Nouvelles approches de désherbage contre le Ray-Grass Et les géraniums

12 mars 2009

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Du ray-grass bien implanté et ayant un comportement « colonisant ».

Depuis quelques années, il semble qu’à la fin de chaque hiver un certain nombre de parcelles soient envahies par des flores dominantes de ray-grass ou de géranium. Les stratégies classiques de traitements herbicides au printemps ne permettent pas de contrôler totalement ces herbes qui continuent de prospérer. L’équipe de techniciens de la Chambre d’agriculture de la Charente a décidé de mettre en place cette année une plate-forme d’essais sur ce sujet et nous en publions les premiers résultats.

 

 

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Des géraniums ayant atteint un stade de développement préoccupant.

Le désherbage chimique doit en permanence s’adapter à l’évolution de la flore et depuis quelques années deux herbes, le ray-grass et le géranium, semblent connaître un développement plus important au printemps. Dans certaines parcelles, il arrive que ces herbes aient colonisé de manière dominante le sol au point qu’il faut envisager une intervention spécifique. La disparition des catalogues de lutte des principales matières actives résiduaires qui n’ont pas été remplacées a aussi entraîné une utilisation plus fréquente des deux principaux herbicides foliaires, le glyphosate et l’amitrol (ex. aminotriazole). La flore de certaines parcelles n’est-elle pas en train de devenir résistante à des applications trop standardisées d’herbicides foliaires ? La difficulté accrue à contrôler au printemps des herbes comme le ray-grass et le géranium est une réalité qui suscite de nombreuses interrogations. Le contexte réglementaire de l’utilisation des herbicides en viticulture (un choix de produit de plus en plus restreint) devenant de plus en plus contraignant, de nouvelles réponses techniques et réalistes sur le plan économique et environnemental doivent être proposées.

C’est pour essayer de répondre à cette problématique que l’équipe de techniciens viticoles de l’antenne de Cognac de la Chambre d’agriculture de la Charente a mis en place un gros programme d’expérimentation sur le désherbage chimique depuis 10 ans. La récente émergence dans un certain nombre de parcelles de flore de géranium et de ray-grass plus dominante ou peut-être résistante à des programmes de désherbage de printemps classique a amené Yoann Lefèbvre (le technicien viticole à la Chambre d’agriculture de Charente) à mettre cette année en place une plate-forme d’essai spécifique.

Mettre au point des stratégies de lutte spécifiques contre le Ray-grass et le géranium

Le souci d’utiliser les deux principales matières actives ayant une action foliaire, le glyphosate et l’amitrol, d’une manière beaucoup plus optimisée et d’y adjoindre l’emploi d’anti-graminées plus spécifiques a amené les techniciens à essayer de construire de nouveaux programmes de traitements. Jusqu’à présent, la plupart des viticulteurs contrôlent les herbes au printemps dans les parcelles en réalisant une seule intervention située en général entre le 10 mars et le 30 avril. Or dans ce délai d’application relativement long, les flores de ray-grass et de géranium peuvent être à des stades de développement très différents, ce qui rend leur destruction plus aléatoire.

L’évolution de la climatologie de la fin des hivers et du début du printemps interfère aussi sur le développement de la flore d’adventices et il devient plus difficile pour les viticulteurs de positionner de façon judicieuse le traitement unique. Au fil des années, ces stratégies de lutte herbicide dites « à spectre large » s’avèrent parfois décevantes sur une de ces deux herbes au point qu’il devient nécessaire d’effectuer des interventions de rattrapage (généralement plus onéreuses).

C’est en faisant ce constat que Yoann Lefèbvre et son équipe ont eu l’idée de mettre en place une plate-forme de désherbage sur ces deux herbes en essayant de différencier les approches de lutte. En fait, l’objectif de cet essai est de trouver le programme de lutte chimique le plus adapté à une lutte spécifique pour contrôler ces herbes en intervenant sur le type de matières actives utilisées, les doses employées et les époques d’application (en relation avec le stade de développement des herbes).

Deux sites d’essais représentatifs du contexte pratique des viticulteurs

La difficulté pour mettre en place une telle expérimentation consiste dans le choix de sites qui doivent être à la fois représentatifs des situations d’échec auxquels les viticulteurs sont confrontés et adaptés aux exigences du dispositif expérimental. Un premier site très fortement infesté en ray-grass a été implanté à Champagne-Vigny sur une parcelle de vigne de terre de Champagne assez profonde. Ce site possède un enherbement naturel des interlignes qui a progressivement évolué (sans passé par un herbicide) vers une flore déterminante en ray-grass. Y. Lefèbvre a choisi cette situation en raison, d’une part, de sa forte infestation et, d’autre part, de son absence de passé herbicide ? Ce dernier critère est important pour suivre et comparer dans les mois et les années à venir la réaction du RG aux différents programmes d’herbicides.

La recherche d’un site majoritairement implanté en géranium s’est avérée plus complexe car la présence de cette plante est la conséquence d’une évolution de la flore sous la pression des stratégies d’herbicides. Le degré de couverture du sol variable par cette herbe est irrégulier, ce qui pose des problèmes pour réaliser des mesures d’efficacité après les traitements. Les parcelles ayant un historique de lutte herbicide important (plutôt en désherbage en plein) sont en général les plus infestées. Le choix de Y. Lefèbvre s’est porté sur un site proche de Rouillac où le passé de désherbage en plein de la parcelle (des terres de groies) a entraîné le développement d’une flore dominante de géranium.

Le Ray-grass a une très bonne capacité d’adaptation

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M. Yoann Lefèbvre, le technicien viticole à la Chambre d’agriculture de la Charente.

