Interview de jean-Christophe Baraud, président du CIMVC

22 décembre 2016

Comme les autres filières, la filière des vins sans indication d’origine (VSIG) est concernée par le contingent unique de 800 ha de plantations nouvelles demandé par le bassin Charentes-Cognac. Président depuis un an du CIMVC (Comité interprofessionnel des moûts et vins des Charentes) Jean-Christophe Baraud évoque une série de thèmes : la recherche sur des cépages adaptés aux vins de base mousseux, les attentes des viticulteurs, les défis à relever, la stigmatisation de la viticulture face aux « pesticides »…

Cette demande de 800 ha d’autorisations de plantations nouvelles vous convient-elle ?

 

Elle présente au moins l’avantage de satisfaire à peu près tout le monde, le Cognac comme les autres filières. Après, qu’adviendra-t-il ? Nos filières vins et même Pineau pourront-elles décrocher des surfaces ou bien le Cognac cannibalisera-t-il toute l’enveloppe ? Le Business plan défendu par le CIMVC fait état d’un besoin à terme de 2 à 3 000 ha. Y arriverons-nous, à quelle échéance ? Pourtant je pense qu’il y a quelque chose à faire dans la région autour des Vins sans indication géographique, surtout dans les crus périphériques comme le mien (Jean-Christophe Baraud est viticulteur en Bons Bois NDLR). Ici, à Cognac, une telle diversité de situations existe, entre les crus, les viticulteurs (vendeurs directs, livreurs de vins, bouilleurs ce crus),   livreurs à tel négociant, à tel autre…. En termes de disparité, je crois que notre vignoble ne connaît pas d’équivalent en France. A cet égard, les vins sans IG apparaissent comme le plus petit dénominateur commun. Ils représentent un filet de sécurité, celui qui permet de s’en sortir quand les affaires vont mal.  Je n’ai – que – 45 ans mais j’ai connu la crise. J’ai fait partie de ceux qui étaient sur les « barrages » en 1998. De manière plus positive, les vins de base mousseux comme le Prosecco et d’autres, nous montrent aujourd’hui la voie. A condition d’être bien valorisée, ils peuvent être source intéressante de revenus.

 

Pas autant que le Cognac ?

 

Dans les crus centraux, sans doute pas. Mais ici, ce n’est pas tout à fait pareil. Quand le Cognac décroche, nous sommes les premiers à trinquer même si, en pleine euphorie, ce sont les Bons Bois qui vendent le plus cher, parce qu’il n’y a plus d’eaux-de-vie ailleurs. Le Cognac a intérêt à marcher fort pour absorber les nouvelles plantations. Certes, les 800 ha qui risquent d’être accordés l’an prochain ne se planteront pas dans leur intégralité en 2017 . Les viticulteurs ont trois ans pour le faire. Mais entre les plantations 2016 et celle de 2015 plus les plantations anticipées, ce sont sans doute pas loin de 2 000 ha qui vont arriver en deux ans. Sans parler de la prochaine campagne de distillation. Malgré des conditions climatiques difficiles, nous allons distiller pas loin de 200 000 hl AP en plus de nos besoins. C’est peut-être basique comme raisonnement mais souhaitons que la courbe des ventes de Cognac ne s’infléchisse pas. Quelque part, cette politique de plantation annuelle permise par le nouveau régime est un peu débile. Qui plus est, elle s’appuie sur un système d’attribution au prorata des demandes. A la limite, il vaudrait mieux appliquer à chacun la règle du 1 % de croissance. Mais ce n’est pas possible.

 

L’économie des vins de base peut-elle s’avérer une économie vertueuse ?

