La Coopérative de matha mise sur la diversification

22 février 2018

De quels moyens dispose une coopérative agricole à taille humaine comme celle de Matha pour proposer des démarches de services innovantes aux viticulteurs et aux céréaliers ? Cette interrogation  a été à l’origine de l’évolution de la stratégie de l’entreprise et de nouveaux modes de fonctionnement se sont mis en place avec discrétion au cours des dernières années. La PME entretient avec ses adhérents une culture de l’écoute qu’elle a essayé de valoriser en faisant preuve de réactivité. Le conseil d’administration et l’équipe de direction ont mis en place de nouveaux concepts d’accompagnement technique en vigne et commencer à diversifier les circuits de productions et de commercialisation des céréales. La présentation de l’exercice 2016-2017 atteste de la bonne santé économique de l’entreprise et du bien-fondé des récentes stratégies de développement.

 

La coopérative de Matha a une activité bien équilibrée entre les productions céréalières et la vigne de par le vaste secteur au sein duquel l’entreprise travaille. L’une des particularités de cette PME de 28 salariés réside dans la diversité des territoires agricoles de son aire d’activité. Les deux filières de production majeure, la vigne et les céréales sont réparties à la fois dans le Pays Bas, dans le vaste secteur de pays haut entre Matha, Sigogne, Gourville et Fontaine Chalendray et au plus au nord entre Matha et Aulnay. L’activité agricole au sein de ces trois zones repose sur des exploitations agricoles bien différentes et des adhérents possédant des  surfaces de plus en plus importantes. Au cours de la dernière décennie, le dynamisme de la filière viticole, la diminution des surfaces irriguées de maïs et l’augmentation des productions de céréales d’été ont représenté des événements majeurs pour la coopérative et ses adhérents. L’entreprise travaille avec 350 adhérents actifs, 25 % de propriétés viticoles à plus de 80 %, 50 % d’exploitations mixtes céréales et vignes, 25 % de céréaliers et une poignée d’éleveurs bovins et caprins.

 

Des valeurs de vrai partenariat entre la coopérative et ses adhérents

 

            Le président, Philippe Doublet et l’ensemble du conseil d’administration considèrent que la priorité de la coopérative a été et est toujours d’apporter aux adhérents, les céréaliers et les viticulteurs des services de qualité : « La vocation de la coopérative est d’être une entité de services performante pour les adhérents grâce à des valeurs humaines qui répondent aux exigences économiques et environnementales actuelles et futures. L’entreprise doit être en mesure de proposer des démarches de travail à la fois diversifiées, innovantes, cohérentes par rapport aux enjeux des différentes filières. La notion de vrai partenariat entre la coopérative et ses adhérents est une valeur humaine fondamentale que nous nous efforçons de cultiver. Il nous paraît essentiel que l’entreprise dispose d’infrastructures technologiques performantes et d’une équipe formée et efficiente pour remplir ses missions. La Coopérative de Matha est gérée en faisant preuve de pragmatisme net dans l’objectif de construire une PME dynamique dont à dimension humaine. les marges de manœuvres financières sont équitablement redistribuées entre les agriculteurs et l’investissement dans l’entreprise ».

 

Un exercice parfaitement maîtrisé sur le plan économique

 

            Le contexte économique durant l’exercice 2016-2017 a été assez contrasté avec une dynamique positive de la filière Cognac tout de même un peu « refroidie » par le gel de printemps et un marché des céréales peu porteur. Une telle conjoncture a eu des conséquences sur l’activité de la coopérative de Matha dont le chiffre d’affaires de 17 300 000 € enregistre en baisse de 9 % par rapport à l’exercice précédent. La saine gestion de l’entreprise a permis de dégager un résultat net de 45 000 € après des redistributions des ristournes sur les approvisionnements (d’un montant 118 000 €) et des compléments de prix sur les céréales. Les commissaires aux comptes ont souligné la bonne gestion de l’entreprise qui dispose d’importants capitaux propres. Le plan d’investissements de plus de 300 000 sur l’exercice a concerné l’adaptation des moyens informatiques et la rénovation des équipements de tri et de stockage des céréales de plusieurs sites de collecte.

