l’UGVC au défi de l’augmentation du vignoble du Cognac

9 mai 2019

Augmentation des coûts de production, problématiques environnementales, emploi, pression sociétale : les chantiers de l’UGVC.

 

En parallèle des rencontres de secteur de l’UGVC, Christophe Véral et Alexandre Imbert, respectivement président et directeur, sont revenus sur les axes de travail de l’institution. La santé du Cognac et son augmentation de production comme de surface posent néanmoins des fortes interrogations sur l’augmentation des coûts, les investissements portés par les vignerons, la baisse d’utilisation des produits phytosanitaires et la nécessité de retrouver une main-d’œuvre qualifiée et fidèle, le tout un contexte de pression hygiéniste contre-productif. 

Déjà entamés ou encore dans sa phase d’élaboration, les chantiers de l’UGVC, Union Générale des Viticulteurs pour l’AOC Cognac, sont nombreux, et déjà quotidiens. « Moulus par le travail et tourmentés par l’âge / Éreintés et pliant sous un tas de débris »,déclamait le poète dans « Le vin des chiffonniers ». Dans tous les crus du Cognac, les inquiétudes des viticulteurs s’articulent autour des demandes de rendement et des investissements nécessaires pour la décennie à venir.

 

Liens viticulture-négoce : l’anticipation des mouvements du marché

La mise en place du plan triennal des 10 000 hectares de plantation dans la région de Cognac, et ses premiers 3474 pour l’exercice suivant, font poindre chez les vignerons quelques inquiétudes. Interrogés ici et là, ils craignaient que la viticulture supporte la majeure partie des investissements nécessaires, pendant que le négoce profiterait davantage de la forme olympique de l’eau-de-vie. « Nous avons rencontré nos partenaires financiers, il y aura une réunion au sein du bureau national. 10 000 hectares représentants 250 à 300 millions d’euros d’investissements pour la viticulture, de la plantation à ce que cela implique derrière : plantation, cuverie, distillerie, futailles. Cela va générer un produit de 300 à 400 millions d’euros par an. À partir de la quatrième année, c’est quelque chose d’important. La viticulture est plus solide financièrement car nous avons eu un partenariat avec les négociants, un très gros travail de l’UGVC. Le négoce a bien compris qu’il fallait une viticulture forte, qui a les moyens, demain, d’entreprendre, de replanter, de pourvoir aux ventes qui sont en progression de 3,4% », a assuré Christophe Véral, président de l’UGVC.

Au-delà des chiffres et des satisfactions de tous ordres, les vignerons espèrent surtout un suivi du négoce, des contrats à long-terme, dépassant le simple cadre de la mode des alcools bruns, qu’ils soient soutenus même en cas de ralentissement des ventes. « n parallèle, ce sont des efforts d’investissement par la viticulture, le négoce les fait sur les marchés pour que tout cela fonctionne. C’est partagé. Le point à améliorer est l’anticipation. Le risque est bien partagé. Si demain, il y a ralentissement ou inversement, s’assurer qu’il y a ait une continuité d’achats sur les crises conjoncturelles ( sur les crises structurelles, c’est autre chose). Nous constatons un fort ralentissement des ventes, certains viticulteurs se retrouvent pris à la gorge voire à vendre les excédents sur d’autres marchés, ce qui n’est souhaitable ni pour nous ni pour les régions viticoles sans eau-de-vie, qui se retrouvent perturbés par les volumes. Quand la crise est finie, ils achètent, mais comme ils n’en ont pas stocké avant, à des prix pas du tout compétitifs, très chers pour être sûrs d’avoir des volumes. L’idée est de vraiment réussir est d’avoir cette vision : si demain ça tangue, rester sur une ligne, continuer, tenir bon. Avec cinq-six ans de crise, nous n’en serons pas là. Mais les crises qui ont duré deux ans, 2008-2009, moins de deux ans, un an et demi pour 2012, nous sommes capables d’amortir », rebondit Alexandre Imbert, directeur de l’UGVC. Les besoins de réserve climatique peuvent, également, permettre d’encaisser une baisse temporaire des ventes.

