Les formations adultes de Saintes à l’écoute de l’emploi agricole

10 mai 2019

La reconversion ou le perfectionnement par la pratique

 

Après avoir vécu à Clermont-Ferrand et travaillé 15 ans en région Centre, Laurent Gaudré, Originaire du Nord (Ostricourt, 59) est le directeur du Centre de Formation Professionnelle et Promotion Agricole, CFPPA, de Saintes depuis un an. Il a présenté au Paysan Vigneron les lignes directrices du centre de formation et les défis de l’emploi actuel dans les deux Charentes.

Quel est le public du CFPPA ?

 

Avec le Conseil Régional, nous avons un dispositif SPRF [N.D.L.R. : Service Public Régional de la Formation professionnelle] qui va être tourné vers les demandeurs d’emploi, nous travaillons avec nos partenaires dans le recrutement. Et il y a une autre partie qui va être dédiée à des formations courtes dans la vigne, les arbres, pour de la spécialisation ou à des formations règlementaires.

 

 

Y a-t-il des domaines qui envoient leurs employés ou sont-ce des projets plus personnels ?

 

En élagage, nous avons beaucoup d’entreprise qui envoient leur personnel pour la sécurité. Nous avons des formations obligatoires règlementaires, comme nous sommes habilités pour le matériel, la montée en sécurité dans les arbres, les secours. Nous avons des publics spécifiques.

 

Sont-ils principalement de la région ?

 

Beaucoup gens de la région. Nous essayons d’accompagner au maximum le besoin des territoires.

 

Une partie de la population a du mal à trouver du travail et les domaines ont du mal à trouver du personnel qualifié. Comment voyez-vous cette dichotomie ?

 

Nous re-travaillons notre ingénierie de formations sur de la modularisation qui est en lien avec la réforme de la formation professionnelle. La différence fondamentale est que demain vous pourrez ne plus être obligé de valider un diplôme mais valider des blocs de compétence, qui entrent dans la formation tout au long de la vie. Vous allez capitaliser. Quelqu’un qui voudra passer un diplôme en viticulture, pourra faire un premier module, retourner travailler, faire un deuxième module, etc. Nous avons la volonté d’accompagner le secteur de la viticulture sur le besoin en main-d’œuvre. Nous proposons nos diplômes mais également de faire des blocs de compétence, ce que j’appelle des premiers niveaux d’employabilité. Quand nous parlons de formation, il faut prendre tous les acteurs en jeu. Le besoin de l’employeur est d’avoir de la main-d’œuvre qualifiée sur une compétence attendue réellement sur le terrain, le besoin du stagiaire est de retrouver rapidement du travail et de suivre une formation qui va lui permettre d’accéder rapidement à un emploi. L’objectif de la formation est d’accompagner cette personne. J’aime travailler sur ces trois axes-là. Dans un premier temps, je vais trouver le bon stagiaire, l’accompagner : nous avons un service d’accompagnement au sein du CFPPA qui va lever les freins à la formation (un temps de formation réduit, le former sur des besoins de compétence que nous avons repéré sur des offres sur le site de Pôle Emploi) et nous allons lui faire une formation qui est en lien par ce qui est attendu par l’employeur.

 

Quelles sont les compétences principales ?

 

La taille de vigne particulièrement, nous avons des demandes vraiment importantes. Nous sommes en capacité d’adapter sur un module de formation ; quand un employeur va m’appeler, nous allons pouvoir lui proposer des dates qui sont en lien avec la saisonnalité dans le cadre de notre formation.

 

Travaillez-vous avec beaucoup d’entreprises ou devez-vous aller les chercher ?

 

Nous devons plutôt aller les chercher. Nous travaillons avec Pôle Emploi dans le cadre de périodes d’objectif emploi, des POEC [N.D.L.R. : Préparation Opérationnelle à l’Emploi Collective], ce sont des actions de formation qui sont mis en œuvre lorsqu’il y a un besoin de main-d’œuvre. C’est un accord avec l’OPCA [N.D.L.R. : Organisme Paritaire Collecteur Agréé], avec les prescripteurs et l’UNEP [N.D.L.R. : Union Nationale des Entreprises du Paysage], sur des paysages. Il y avait un besoin de main-d’œuvre donc nous avons fait une formation.

