ORECO : Le franchissement d’un palier

24 juillet 2012

De 2012 à 2017, la structure collective ORECO a prévu de construire sept nouveaux chais de 40 000 hl vol., voire plus si la demande s’accélère. Le challenge ! Suivre la croissance du Cognac. Selon le programme réalisé, ORECO devrait augmenter légèrement pour représenter à terme 20 % du stock régional. Une massification des volumes qui pose la question du financement et… des fûts roux. Interview de Daniel de Saint Ours, directeur général délégué de la société de stockage.

p17.jpgQuand avez-vous perçu l’accélération ?

Une forte demande s’était manifestée dès 2008 et s’est confirmée par la suite. Un palier a été franchi en 2010, à l’orée de la deuxième décennie du nouveau millénaire. Nos principaux donneurs d’ordre, les maisons de Cognac, nous ont exprimé leurs besoins, avec en toile de fond l’objectif des 20 millions de caisses dans dix ans.

Comment y avez-vous répondu ?

Dès 2008, nous avons commencé un programme accéléré de construction de chais. Entre 2008 et 2011, neuf chais de 20 000 hl vol. sont sortis de terre. Et puis la demande de nos clients s’est faite beaucoup plus précise, beaucoup plus pressante. Nous avons alors demandé à un cabinet d’ingénierie parisien de réfléchir au modèle de chai qui conviendrait le mieux à cette massification des besoins. En est sorti un format de chai de 40 000 hl vol., sprinklé. Un nouveau programme a été lancé, qui s’étend de 2012 à 2017. Sur cinq ans, il est prévu d’édifier sept nouveaux chais de 40 000 hl vol.

Où cela ?

Toujours à Merpins. Car non seulement l’extension de nos capacités de stockage est conçue pour répondre à la croissance du Cognac, mais elle doit aussi nous aider à rationaliser notre process industriel, en concentrant l’entreposage des eaux-de-vie en quelques lieux*. Oreco loue encore une cinquantaine de petits chais disséminés dans la campagne. A terme, nous allons rapatrier leur capacité sur Merpins. A l’heure des économies de coûts, envoyer une équipe à l’autre bout du département pendant une journée pour dépoter une centaine d’hl vol. n’a plus de sens.

Une fois les nouveaux chais construits, le site de Merpins atteindra quel volume ?

Il atteindra 760 000 hl vol. sur un total de d’1,1-1,2 million d’hl vol. pour l’ensemble des chais ORECO. Le site de Merpins est passé Seveso seuil haut comme c’est déjà le cas pour quelques sites : Haut-Bagnolet chez Hennessy, l’unité de stockage de Rémy Martin à Merpins.

Quelle part du stock régional devrait être gérée par ORECO ?

Selon l’anticipation actuelle, en 2017, nous pourrions atteindre 20 % du stock régional, soit un peu plus d’1 million d’hl vol. sur un stock régional équivalent à 5 millions d’hl vol. Un objectif qui, aujourd’hui, semble équilibré et cohérent avec les besoins. Mais de quoi demain sera-t-il fait ? La décision appartient au conseil d’administration. A ce jour, le projet des sept chais a été budgété et présenté au conseil, qui l’a approuvé. Mais c’est un programme glissant. Chaque année, nous revenons vers le conseil d’administration à deux reprises, en avril et en octobre. A cette occasion, les administrateurs se réservent la possibilité d’ajuster les investissements. En octobre prochain par exemple, ils décideront de suivre le plan d’investissement ou au contraire d’en modifier le rythme. Depuis 2008, la tendance a toujours été à l’accélération. Pour autant, l’équation n’est pas simple à résoudre. Elle repose sur un triptyque : l’expression des besoins, le financement et la futaille.

Qu’est-ce à dire ?

