L’intérêt économique de l’entreplantation est Indéniable

6 mars 2009

 

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M. Philippe Ménard

M. Philippe Ménard, le conseiller viticole de la Chambre d’agriculture de la Charente, a réalisé une étude économique permettant de chiffrer l’intérêt de l’entreplantation sur la longévité du vignoble. Les bases de ce travail s’appuient sur l’expérience d’un viticulteur, M. Michel Constantin, à Angeduc, qui pratique de manière systématique l’entreplantation sur son vignoble de 16 ha. La finalité de l’entreplantation est à la fois de prolonger la durée de vie des parcelles d’au moins 10 ans et de maintenir les niveaux de rendement à 120 hl/ha le plus longtemps possible.

 
 
 
 

L’organisation du Chantier de complantation

Le chantier d’entreplantation est organisé chaque année dans le courant du mois de mars (avant le débourrement et l’attachage) en concentrant le travail sur environ 2 ha. Cela permet, d’une part, de minimiser les pertes de temps en déplacements lors des travaux d’arrachage et replantation (réalisée avec une tarière déportée) et, d’autre part, de faciliter l’entretien des jeunes plants pendant la phase végétative. L’ensemble du vignoble de 16 ha est complanté tous les 5 à 8 ans et ce travail d’entretien est effectué jusqu’à ce que les parcelles aient atteint un âge d’environ 25 ans. Chaque année, 500 plants sont complantés et trois jours sont nécessaires pour la réalisation de ce travail qui englobe l’arrachage, la préparation du sol, la plantation, la pose du marquant et du cache de désherbage. Durant la phase végétative, l’entretien des jeunes plants (traditionnels ou en containers) en première et deuxième feuilles nécessite des interventions spécifiques, pour tuteurer, égourmander en vert et parfois enlever les herbes qui se développent à l’intérieur des caches de désherbage durant l’été. L’ensemble de ces travaux nécessite un à deux jours de travail supplémentaires répartis en trois passages dont un seul est spécifique (les autres étant réalisés lors de l’égourmandage et du palissage).

Le coût de l’entreplantation

L’évaluation du coût de l’arrachage et de la plantation des jeunes plants a été calculée en prenant comme référence des bases de travaux réalisées en prestation de services. Les chiffres présentés ont été fournis par plusieurs pépiniéristes qui pratiquent ces prestations. L’arrachage et la préparation des trous de plantation sont réalisés de façon mécanique en utilisant soit une tarière hydraulique (de type Rabaud) avec déport hydraulique, soit une mini-pelle équipée d’une lame en U. Le coût de l’utilisation de la tarière hydraulique ou de la mini-pelle a été apprécié à partir d’informations fournies par des pépiniéristes ou des entreprises de machinisme agricole. La location d’une tarière hydraulique pendant une journée sans le chauffeur se situe autour de 65 € ht et celle d’une minipelle avec chauffeur revient à 46 € ht/heure. Le coût de ces interventions est directement lié au nombre de trous réalisés à l’heure qui est aussi directement conditionné par la nature du sol et par l’importance des déplacements dans les parcelles. Plusieurs pépiniéristes nous indiquaient que, selon les chantiers et la dextérité des chauffeurs, le nombre de trous de plantation peut varier du simple au double et passer de 40 à 120/heure. Dans l’étude économique qui est présentée ci-dessous, une fourchette de coût de 0,40 à 0,56 €/cep a été retenue.

Les deux principaux postes de charges dans le coût total de l’entreplantation sont les plants de vigne (40 à 60 %) et la réalisation du trou de plantation (20 %). L’utilisation de plants en containers de 2 l engendre un surcoût de la prestation globale mais présente aussi de l’intérêt en terme de mise en production plus rapide des futures souches. Les plants surdimensionnés (avec un porte-greffe de 0,70 à 0,80 de hauteur) ne rendent plus nécessaire l’utilisation des poches de désherbage et permettent aussi de simplifier considérablement les travaux ultérieurs d’entretien et d’établissement des jeunes plants. De l’avis des pépiniéristes comme des viticulteurs, l’approche chiffrée précédemment présentée semble maximale dans le cadre de travaux réalisés directement par le personnel des exploitations. L’autre poste de charge induit par la démarche d’entreplantation concerne l’entretien des plants de vigne au cours des deux ou trois premières années jusqu’à la phase d’établissement des ceps. L’évalua-tion de ce poste de charge repose sur l’expérience du vignoble de M. M. Constantin qui, pour des entreplantations de greffés soudés, passe environ 12 à 16 heures pour entretenir 500 jeunes plants chaque année. Ce travail génère un coût de 146 € calculé en prenant comme taux horaire un salaire de 7,20 €. On peut penser que dans le cas des plants surdimensionnés ces charges d’entretien sont réduites du fait du positionnement du greffon juste en dessous le fils d’attache. Les travaux de tuteurage et d’entretien du plant deviennent marginaux et le surcoût d’investissement sur ces plants s’amortit très rapidement.