 

Cela rentre-t-il dans ce changement gouvernemental sur la revalorisation sur les métiers manuels et artisanaux ?

 

Il y a beaucoup de reconversion de personnes qui ont été dans des responsabilités importantes et qui viennent sur les métiers de l’agriculture. Nous avons pas mal de personnes qui ont passé quinze ans RH ou comptable, arrivant à 45 ans, viennent sur le BPREA avec l’envie de monter une petite structure agricole. Ils ont un projet clair. Cela impacte aussi leur vie personnelle dans le bon sens, des gens plein de bonne volonté. Cela fait trente ans qu’ils étaient dans un bureau et, sans utopie, ils ont bien étudié leurs projets. Cela peut souvent arriver en couple, où l’un des deux prend ce parti et entraîne le conjoint dans ce projet-là.

 

Le taux de réussite est-il intéressant ?

 

C’est pratiquement 100%.

 

Certains viennent-ils ici par défaut ?

 

Cela nous arrive. En général, quand ils viennent sur les métiers d’agriculture, ceux qui se sont trompés, abandonnent rapidement.

 

Encouragez-vous vos élèves à faire les concours de taille ?

 

Le formateur, M. Berthomier m’a demandé et je l’ai encouragé. [N.D.L.R. : voir l’article sur le concours de taille, où il fut jury]. Ce formateur est très bon et quand de telles choses se mettent en œuvre, cela nous permet de motiver et mettre en valeur nos stagiaires. Même s’ils ne réussissent pas, il a toujours les bons mots.

 

Quelles formations développez-vous ?

 

Nous avons horticulture, aménagement paysagé, viticulture, formations en biocide et certiphyto, élagage et métier de l’arbre, et, depuis 2018, métiers sur les traitements et assainissement de l’eau. Nous avons des exploitations : vigne à Jonzac (vin et cognac), élevage, horticulture à Challignac, qui sont autant d’atouts.

 

Ce sont des métiers potentiellement à risque, n’avez-vous jamais eu de soucis au niveau sécurité ?

 

Non, nous avons un taux d’encadrement de un formateur pour quatre élèves. Sur les arbres, nous sommes intransigeants au niveau de la sécurité. C’est ma responsabilité qui est engagée.

 

Quelles sont les actualités qui vont réjouissent ou vous inquiètent à moyen-long terme ?

 

Je suis assez optimiste. Je souhaite tourner le CFPPA vers des formations en lien avec le développement durable. Je crois beaucoup au territoire de Saintes, j’ai un projet de tourisme vert. Nous avons pas mal d’agriculteurs qui essayent de vendre leur propre production par les circuits courts et les labels. La société est en train de basculer vers une consommation à moins de quantité et plus de qualité. Pour nous, ce n’est que du bénéfice. Et nous avons ouvert depuis une semaine des formations permacultures à destination des particuliers (basé sur les travaux de Rudolph Steiner) et c’est un succès phénoménal. Nous avons quatre ateliers pour découvrir et être en mesure de réaliser un jardin en permaculture. Nous pensions avoir une vingtaine de personnes et nous en avons plus de soixante inscriptions. Quand j’ai eu l’occasion d’en parler, on m’a dit que nous ne pourrions jamais produire véritablement ce dont nous avons besoin avec la permaculture, mais, au niveau des particuliers, cela peut déjà être au niveau des consciences individuelles. Nous travaillons avec le FAFSEA [N.D.L.R. : Fonds National d’Assurance Formation des Salariés des Exploitations et entreprises Agricoles] sur plusieurs CQP [N.D.L.R. : Certificat de Qualification Professionnelle] en horticulture, en viticulture, en conduite d’engins agricole.

 

 

Le CQP de conduite d’engin agricole prend-il en compte tous les outils ?

 

Nous avons une exploitation élevage, grande culture et viticulture. Nous avons tous les outils qu’il nous faut, donc nous sommes en capacité de répondre aux besoins de formation.

 

Le CQP regroupe-t-il toutes les formes d’exploitation ?

 

Les modules sont adaptables. Le CQP est normalement dédié à la grande culture, mais si nous avons un besoin plus particulièrement viti, notre modularisation permet de s’adapter au besoin du territoire et des compétences.

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