 

Les incidents climatiques et le marché baissier des céréales ont pesé sur l’activité approvisionnement

 

            L’activité approvisionnement avec 7 019 000 € enregistre une baisse liée à la fois aux moindres niveaux de consommation d’intrants dans les céréales et aux conséquences du gel de printemps sur le vignoble. La conjoncture économique difficile du marché des céréales, un climat printanier sec en 2016 et la prise en compte des enjeux environnementaux ont entraîné une réduction de l’utilisation des intrants. D’ailleurs, les techniciens de la coopérative ont mis en place des suivis culturaux pointus pour aider les exploitations à moduler leurs apports d’intrants de manière plus rationnelle dans les différents îlots. En vigne, environ 40 % de la surface de vignoble contrôlé par la coopérative (dans tout le secteur du Pays bas et certaines zones basses ailleurs) a subi des dégâts de gel à plus de 80 % en avril 2017. La mise en œuvre des premiers traitements a été retardée et parfois, le niveau de couverture durant le cycle végétatif a été moindre. Une frange significative des exploitations viticoles a aussi pris l’habitude de réduire leurs achats de morte-saison depuis quelques années, pour ensuite adapter la protection au niveau de risque. Ce changement de comportement d’achats s’inscrit dans une logique d’optimisation du raisonnement de la lutte contre les parasites et les ravageurs dont les techniciens viticoles de la coopérative sont acteurs.

 

La nutrition végétale soutenue par les exigences de productivité en vigne

 

            Les ventes d’intrants en grandes cultures et en vignes ont représenté respectivement, 60 et 40 % du chiffre d’affaires Appros. Le pôle santé végétal reste porté par deux familles de produits, les fongicides et les herbicides. Les produits de nutrition foliaire en net développement depuis plusieurs années sont intégrés à l’activité de santé végétale. La nutrition foliaire en vigne et aussi sur les céréales est devenue une pratique raisonnée qui vient aider les plantes à s’adapter aux conditions climatiques durant leur cycle végétatif. Les apports de fertilisation au sol assez stables en volumes sont désormais raisonnés avec finesse grâce aux différents outils d’aide à la décision. Le développement des engrais organiques et des chélates au sol en vigne représentent presque 30 % du chiffre d’affaires nutrition au sol. Ces deux catégories de produits sont des leviers forts pour doper la productivité des vignes.           

 

Des stratégies de conseils pour promouvoir les concepts d’agriculture durable

 

            Alain Thibault, le codirecteur, qui a en charge la gestion des aspects techniques considèrent que la nutrition et de la protection des cultures sont rentrées dans une aire de gestion maîtrisée en phase avec les attentes d’agriculture durable. Le conseil d’administration et l’équipe de direction ont, depuis plusieurs années, fait le choix assumé et stratégique de développer les apports de technicité. Cela se traduit par une implication forte des conseillers de la coopérative dans le développement d’outils d’observation et d’aide à la décision. L’optimisation de l’alimentation et de la protection des cultures est aujourd’hui devenue le fondement du travail quotidien de l’équipe technique. Les initiatives de conseils au niveau des céréales sont conduites sous la tutelle de Fred Patcina, qui est aussi l’expert maison du développement des cultures de filières (blé de meunerie, blé de force, pois protéagineux, lin).

 

Le bien-fondé du réseau MétéObserv conforté en seulement trois ans

 

             En Vigne, David Croizet, est à l’origine de la mise en place du réseau MétéObserv. Depuis trois ans, l’implantation d’une quinzaine de sites d’observation météo associés à divers OAD (modèles mildiou, oïdium, …., prévisions météo locales, suivis physiologiques, ….) sur le territoire de la coopérative a permis de développer des prestations de services nouvelles qui connaissent un certain succès. Les viticulteurs ont la possibilité d’accéder à différents niveaux de conseils et de services qui nourrissent leurs réflexions pour conduire la protection du vignoble. Une frange croissante d’adhérents s’intéresse à ce concept de travail innovant. Chaque outil technique fonctionne sur une aire géographique locale et ensuite, l’ensemble des données sont traitées à l’échelle de tout le réseau. Les sources d’informations à la fois locales et collectives débouchent sur la mise à disposition de conseils adaptés aux contextes (nature du sol, climat, sensibilité des parcelles, …) des divers îlots. Ce type de dialogues entre, les viticulteurs et les conseillers, débouchent sur la mise en œuvre de stratégies de lutte beaucoup plus raisonnées et aussi plus déconnectées des enjeux commerciaux. Les démarches d’accompagnement pour les mises aux normes environnementales des propriétés représentent aussi un nouveau pôle d’activité. Une jeune conseiller Johan Pineau a été recrutée pour réaliser les diagnostics et ensuite aider les agriculteurs à monter les dossiers d’aménagement et d’aides.