Je ne reviendrai pas sur les besoins, qui découlent d’un constat de marché. Par contre, la question du financement constitue une vraie problématique. La construction de chais représente un poids financier très lourd pour la PME que nous sommes. Cette année, le chiffre d’affaires d’ORECO devrait tourner autour de 16,5 millions d’€ avec une projection à 20 millions d’€ dans les cinq ans à venir. Un chai de 40 000 hl vol., équipé de casiers de stockage et de racks coûte environ 2,2 millions d’€. Ce type de chai contient 11 000 fûts. Si l’on considère que fûts neufs et fûts roux se partagent à égalité, il faut rajouter à peu près la même somme soit, au final, un investissement de 4 à 5 millions d’€ pour un seul entrepôt. Et nous allons en construire sept en cinq ans. Sachant que la part autofinancée par ORECO s’élève à environ 20 %, le montant des encours financiers extérieurs est élevé. Certes, nos partenaires financiers nous suivent et estiment que le modèle économique d’ORECO est sain, fiable, viable. Il n’en reste pas moins que le dossier est complexe. Sans opposition de principe et alors même que le courant s’avère très porteur pour la filière Cognac, la Banque de France a souligné le fait qu’un tel degré d’endettement fragiliserait l’entreprise en cas de retournement brutal de situation. Aujourd’hui, les réflexions en sont là. Nous envisageons toutes les pistes susceptibles d’apporter plus de sérénité à la structure dont, au premier chef, l’augmentation du capital social ou le recours à un prêt participatif. Nous en sommes à la phase d’étude.

En plus de la problématique du financement, vous évoquez celle des fûts.

Oui, il s’agit d’un problème plus matériel qui tient à la raréfaction, sur la place de Cognac, des fûts roux. Ne serait-ce que pour des questions qualitatives, ORECO a besoin de s’alimenter en fûts roux, des fûts qui ont déjà quelques années d’usage. Or, actuellement, le courant est à peu près tari, tant les besoins sont importants, partout. Auparavant, les déstockages de chais des négociants nous assuraient une fourniture régulière de fûts roux, complétée par quelques réparations en tonnelleries. Mais en 2012, tout le monde construit des chais, tout le monde reprend ses fûts et les garde pour soi. Trouver des fûts roux relève de la gageure. Cela devient très compliqué.

Il vous reste toujours la possibilité d’acheter des fûts neufs.

Certes mais cela ne correspond pas au même prix ni au même usage. Pour l’instant, je ne pense pas que nous rencontrions de problème d’approvisionnement en fûts neufs. ORECO travaille avec quasiment tous les tonneliers de la place et, par rapport aux commandes des grandes maisons, notre société n’occupe pas une position dominante. Nous pourrions doubler nos besoins sans bousculer les équilibres. Par ailleurs, jusqu’à maintenant, les tonneliers s’avéraient un peu en surcapacité par rapport à leurs clients du vin. La situation du vin s’améliore mais la demande de fûts neufs ne va pas exploser, autant pour des raisons qualitatives que financières. Maintenant, si le vin repartait à fond en même temps que le Cognac, nous pourrions avoir quelques soucis. Le bois ne suivrait plus. Dans notre métier de stockeur sous bois, c’est bien la combinatoire marché, futaille et financement qui dicte le plan de marche. Impossible de s’exonérer de ces trois éléments.

Quels sont les clients d’ORECO ?

Tout le monde. Ce sont les maisons de négoce, quelle que soit leur taille, les marchands en gros pour des opérations de portage, les viticulteurs qui souhaitent retrouver une position de stockeurs, conformément aux recommandations de leur syndicat, sans forcément faire vieillir dans leurs propres chais… Jusqu’à présent, nous avions la réserve de gestion qui semble mise en sommeil pour la prochaine campagne mais qui devrait renaître par la suite. Tous ces facteurs, mis bout à bout, expliquent que le stock géré par ORECO atteigne un million d’hl vol. Pour nous, chaque décision d’augmenter la mise en stock de 3 ou 4 % se traduit, mathématiquement, par le besoin d’un chai supplémentaire de 40 000 hl vol.

Cette montée en puissance d’ORECO vous réjouit-elle ou vous inquiète-t-elle au contraire ?