Le coût d’une plantation

Le renouvellement d’une plantation de vignes larges (3 m sur 1,20 m) génère des charges concernant les intrants (fumure de fond, désinfection éventuellement, plants, marquant et tout le palissage) et les charges de main-d’œuvre inhérentes à la réalisation et à la conduite des plants pendant trois ans. Le coût des intrants est évalué sur la base 7 600 € ht et les charges de main-d’œuvre se situent entre 7 600 et 12 000 € ht selon les méthodes d’établissement et le niveau de valorisation du travail. Le coût total d’une plantation varie entre 15 200 € ht (100 000 F) et 19 600 € ht (130 000 F).

Les résultats économiques

L’étude économique pour évaluer l’intérêt de l’entreplantation repose sur un certain nombre d’hypothèses qui découlent de l’expérience de M. M. Constantin sur son vignoble de 16 ha. L’objectif a été de comparer les charges et les gains d’une parcelle de 40 ans complantée régulièrement à celle d’une parcelle de 30 ans non entretenue et renouvelée au bout de 30 ans.

La complantation régulière des parcelles tous les 5 à 8 ans permet de prolonger la durée de vie des parcelles de 30 à 40 ans en maintenant une pleine productivité (120 hl/ha) jusqu’à 30 ans. A l’inverse, les parcelles non entretenues seront renouvelées au bout de 30 ans et compte tenu de la mortalité des ceps, une perte de rendement de 20 hl/ha est envisagée entre la 20e et la 30e année. Ce différentiel de production d’environ 2 hl d’AP est valorisé sur la base jus de raisin à 18,2 €/hl, soit un gain ou une perte de 364 €/ha/an. L’incidence annuelle de la perte de rendement sur une parcelle ayant une longévité de 20 à 30 ans s’élève à 120 € par an.

L’autre élément pris en compte dans l’étude économique est le renouvellement du vignoble qui sera donc très différent dans les deux situations :

l Exploitation de 16 ha sans entreplantation : 16 ha/30 ans ‹ 0,53 ha/an

l Exploitation de 16 ha avec entreplantation : 16 ha/40 ans ‹ 0,40 ha/an

Au vu de ces chiffres, on se rend compte que la complantation systématique augmente la pérennité des parcelles de 10 ans et permet de diminuer le taux de renouvellement moyen de 0,13 ha/an. Les charges de replantation annuelles pour cette surface se situent entre 2 000 et 2 548 € HT/an. L’absence de production effective sur cette surface replantée au cours des deux premières années (120 hl en année 1 et 120 hl en année 2) entraîne aussi une perte de revenu équivalent à la valorisation de 31 hl en jus de raisin sur la base de 18,2 €, ce qui correspond à une somme de 57 €. Le tableau de synthèse ci-après permet de regrouper tous les éléments économiques plaidant en faveur et en défaveur de l’entreplantation.

Il ressort que l’entreplantation génère un gain moyen de l’ordre de 1 000 € ht/an sur 16 ha de vigne. Le travail lié à cette pratique procure un retour sur investissement intéressant d’autant que les opérations de complantation sont devenues faciles à intégrer dans le calendrier des travaux des propriétés. Ces données chiffrées issues de la pratique réelle d’un viticulteur constituent une approche de base qui peut être soumise à de nom-breux commentaires. Par exemple, l’aspect concernant les pertes de production sur les parcelles de plus de 20 ans a été sûrement sous-estimé et il est aussi probable que dans les parcelles régulièrement complantées, le maintien à des niveaux de rendements supérieurs à 100 hl/ha se poursuivra bien au-delà 30 ans, ce qui renforce encore l’intérêt de la complantation. Le fait de pouvoir réduire le taux de renouvellement des plantations sans risque vis-à-vis de la productivité permet aussi de dégager une capacité d’investissement supplémentaire pour d’autres secteurs d’activités comme la vinification, la distillation… Par contre, on est également en mesure de se demander si les charges afférentes à la remise en état du palissage ne vont pas s’accentuer fortement au-delà 30 ans, d’autant que certains systèmes de conduite implantés au début des années 70 ne correspondent pas forcément aux attentes actuelles. Le fait de renouveler les plantations tous les 30 ans peut aussi s’inscrire dans une démarche de gestion rationnelle de certaines propriétés. Sur le plan financier, les interventions de première année des plantations s’amortissent sur 25 ans et les interventions de seconde année (essentiellement la structure du palissage) s’amortissent sur 10 ans. Cette étude a le mérite de quantifier le coût d’une pratique parfois controversée mais qui pourrait, dans un avenir proche, capter l’intérêt de nombreux viticulteurs soucieux de faire face à la montée en puissance des maladies du bois.

 

Bbliographie :

– Chambre d’agriculture de la Charente.
– Station viticole du BNIC.
– SRPV de Cognac.
– Syndicat des pépiniéristes de Charente.

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