Le ray-grass est une graminée présente naturellement dans la flore d’adventice de notre région mais avec le développement de l’enherbement naturel dans les interlignes, sa colonisation connaît localement une réelle extension. Les observations de la flore ont mis en évidence que les herbes identifiées communément sous l’appellation de ray-grass dans les parcelles sont en fait du ray-grass anglais (de l’Ivraie). C’est une plante vivace à tige dressée qui a la capacité d’émettre beaucoup de thalles. En hiver, cette herbe résiste bien au froid et lors des printemps chauds et entrecoupés de périodes pluvieuses, elle a la capacité de se développer assez rapidement. Au cours de l’été, le ray-grass est un « gros consommateur » des réserves hydriques du sol et lors des périodes de sécheresse, son dessèchement foliaire ne signifie pas pour autant que son système racinaire est détruit. A la faveur de pluies à l’automne, il peut redémarrer souvent avec une vigueur accrue ; ce qui confirme sa rusticité et son implantation durable dans le milieu. Cette plante a la capacité de bien s’enraciner et de se développer sous forme de touffes très colonisatrices qui, au fil du temps, deviennent plus difficiles à détruire.

Huit stratégies de lutte à l’essai

L’essai de lutte contre le ray-grass a été conduit en tenant compte du stade de développement de la flore qui, dès le début du mois de mars, avait atteint une hauteur de 25 à 30 cm. Cette année, le climat pluvieux de février avait stimulé le redémarrage du R-G dans cette parcelle et la chaleur à la mi-mars a littéralement « dopé » la croissance. Le traitement est intervenu sur une flore au stade montaison où elle est plus réceptive aux applications d’herbicides. Le souhait de Y. Lefèbvre était de placer tous les produits dans les mêmes conditions en terme d’époque d’application. Les 8 modalités de lutte chimique ont été pulvérisées le 12 mars sur la parcelle de Champagne-Vigny. La pulvérisation a été effectuée en utilisant du matériel classique : un volume de 200 l/ha (en plein), une pression d’utilisation de 2 bars, des buses à limitation de dérive teejet TT et une hygrométrie de 50 %. Le volume de bouillie/ha peut paraître excessif mais l’importance du couvert végétal le justifiait pleinement. L’utilisation de litrages de bouillie trop faibles (en pulvérisation classique) sur une végétation abondante suscite des interrogations vis-à-vis de l’efficacité des herbicides. Les programmes de luttes herbicides testées reposent sur différentes doses de spécialités à base de glyphosate, des associations d’herbicides de prélevée à spectre large et des produits d’anti-graminées spécifiques.

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Les 8 Programmes De Traitements Ray-Grass
* Tarifs indicatifs issus du « Coût et fournitures » et des distributeurs locaux.

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L’efficacité des différentes modalités au bout de 17 et 33 jours.

De bons résultats pour les modalités avec du glyphosate et des anti-graminées spécifiques

Les résultats des deux premiers comptages effectués 17 et 33 jours après le traitement permettent de mettre en évidence une bonne efficacité globale de l’ensemble des modalités. Y. Lefèbvre estime qu’il est beaucoup trop tôt pour tirer des conclusions définitives sur cet essai car, d’une part, d’autres comptages vont avoir lieu d’ici la fin de l’année et, d’autre part, les stratégies de lutte vont se poursuivre sur chaque modalité en tenant compte de l’évolution du ray-grass et du reste de la flore. Le jeune technicien estime aussi que déjà certaines tendances permettent déjà de tirer quelques enseignements positifs.

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La très forte infestation du site d’expérimentation.

En premier lieu, les conditions climatiques propices à « la pousse » et le stade de développement des ray-grass (montaison) ont contribué de façon très significative à la réussite de l’ensemble des stratégies herbicides. Les modalités 6 et 7 (utilisant des herbicides systémiques ayant une mode d’action anti-graminées spécifique), dont l’efficacité semblait moindre au bout de 17 jours, s’’avèrent par la suite aussi performantes que les autres stratégies. La modalité 6 a mis un peu plus de temps à détruire le ray-grass mais au bout de 60 jours, les résultats sont très satisfaisants. Par contre dans ces deux modalités, les dicot sont logiquement peu contrôlées.

L’un des objectifs de l’essai était aussi de proposer de nouvelles alternatives de luttes chimiques aux spécialités à base de glyphosate et les premiers sont convaincants. Dans cette parcelle sans passé d’utilisation avec du glyphosate, les modalités qui en utilisent prioritairement se comportent très bien. Par contre, l’apport d’une dose supérieure de glyphosate dans la modalité 8 (2 160 g/ha au lieu 1 440 g/ha) ne se matérialise pas par un gain d’efficacité supplémentaire sur cette flore de ray-grass généreuse. Y. Lefèbvre souhaite continuer de tester dans la durée l’efficacité d’apports successifs de glyphosate sur R-G afin de voir si réellement la plante finit par développer une certaine résistance à ce produit. Ce phénomène est assez souvent mis en avant mais aucune expérimentation locale n’a permis de le confirmer.

La présentation du coût de chaque stratégie de lutte est aussi un élément à prendre en compte à court et à moyen terme. Pour cette raison, il sera important de poursuivre les notations jusqu’à l’automne pour confirmer ou infirmer les premiers résultats d’efficacité de ce printemps. Les résultats de la plate-forme d’essais concernant la lutte spécifique contre le géranium ne sont pas encore dépouillés car les traitements ont été réalisés à deux époques différentes, l’une précoce le 13 mars et l’autre tardive le 20 avril. Il semble que des choses intéressantes se dégagent de cet essai et nous publierons le détail des résultats dans le prochain numéro.

 

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