Ni l’un ni l’autre. Nous avions anticipé cette massification en nous dotant d’outils de gestion adaptés, tel que le système informatique de planification des tâches, la transmission des ordres techniques, les enregistrements, la traçabilité. Ceci dit, je pensais que 20 % du stock régional semblait raisonnable. S’il faut aller au-delà pour accompagner la croissance du Cognac, nous y parviendrons. A dire vrai, un léger ralentissement ne nous gênerait pas. Cela nous permettrait de construire à un rythme plus sage, sans avoir besoin de rentrer les eaux-de-vie avant la toiture. C’est une image !

Quel intérêt vos clients ont-ils à stocker à ORECO ?

L’intérêt s’apprécie à plusieurs niveaux. Nous leur apportons d’abord de la souplesse. Plutôt que de « s’embarquer » dans la construction d’un chai qui s’avérera ou trop petit ou trop grand, ils peuvent se « caler », se tester chez nous. Je pense notamment aux viticulteurs qui s’agrandissent, qui immobilisent beaucoup de capitaux dans le vignoble, les équipements, mais qui veulent néanmoins stocker. Mettre une partie de leur stock à ORECO – au moins la part variable – peut constituer un bon calcul. C’est un facteur d’ajustement. Stocker à ORECO délivre du souci de la futaille, de la mise aux normes des bâtiments. En tant que spécialiste du stockage, la société optimise le process technique : chariot élévateur performant, pompe performante, réseau de canalisation inox… Cette logistique maîtrisée permet de contenir les coûts.

Une telle structure collective, prestataire de service dans le domaine du stockage, existe-t-elle ailleurs au monde ?

A mon sens non. Je ne connais pas d’autres exemples d’une telle régie de stockage. Les fabricants de Whiskies possèdent des structures mixtes, à plusieurs sociétés mais rien d’équivalent. Je crois que nous sommes la seule société au monde à offrir ce type de service.

Les projets d’ORECO ?

Gérer notre développement en espérant que les réserves foncières de Merpins suffiront. Depuis notre installation sur le site de Merpins, nous entretenons de très bonnes relations avec les riverains. Aujourd’hui, nous notons cependant chez eux une inquiétude légitime, celle de voir trop de chais se construire. Si la croissance s’accélérait, l’idée d’essaimer ailleurs ferait son chemin. Pour être viable, le nouveau lieu devrait au moins accueillir cinq chais. Mais nous n’en sommes pas là. Pour l’instant, nous privilégions le développement sur Merpins.

* En plus du site principal de Merpins, ORECO possède quatre autres sites en propriété : Saint-Martin, Pierre-Levée, Mas-d’Usson, Luprie.

Six mois pour construire un chai
En ce début d’été 2012, trois chais sont en cours de finition sur le site ORECO de Merpins et un quatrième va sortir de terre en septembre. Les poteaux arrivent pré-assemblés. Ils sont posés puis reliés entre eux par les murs en agglomérés. Les racks sont installés à l’intérieur et, au fur et à mesure que les casiers sont montés, on y rentre la futaille. A la fin l’allée centrale est coulée. En général, les eaux-de-vie arrivent le lendemain de la livraison du bâtiment. Tous les chais sont équipés de sprinklers (système de protection contre l’incendie). C’est une obligation pour les chais dépassant les 20 000 hl vol. Les chais ORECO ne présentent pas de particularités par rapport aux autres chais régionaux. Ils sont bâtis un peu sur le même modèle que les chais Hennessy. A noter que le prochain chai édifié en septembre 2012 par ORECO sera le premier à intégrer les nouvelles normes parasismiques qui s’imposent depuis le 1er mai 2011, y compris d’ailleurs aux maisons individuelles (se renseigner). Sont concernées la taille des poteaux, la charpente… A la clé, un surcoût, forcément.
Camus, Courvoisier, Hennessy, Martell, Rémy Martin… La région assiste à une floraison de chais. Le site Oreco de Merpins fait partie du club très fermé des Seveso seuil haut. Par rapport à la DREAL (Installations classées), au SDIS (Service départemental d’incendie et de secours), Seveso seuil haut se traduit par une gestion de la sécurité bien plus rigoureuse, notamment liée aux procédures de détection incendies, d’intrusion. Code d’accès pour les personnes intervenant sur le site, robinets d’incendie armés, réservoirs d’eau, portes coupe-feu… La panoplie des prescriptions est longue.

