Mettre de l’eau dans son vin et redoubler d’efforts pour qu’il n’y ait pas d’eau dans le gaz

7 novembre 2022

Une France à la traîne sur le renouvelable et une surtension sur les énergies partie pour durer

Mesuré en énergie finale, c’est-à-dire sur la base de l’énergie effectivement utile pour les activités humaines, le mix énergétique de la France est encore largement dépendant des ressources fossiles. Selon les statistiques de l’Eurostat, direction générale de la Commission européenne chargée de l’information statistique à l’échelle communautaire, le pétrole arrivait encore en 2019 en tête de ce mix, devant le gaz naturel (22 %), le nucléaire (17 %) et le renouvelable (16 %), ce dernier étant passé devant le nucléaire en 2020. Au sein des énergies renouvelables, c’est l’énergie issue de la biomasse « ne posant pas de problème d’intermittence » qui se distingue (9 %), devant l’hydrogène (3 %) puis, à égalité, l’éolien et le solaire (électricité et chaleur) qui franchissent tous deux de justesse la barre de 1 %.
Un constat très paradoxal pour Thomas Pellerin-Carlin, directeur du programme Europe de l’Institut de l’économie pour le climat (I4CE), alors que la France est un pays riche de potentialités s’agissant de la production d’énergies renouvelables : montagnes, bois, vents nombreux, aux régimes différents et d’intensités variées permettant de gérer de la production éolienne, mais aussi un soleil généreux sur le sol français (plus qu’en Autriche par exemple, où la part du solaire est plus importante que dans l’Hexagone).
Et pourtant, même si le contexte tend à ce que les choses évoluent, le renouvelable « n’est pas vraiment soutenu par le Gouvernement ».
A l’échelle de l’Union européenne, le paquet énergie-climat adopté en 2007 devait permettre aux Etats membres d’atteindre, en 2020, le triple objectif d’une réduction de leurs GES de 20 % par rapport à leurs niveaux de 1990, des économies d’énergie de 20 %, mais aussi une part de renouvelable devant franchir – a minima – la barre des 20 %, avec un chiffre arrêté à 23 % pour la France. Si, sur 27 Etats membres, 26 ont tenu leurs engagements sur le renouvelable, la France est en bas de classement, avec une part dans le mix de 19,1 % à cette échéance.
Aujourd’hui, l’UE veut fixer un objectif encore plus ambitieux dans son paquet « Ajustement à l’objectif 55 » révisant la directive sur les énergies renouvelables et portant la part de production de 32 % à au moins 40 % d’ici 2030.
Il est urgent d’agir, encore plus dans un contexte actuel où la dépendance aux énergies fossiles, importées de pays tiers à l’UE, impacte l’environnement, mais aussi et plus que jamais l’économie et les coûts de production des structures.
Pour Thomas Pellerin-Carlin, il ne s’agit pas d’une problématique conjoncturelle mais bel et bien structurelle, partie pour durer. « Sur le gaz, nous avons des prix historiquement élevés, puisqu’ils sont 1 000 % plus chers que les prix que nous considérions comme normaux dans la décennie 2010. Ce n’est même peut-être plus une crise, mais l’entrée dans une nouvelle ère où le gaz est structurellement plus cher, parce que nous sommes devenus dépendants du GNL, qui est trois à quatre fois plus cher. Nous allons devoir vivre avec des prix japonais du gaz ». Pour lui, s’il y a un « risque de pénurie » sur le premier trimestre 2023, l’hiver 2024 sera encore plus rude. Une raison de plus pour anticiper ses achats, dans un contexte où 300 opérateurs, distillant 54 % des volumes de l’appellation, utilisent aujourd’hui du gaz naturel.

À tout prix

Il n’y a pas que les cours du gaz qui se sont enflammés. Au cours de la précédente campagne, les prix pratiqués sur le marché du libre ont atteint des niveaux, jusque-là, jamais connus au sein de la filière. De quoi compliquer les négociations en cours pour la fixation des prix 2022, négociés individuellement par chaque acteur de l’aval de la filière, avec des références aujourd’hui décorrélées du marché actuel. S’il est tout à fait justifié que le partage de la valeur bénéficie à tous les acteurs de la filière, viticulteurs, bouilleurs de profession, marchands en gros, courtiers, négociants, savoir raison garder doit rester le maître mot pour une croissance durable et partagée.
L’analogie avec le business plan de la filière Cognac se prête assez bien à l’exercice. En cas de crise, les metteurs en marché s’engagent à ne pas sur-réagir, en maintenant des volumes suffisants pour assurer la pérennité des exploitations, le temps du coup dur. Si, en contrepartie, les viticulteurs s’engagent à fournir les besoins du négoce, notamment dans les cycles de croissance avec des investissements importants à la vigne comme au chai, et s’ils doivent, en premier, profiter de la croissance, étant « au four et au moulin », quotidiennement, pour la production de cette valeur, comment déterminer cette dernière au juste niveau et sans passion ? Le droit de la concurrence en embuscade, la question est plus que complexe à aborder et les échanges difficiles, la mise en place de bonnes pratiques ou l’intégration du paramètre au sein du business plan étant toutes deux impossibles sans tomber sous le coup de la réglementation européenne. Des heureux, des mécontents, dans tous les cas beaucoup de bruit dans la campagne en cette période de l’année. La récolte qui s’annonce et qui pourrait dépasser le million d’hectolitres de vins, comme en 2020, pourrait aussi permettre de calmer le jeu.

PME du cognac, ne pas mettre tous ses œufs dans le même panier pour garder la tête hors de l’eau

Adaptant à l’échelle micro la stratégie déployée dans les grands groupes tendant à multiplier les sources de revenus en diversifiant, au sein d’un même secteur – celui des vins et spiritueux – leurs moteurs de croissance, les PME du négoce n’ont pas toujours eu bonne presse. Indispensables à l’écosystème, participant pleinement de sa dynamique, de sa différenciation, certaines de ces dernières ont eu, la campagne passée, des difficultés tant sur leurs approvisionnements en cognac, que sur la marge in fine dégagée s’agissant de l’eau-de-vie charentaise. Pour maintenir les structures, et à l’image du modèle de la viticulture charentaise construit à l’issue de la crise des années 90, la diversification de l’activité s’impose sur d’autres spiritueux ou produits que le cognac, permettant ainsi – et malgré des prix non rémunérateurs pour le négoce s’agissant de l’eau-de-vie charentaise – de rester présent sur le marché. Ce contexte se cumule par ailleurs avec une problématique supplémentaire pesant sur les structures : le manque de matières sèches et leurs prix, presque insolubles aujourd’hui. Si cette stratégie est regardée avec attention et intérêt, elle montre néanmoins l’agilité des structures, s’appuyant sur leur maîtrise d’un savoir-faire, de la qualité et d’une force de frappe commerciale favorisant le succès des produits « made in Charentes ». Une chance ou un risque pour l’appellation ? La question fait débat depuis bien longtemps déjà.

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