 

 

Foncier et plantations : l’augmentation des coûts de production :

Tous ces investissements, cette gourmandise de la part des anges et des hommes poussent à une montée des prix de production, et notamment du foncier, dans une période de concentration des terres et des maisons de production. « Les prix de la terre augmentent, la main-d’œuvre également car elle doit être qualifiée, et payée pour la garder. Les prix des eaux-de-vie augmentent aussi, que ce soit sur la 00, sur la rassise, les augmentations sont entre 3 et 8% selon les cas, cela fait longtemps que ce n’était pas arrivé. Nous sommes dans cette dynamique-là. Cela ne veut pas dire que nous pouvons accepter que le prix des terres monte jusqu’au ciel mais, aujourd’hui, heureusement, le Cognac va bien, c’est logique qu’il y ait un peu de spéculation. La chance que nous avons est l’aire d’appellation qui est un peu plus grande que les Bourguignons ou les Champenois, ou moins morcelée, ils ont une disponibilité de foncier qui est plus courte que chez nous », a expliqué Alexandre Imbert. « Globalement, sur le taux moyen, nous avons prix 15-20 000€ en quatre-cinq ans. Il y a des cas particuliers où nous avons vu des vignes passer à 100 000€. Il y a cinq ans, nous étions environ à 60 000€ sur les plus chères, nous sommes à 80 000€ », reconnaît-il toutefois.

La concentration moindre du vignoble charentais par rapport à d’autres voient les vignerons cohabiter davantage avec d’autres agriculteurs. Les vignes s’intègrent donc avec des productions, céréaliers ou éleveurs, aux tenants et aboutissants différents. « Nous devons aussi vivre avec eux. Nous parlons de prix des terres, qui augmentent, il faut faire attention car le pur céréalier, ses terres qui valaient 5 à 6 000€ et qu’un viticulteur met 10 à 12 000€, il doit installer ses enfants, avec les droits de succession, s’il veut prendre des terres en fermage, acheter son voisin est compliqué. Nous devons travailler et écouter aussi les autres agriculteurs qui travaillent sur ces terres », avance, prudent M. Imbert.

L’autre axe d’investissement se situe évidemment sur la production des dites terres, et le rôle des pépiniéristes dans le triennat suivant. Les millions de plants à venir seront à surveiller de près, car une éventuelle surchauffe pourrait avoir de néfastes retombées sur la santé, déjà fragile, des parcelles saintongeaises. Ces craintes, « nous avons eu logiquement, convient le président de l’UGVC . Nous avons l’avantage d’avoir des pépiniéristes sur la région délimitée Cognac, et plus globalement sur la Nouvelle-Aquitaine, qui sont des gens sérieux, qui ont trouvé des solutions pour anticiper le problème au maximum. Cette année va se passer. Nous savons que 2020 et 2021 vont un chouïa en flux tendu, mais ils s’organisent que ce soit le moins possible. À compter de 2021, nous allons revenir sur la norme, car ils ont la capacité aujourd’hui d’anticiper. Ils se sont organisés pour et il faut féliciter le syndicat des pépiniéristes pour cela. Ils mettent en place des labels de sécurité sanitaire sur leurs plants, ce qui n’est pas neutre, car nous plantons beaucoup et il faut être de la qualité. »

Le duo met en garde contre le fait d’aller chercher des plants hors des frontières nationales. Le syndicat des pépiniéristes est national. La sécurité, nous l’avons à l’échelle de la France. Attention à ne pas faire n’importe quoi, à vouloir prendre des pieds dans d’autres pays. Non pas parce qu’ils ne sont pas qualitatifs, je ne suis pas bien placé pour juger de la qualité des pieds espagnols ou italiens, mais ce sont des pays où il y a des maladies de quarantaines que nous n’avons pas, où il y a des problématiques sur la viabilité que nous n’avons pas, et que nous serons bien malaisés d’amener ici, je pense aux dangers que cela ferait courir. Je pense aux maladies comme xylella fastidiosa ou autres, que nous arrivons à maintenir à l’extérieur de nos frontières, ce serait assez dramatique que nous les importions ici », prévient-il. L’expérience de l’histoire, et notamment du phylloxera plaide en faveur de cette retenue.