 

Le conseil technique, une réelle voie de développement

 

             À Thibault considère que ces initiatives illustrent, d’une part, une véritable évolution du métier de fournisseurs d’apppros et d’autre part, conforte la mission de la coopérative auprès des adhérents : « La réflexion technique est en train de redevenir le cœur de notre métier et c’est très bien ainsi ! Je pense réellement que nous nous sommes engagés dans une voie d’avenir bien qu’au départ, cela a suscité un effet de surprise. En trois ans, le pari est en passe d’être gagné et les démarches de suivis culturaux pour les céréales et de conseils VitiObserv deviennent pertinentes et complètement en phase avec l’évolution du contexte réglementaire de travail des acteurs de la distribution souhaitée. Dans le cadre des Etats Généraux de l’Alimentation, un volet des conclusions a concerné directement l’avenir du métier de distributeurs d’intrants. Les débats ont clairement indiqué qu’à terme, il faudrait séparer les démarches de conseils, de la vente des intrants. Notre PME s’est engagée actuellement dans la voie du développement du conseil auprès des agriculteurs et des viticulteurs qui le souhaitent. Pour l’instant, cette initiative ne représente qu’une démarche de diversification de notre activité appros. Leur devenir risque d’être stimulé dans un avenir proche avec la montée des exigences environnementales ».

 

Une collecte 2 016 en léger recul volumique

 

            La collecte céréalière de l’été et de l’automne 2016 avec 50 800 t a enregistré une baisse volumique d’environ 5 % mais avec de fortes disparités selon les cultures. La production de blé tendre qui représente 40 % de la collecte totale, a diminué d’environ 10 % suite à des rendements moyens. Par contre, la qualité des blés durs, des blés tendre et des orges de brasserie a été bonne ce qui a facilité leur commercialisation. Les efforts de suivis techniques ont permis de bien maîtriser les apports d’azote, les dates de récolte et les PS. Le mais malgré une baisse régulière des surfaces demeure une culture importante et la production a représenté 10 % de la collecte. La récolte de tournesol a été décevante suite à un été 2 016 assez sec. L’implantation de la culture de poids protéagineux d’hiver a représenté une bonne alternative au tournesol en termes de tête d’assolement, de rendements et de valorisation hectare. Les agriculteurs qui au départ étaient un peu sceptiques sur le bien-fondé de cette culture, en ont vite compris l’intérêt technico-économique. L’autre événement marquant de cette campagne a été l’introduction de plusieurs nouvelles cultures, des blés de meuneries et du lin.

Une diversification de la commercialisation auprès de meuniers régionaux

 

            La commercialisation de la récolte 2 016 s’est déroulée dans un contexte global toujours difficile. Les débouchés d’exportation qui ont été confrontés à une forte concurrence mondiale, ont fait chuter régulièrement les cours tout au long de la campagne. Heureusement, la coopérative avait engagé des démarches pour rechercher de nouveaux débouchés de niches sur le marché Français. Le premier segment de ces nouveaux marchés qui a été travaillé, a concerné les blés de meunerie. Les efforts qualitatifs de maîtrise des teneurs en protéines, de sélection de lots et de traçabilité au niveau des blés tendres au moment de la collecte ont permis de nouer des contacts avec deux meuneries situées dans la grande région. Les bonnes qualités des blés ont permis d’engager un dialogue constructif et de décrocher des engagements commerciaux qui a permis d’écouler 40 % de la production 2 016. Les niveaux de valorisation de ces qualités de « meuneries » ont été supérieurs de 7 à 10 €t aux débouchés d’exportation.

 

Une réintroduction de la culture du lin contractualisée sur plusieurs années

 

            Le second segment de marché de niche qui a été valorisé concerne la production de lin. Cette culture qui avait été déjà développée par la coopérative au début des années 2 000 a été relancée à partir de 2015. Un partenariat solide et pluriannuel a été conclu avec un transformateur Français, le Grenier Albigeois. Cette entreprise a développé une unité de fabrication de lin extrudé 100 % Français qui est destinée aux besoins de l’alimentation animale. Une demande ferme existe sur ce type de produit. À la faveur de ce contexte, la coopérative de Matha a réussi à contractualiser la vente de cette production avec de nettes augmentations de volumes. Ce débouché a permis d’implanter en 2016 une centaine d’hectares. Un niveau de production moyen de 2 t/ha et une valorisation intéressante sur la base de 450 à 500 €/ t semble être des arguments convaincants pour pérenniser cette nouvelle culture. Les charges de production assez limitées (peu d’intrants) ont permis de dégager des niveaux de revenu bien supérieur à celui de tournesols à bons rendements. L’autre avantage du lin réside dans le fait qu’il constitue une excellente tête d’assolement et ne nécessite pas d’irrigation. Le souhait de la coopérative serait de voir les surfaces atteindre plus de 200 ha dans un avenir proche.

