirs nécessite du temps et des moyens importants

La première véritable synthèse de la caractérisation de l’effet terroir pour le Merlot et le Sauvignon ne pourra pas être envisagée avant 2008 ou 2009. Au cours de l’année 2006, l’étude doit être étendue aux cépages Chardonnay, cabernet sauvignon et cabernet franc, mais les équipes de l’ITV et des deux Chambres d’agriculture se demandent s’ils auront les moyens humains et techniques de conduire le suivi d’une quarantaine de parcelles supplémentaires.

M. Lionel Dumas-Lattaque, de la Chambre d’agriculture de Charente-Maritime, a d’ailleurs clairement exprimé les interrogations de tous les techniciens impliqués dans le groupe de travail sur les vins de pays charentais : « Ce matin, les techniciens des deux départements ont souhaité demander l’avis des professionnels sur les démarches techniques qui doivent être engagées sur la production de vins de pays dans l’avenir. L’enjeu est simple, le développement sur le chardonnay et les Cabernet franc et Sauvignon d’actions aussi complètes que sur le merlot et le sauvignon va nécessiter des moyens humains et techniques conséquents. Cela représente un travail colossal et sûrement très intéressant, mais nous n’avons pas les moyens de tout étudier. La surface importante du vignoble et la jeunesse du produit vin de pays constituent des spécificités et il nous faut apprendre notre métier. Il semble aussi que dans le contexte de marché actuel, des vins d’assemblages issus de divers terroirs constituent aussi une voie nouvelle en matière de commercialisation. Ne devons-nous pas intégrer cette évolution du type de produit dans les approches d’expérimentations qui sont mises en place ? La meilleure connaissance du contexte de production d’un cépage et la proposition des meilleurs assemblages possible ne constituent-ils pas une problématique d’actualité ? Le travail d’expérimentation de l’étude de terroir est une démarche lourde qui s’inscrit dans la durée et il faut savoir si nous devons être soit très ambitieux et maximalistes au niveau des moyens ou soit plus pragrmatiques et revenir à un travail plus général ? »

Des professionnels attachés aux travaux d’expérimentation

Le président de l’ITV, M. Bernard Gautier, a souhaité que les opérateurs de la filière vins de pays s’approprient leur outil de recherche technique. Les professionnels présents à la réunion, après avoir écouté la présentation des techniciens, ont exprimé l’intérêt qu’ils portent aux actions d’expérimentations sur la filière vins de pays. Le président du Comité des vins de pays charentais s’est montré favorable à l’extension du travail de l’étude de terroir aux trois autres cépages mais en limitant le nombre de parcelles étudiées. Il a aussi exprimé l’intérêt que représentent les travaux sur les systèmes de conduite du vignoble prioritairement axés sur les aspects de surface foliaire plutôt que sur les seules densités de plantation.

Les techniciens, Mme M. Descotis et L Dusquesne, ont répondu qu’ils souhaitaient s’intéresser aux aspects mode de conduite mais en y intégrant un volet objectif produit différencié (l’un consacré aux vins de terroirs et l’autre à des vins plus technologiques). Mme Caroline Quéré, viticultrice à Chanier, a insisté sur le fait que le vin de pays charentais englobait aujourd’hui une diversité de produits : des vins de garde, des vins plus fruités et pourquoi pas demain des vins très légers, faciles à boire. La définition d’un vin de pays charentais type n’existe pas à ce jour et les attentes des consommateurs sont variées. Le rôle des producteurs est de satisfaire tous les besoins et pour atteindre cet objectif la mise en œuvre de travaux sur les systèmes de conduite et les itinéraires culturaux constitue une démarche prioritaire.

M. Vincent Painturaud, de la coopérative Syntéane, considère qu’il faut continuer les travaux sur les cépages dans le long terme mais en recentrant les choses sur les paramètres essentiels. La mise en commun des travaux réalisés par les différents organismes et leur communication constituent aussi un des enjeux importants pour justement recentrer les moyens sur des thèmes essentiels qui ne sont pas déjà travaillés par ailleurs. Il a aussi souhaité le développement d’expérimentations sur les produits œnologiques et certaines nouvelles pratiques de vinification où il y a un manque de références scientifiques indépendantes de toutes contingences commerciales.

M. Bernard Georgeon, viticulteur à Segonzac, a fait remarquer pour sa part que les travaux sur les itinéraires techniques au vignoble doivent plus tenir compte des aspects économiques et des coûts de production. M. Éric Durant, de la cave Saintonge Romane à Burie et M. Yves Marilleau, de la cave du Liboreau à Siecq, ont souhaité pour leur part l’extension des travaux d’études de terroirs aux autres cépages comme il était prévu à l’origine. A l’issue de cette réunion où le débat a été vaste, il a été décidé que les techniciens feraient de nouvelles propositions aux professionnels sur les objectifs des expérimentations dans les années à venir.

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