 

En direct des vignes : quel futur pour les produits phytosanitaires ?

Autre retenue de taille concerne l’utilisation des produits phytopharmaceutiques, tant par la pression sociétale que par celle de la santé des sols et des sous-sols agricoles. Alexandre Imbert met avant que « l’axe régional est défini dans le cadre de la politique HVE (N.D.L.R. : Haute Valeur Environnementale). Sur la notion des molécules, nous sommes capables de nous en passer du glyphosate en mettant un coup de collier. On nous a donné trois ans, il ne nous en reste plus que deux. L’idée est que le changement soit durable, pas pour le remplacer par quelque chose qui n’est pas au top. Le vrai défi n’est pas sur la viticulture, mais sur les laboratoires, pour trouver des produits de substitution, et sur la pression que fera l’État, et le fait que nous n’allons plus acheter. Il faut qu’ils proposent autre chose qui soit avec un niveau d’efficacité équivalent mais qui corresponde à ce qui est recherché par tout le monde, c’est-à-dire un niveau de toxicité plus faible. C’est leur travail et pas celui des agriculteurs. »

Doucement, les solutions à long terme s’inscrivent dans le paysage de la vitiviniculture charentaise, « mais c’est compliqué, explique Christophe Véral. Que ce soit une petite ou une moyenne structure, il faut du personnel, un investissement de matériel, ce n’est pas anodin, 25 à 30 000€ ; désherber, c’est 25 hectares par jour, passer les lames, c’est 4-5 hectares. Il faut qu’il ne pleuve pas, c’est compliqué quand les vignes sont en pente, dans des terrains argileux ou avec la présence de pierres. Les outils commencent à s’adapter, nous voyons des robots arriver, mais il faut du temps. Il y a une prise de conscience de la viticulture, et de l’agriculture dans son ensemble. »

 

 

L’importance de la pérennité : savoir-faire et transmission

Tous ces investissements, dans le territoire et sur les marchés à l’export, poussent nécessairement à la question de l’emploi. Consciente de la centralité de ce sujet, l’UGVC craint la précarité actuelle du travail dans les domaines, notamment par le délaissement des enracinés par l’appel récurrent à des sous-traitants, moins appliqué à la qualité du travail qu’à sa rentabilité immédiate. « Nous sommes en train de perdre la main sur le vivier local et nous devons arriver à le mettre en place pour développer cet emploi-là et derrière, c’est important, re-développer le territoire, l’économie », se soucie M. Imbert.

La disparition de l’entreprise familiale coupe également les nouvelles générations d’un savoir-faire pluriséculaire, indispensable à la bonne marche de la région et ses multiples flacons, inquiète le président de l’interprofession, qui s’intéresse aux groupements d’employeur : « Cela permet d’aller sur différentes sociétés, et à l’intérieur de ce groupement, d’avoir des maçons, des couvreurs, passant d’une exploitation à l’autre. Alors, nous ne créons pas de précarité. Cette transmission de savoir, nous pouvons la donner à notre enfant, à notre personnel », qui est, aussi, pour lui, une transmission de « confiance ».

La diversification et l’ouverture de nouveaux marchés s’inscrivent dans un courant de mutualisation et de concentration des domaines, avec la perte progressive de spécificités, de particularités locales, par une rentabilité voulue qui ont pour conséquence une uniformité des productions. L’appellation Cognac semble à un tournant de son existence, avec de fortes demandes, une production saturée, et une main-d’œuvre presque aux abois. La crainte des crises structurelles reste encore vive dans les esprits d’Aunis et de Saintonge. L’eau-de-vie charentaise a bien « plus de souvenirs que s[‘il] avai[t] mille ans ».

 

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