Bio
Né en 1964, Daniel de Saint-Ours a fait des études scientifiques avant de s’engager dans la marine. Il entame en suivant une carrière de pilote de chasse dans l’Aéronavale. Il finira comme moniteur de pilotage à la section marine de Cognac. Suite au plan Armées 2000 du président Chirac, il décide de changer d’orientation. « Je n’avais pas envie de devenir pilote à Air France comme beaucoup de mes petits camarades » dit-il. Il préfère découvrir le monde de l’entreprise. Après un BTS viti-œno, il obtient un master en management à Sup de co Bordeaux. En 1998, il intègre ORECO, en tant que directeur technique. Ses premières missions concernent la qualité/produit, la productivité et l’amélioration continue, dans le cadre de la mise en place des 35 heures. Il s’investira aussi beaucoup dans l’outil de gestion informatique. En décembre 2009, il accède à la direction générale d’ORECO, au départ de Martine Fourquet.

Augmentation de 2 % des tarifs
« ORECO avait maintenu ses tarifs sans changement depuis cinq ans, ce qui correspondait donc à une baisse relative compte tenu de l’augmentation de prix sur la période » indique le directeur général délégué, Daniel de Saint Ours. Cette année, la société de prestations de services a décidé d’augmenter de 2 % ses tarifs « pour tenir compte de la hausse des coûts. »
Sans changement, les tarifs sont variables en fonction des quantités stockées et de la futaille choisie. Par contre, toutes les prestations font l’objet d’un forfait commun à tous, d’un « package » : inventaire annuel, prises d’échantillons, assurance des eaux-de-vie (nouveau : depuis le 1er juillet 2011), assemblage des lots sur demande des clients… La spécificité d’ORECO est d’individualiser les lots et de ne pas intervenir sur les eaux-de-vie. Une eau-de-vie rentrée l’année N a de fortes chances de sortir dans le même fût l’année N + 3 ou N + 4. Si changement de futaille il y a, il se fera à la demande du client, pour des raisons qualitatives (éviter de stocker trop longtemps en fût neuf…). La société observe une tendance de fond : la demande de clients d’homogénéiser des lots de plus en plus importants, après la période de stockage. C’est pourquoi, elle s’est dotée de cuves inox de 2 000 hl vol. pour fournir des lots homogénéisés. Si les premiers assemblages qualitatifs peuvent se faire à ORECO, ils ne présument en rien des coupes « maîtres de chai » qui se réalisent chez le négociant, après la reprise de ses eaux-de-vie. La durée moyenne de stockage dans les magasins généraux ORECO a progressé, premiumisation du Cognac oblige. Elle tend aujourd’hui vers les quatre ans.
Sur le rapport fût/tonneaux, ORECO souhaite conserver la proportion de 80/20, 80 % de fûts, 20 % de tonneaux. Les chais sont « entièrement tonneaux » ou « entièrement fûts ». L’un des chais de 40 000 hl est cependant mixte, avec 50 tonneaux et 5 000 fûts.
La progression volumique d’ORECO va-t-elle entraîner l’embauche de nouveaux salariés ? En fait, D. de Saint Ours parle d’une substitution de postes. Le système de gestion plus performant permet d’alléger les emplois de bureau pour les concentrer sur des emplois de chais. Le profil de ces postes correspond à des jeunes BTS plutôt filières techniques, avec des compétences en sécurité, hygiène. « Nous les recrutons sur des critères précis mais aussi sur leur goût prononcé pour le produit, la filière. C’est une question de perception de la qualité du produit. Nous ne « brassons » pas des conserves de légumes ou de l’eau minérale. Le Cognac est un produit noble, cher, rare et dangereux. »

 

 

 

 

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