 

J’ose l’espérer. On ne peut nier qu’ici, dans cette région, les négociants font leur boulot, y compris les négociants en vin. Quand ils ne trouvent pas les volumes nécessaires, ils vont les chercher à l’extérieur. Après, il faut que les viticulteurs s’y retrouvent. Les négociants, eux, s’y retrouvent toujours. On n’en a jamais vu un couler. Je rejoins Stéphane Roy, le président de l’UGVC, quand il dit que les viticulteurs qui s’engagent dans les VSIG ne doivent pas être pris pour des dindons.

 

Au printemps dernier, une partie des négociants en vins se déclaraient réticents à  une demande de contingent unique pour la région.

 

En effet. Car si tout le monde s’accordait sur l’intérêt de surfaces supplémentaires, nous savions aussi que nous ne pourrions rien maîtriser en termes d’aiguillage. Lors du dernier Comité de bassin, le 25 octobre, Hervé Pogliani, vice-président du CIMVC, a d’ailleurs précisé que si rien n’était fait sur le statut du vin Cognac, le CIMVC ne donnerait pas son aval l’an prochain à un contingent unique. Il se rallierait à la position nationale de l’ANIVIN.

 

Si la filière Cognac doit avancer sur le statut du vin, ne deviez-vous pas vous-même progresser sur la piste de cépages différenciants. Où en êtes vous ?

 

Le CIMVC  a missionné un chercheur de l’INRA de Montpellier, Jean-Michel Boursiquot, pour qu’il travaille sur des cépages adaptés aux vins de base mousseux, un peu dans l’esprit du Prosecco italien ou plus exactement du cépage Glera, Prosecco étant le nom de la dénomination d’origine. Outre le fait que J.M Boursiquot soit reconnu comme l’un des meilleurs spécialistes de l’ampélographie, il est aussi d’origine charentaise. Il connaît bien la problématique régionale, ses terroirs, sa climatologie. Si, en plus, dans le cadre de ses recherches, nous pouvions aller vers un cépage résistant aux maladies, ce serait bien. Même chose pour le rendement.

C’est-à-dire ?

 

 

A l’évidence, pour rendre la production des vins de base mousseux rémunératrice, il faut viser un bon potentiel de rendement, une adaptation à la mécanisation des travaux, sans doute l’apport de la ferti-irrigation pour optimiser les volumes. C’est grâce à tous ces paramètres que l’essai sera transformé.

 

Vous tenez un discours assez critique face aux écologistes qui mettent en cause le recours aux pesticides.

 

Il faut arrêter ! Ce n’est pas par plaisir que nous utilisons des produits phytosanitaires. C’est pour protéger les cultures. Si demain, nous voulons des ZAD ou des Sivens partout, il faut le dire. Nous ne produirons plus rien et nous importerons de la m…On nous dit que la salade est polluée par les pesticides. Mais il faudrait en manger 50 kg par jour pour être malade. Que les anti-pesticides s’en prennent alors aux pharmacies et aux traitements chimio., sans doute plus dangereux pour la qualité des eaux que nos produits phyto. Dans ces conditions, doit-on choisir l’homéopathie pour soigner le cancer ? Pour revenir à notre sujet, je ne suis pas contre la viticulture bio mais son parcours est jalonné d’impasses techniques.

 

 

 

 Bio express

Jean-Christophe Baraud exploite 22 ha de vignes et 60 ha de terres à Vallet, commune de Montendre (cru Bons Bois). Sur son exploitation viticole, 13 ha sont consacrés au Cognac, 2 aux moûts Pineau, 7 ha aux Vins de pays et VSIG, dont des Chardonnay. Adhérent de la cave des Vignerons de Tutiac à Marcillac, en Gironde, pour ses vins, il fait partie des administrateurs de la coopérative. En Charentes, il est membre de l’UGVC, siège à l’assemblée plénière du BNIC, au bureau de l’ODG Cognac. Son mandat de trois ans comme président du CIMVC, il l’exerce depuis décembre 2016. Vice-président de la Coordination rurale 17, il siège à la Chambre d’agriculture départementale. Installé depui 1995, il a 45 ans.

 

 

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