 

Produire des qualités de céréales adaptées aux attentes d’acheteurs prêts à mieux les valoriser

 

            Thierry Buna, le co-directeur de la coopérative qui a en charge, la commercialisation des céréales estime que la dimension économique et les infrastructures humaines de la coopérative se révèlent être un véritable atout pour développer des cultures de filières attractives : « Les structures de la coopérative et les relations fortes qui existent avec les adhérents nous permettent d’avoir une capacité d’adaptation et une réactivité pour engager des démarches de commercialisation novatrices. Le contexte de commercialisation baissier du marché mondial des céréales depuis quelques années est très préoccupant pour l’équilibre économique de nombreuses exploitations et l’avenir de la coopérative. L’entreprise a fait le choix de prospecter de nouveaux débouchés générateurs de niveaux de plus-values plus élevés et surtout plus constants dans le temps. Notre métier de metteur en marché de céréales connaît une profonde évolution. Le dialogue que nous avons lié avec de nouveaux acteurs Français qui recherchent des produits cousus mains est une opportunité. Ces opérateurs semblent intéressés par les méthodes de travail à dimension humaine comme la nôtre. La prise en compte des exigences de ces nouveaux clients nous a amenés à développer le concept des cultures filières. Il faut désormais produire des qualités adaptées aux attentes des acheteurs qui sont mieux valorisées. C’est un autre métier qui nous paraît accessible en investissant surtout dans de l’organisation et de la logistique pour sélectionner, isoler et bien tracer les productions. Ces efforts n’engendrent pas réellement des hausses de charges pour les agriculteurs et pour la coopérative et, par contre, génèrent des plus-values. L’intérêt de ces initiatives réside aussi dans le fait que cela permet de recréer avec les adhérents, des pôles d’intérêt pour aller plus loin dans la conduite de ces itinéraires culturaux ».

Un engagement de plus en plus fort dans les cultures filières

 

            Les premières retombées positives de cette nouvelle dynamique de commercialisation ont convaincu le conseil d’administration et l’équipe de direction de poursuivre cette stratégie des cultures filières. C’est une évolution profonde des méthodes de commercialisation qui repose sur de nouvelles organisations des méthodes de production de la coopérative et des adhérents. Le concept de base simple : « produire des lots de blé, de lin,… correspondant à des cahiers des charges de production établis avec les acheteurs en faisant preuve de technicité et de compétences ». La mise en place d’un suivi des cultures un peu plus pointu et surtout plus encadré sera indispensable mais n’engendrera pas de coûts d’intrants supplémentaires. Il faut en quelque sorte valoriser les savoirs faire d’agronomie des agriculteurs et des techniciens dans les parcelles et ensuite que la coopérative devra se donner les moyens, d’isoler, de conserver et de tracer ces lots qualitatifs. Les premiers efforts techniques des producteurs et de la coopérative au niveau de la récolte 2 016 ont permis d’accélérer la dynamique de commercialisation de produits de niche durant l’hiver 2016-2017. Le net développement des surfaces de blé de force et lin pour les productions de 2017 représente une nouvelle étape. La production de blé tendre (40 % de la collecte totale) de qualité, tracés et allotés a été engagée à plus de 60 % auprès de plusieurs meuneries avec des perspectives de valorisation intéressantes.

 

De réels espoirs de meilleures valorisations sur les blés de meunerie

 

            Th Buna considère que désormais, les meilleures opportunités de commercialisation pour la coopérative et ses adhérents reposeront principalement sur les cultures filières : « Les niveaux de valorisation du blé tendre sur le marché mondial à 130, 140 €/t satisfont peut-être les attentes des producteurs de la Mer Noire, d’Australie ou du Brésil mais ne permettent plus à nos adhérents de vivre décemment. Face à ce constat qui perdure, la coopérative a essayé de diversifier les débouchés. L’aboutissement de négociations avec plusieurs minoteries régionales représente de bonnes opportunités qui doivent être confortées. Les productions de blé de force 2 016 de qualités de meuneries à partir de variétés non spécifiques, ont déjà permis de gagner 7 à 10 € t. Nous avons aujourd’hui une demande pour des blés tendres issus de variétés pures avec des perspectives de plus-values supplémentaires de l’ordre de 15 à 20 € / t. Il n’est pas illusoire de penser que la valorisation des lots de blés améliorants pourrait dépasser régulièrement dans un avenir proche 160 €/t sans que ces cultures engendrent de charges supplémentaires ».

 

La dimension environnementale des cultures filières devient importante

 

            Le challenge de la diversification des débouchés de la coopérative de Matha est donc rentré dans une phase d’accélération et durant l’exercice 2016-2017, un nouveau cap de commercialisation a été franchi. L’objectif d’ici 2 à 5 ans est de voir les cultures filières devenir très largement majoritaires. Th Buna observe que cette évolution est initiée par des acheteurs soucieux de construire des relations de pérennes avec des producteurs impliqués dans des démarches plus qualitatives : « En dehors des marchés d’exportation, il existe une demande pour des productions à la fois, nouvelles, segmentées en volumes et qualitatives. Les discussions avec de nouveaux acheteurs nous font profondément évoluer dans nos approches de travail et aussi prendre conscience de la dimension environnementale des futurs concepts de productions. Le sujet résidus de pesticides dans les cultures qualitatives est désormais systématiquement intégré aux cahiers des charges des productions. Des analyses de résidus sont effectuées lors des livraisons de lots de blé meunier et pour l’instant, il n’y a pas eu de problème. Des discussions informelles avec plusieurs meuniers ont révélé une demande ferme sur des blés bios qu’ils n’arrivent pas à satisfaire avec le potentiel de production régional. Leur souhait serait de travailler localement pour limiter les frais  de logistique. Pourquoi ne pas essayer d’investir dans cette nouvelle voie si certains agriculteurs le souhaitent ? Une réflexion est en cours avec plusieurs adhérents déjà bios ou prêts à le devenir pour construire une petite filière pour les récoltes 2 019 et 2 020. Nous considérons aussi, que le développement du Lin constitue une autre diversification porteuse de véritables espoirs. La demande actuelle permet d’absorber très facilement la production des 150 ha et nous avons de bonnes perspectives pour 50 ou 100 ha supplémentaires. L’implantation en 2018, d’autres cultures de niches, comme le pois chiche et le tournesol strié va être testée sur de petites surfaces ».

 

Un moyen de penser des assolements «plus verts»

 

             Les concepts historiques de la production de céréales standards sont donc remis en cause et les agriculteurs subissent cette évolution en étant confronté à de réelles difficultés économiques. Un tel contexte ne permet pas d’aborder le développement des cultures filières dans un climat apaisé et forcement, cela suscite  des débats passionnés. L’adhésion des adhérents a ces nouvelles alternatives est accueillie de façon très diverse. Certains ne considèrent pas que ce sont des solutions crédibles pour le devenir de leur activité alors que d’autres les intègrent déjà sur 20 à 30 % de leur surface. Les cultures filières vont devoir convaincre sur le plan économique pour être en mesure de s’installer durablement dans les assolements. Si l’argument majeur de la rentabilité économique supérieure paraît prioritaire ; la sensibilisation à l’importance des problématiques environnementale risque aussi de contribuer à les imposer. La pression sociétale autour de l’utilisation des pesticides qui est devenue un sujet sensible et fréquent, a déjà des conséquences sur la mise en œuvre des itinéraires culturaux. La réduction de l’utilisation des intrants pour les productions conventionnelles est plus que jamais le challenge majeur des toutes prochaines années. Cependant, il faudra concilier cet objectif aux réalités économiques. L’introduction de nouvelles cultures au niveau des assolements céréaliers représente  une alternative complémentaire et positive pour construire des  itinéraires culturaux  respectueux des enjeux agronomiques et surtout « plus verts».

 

Une table ronde qui a conforté les fondements du métier d’agriculteur

 

            Lors de l’assemblée générale, les responsables de la coopérative avaient organisé une table ronde pour sensibiliser les adhérents à la fois aux préoccupations environnementales et à l’intérêt du développement des cultures filières.  Le choix de la  thématique,  « L’agriculteur au cœur de l’agriculture durable », a permis de découvrir une série d’initiatives novatrices ayant eu des retombées concrètes pour les agriculteurs. La présentation de plusieurs projets rapprochant des céréaliers des attentes des consommateurs a été à l’origine de la création de filières de production pérennes  et éthiques qui ont permis de sécuriser le revenu des agriculteurs. Au cours des débats,  plusieurs témoignages n’ont pas laissé indifférents le public. Le plateau d’intervenants constitué d’Alain Falourd un adhérent céréalier de Gourville, de Jean-Paul Bellot président de la minoterie Bellot à Saint-Maixent, d’Erwan Ollivier responsable des cultures filières au sein du groupe Coopératif Limagrain à Clermont Ferrand, de Luc Servant président de la Chambre d’agriculture de Charente Maritime et vice-président de la chambre régionale d’agriculture de Nouvelle-Aquitaine, de Ludovic Brindejonc directeur de la Sct Agri-éthique   dédiée à la mise en œuvre de pactes de commercialisation équitables, de Fred Patcina le conseiller expert des cultures filière de la Coop de Matha et de Thierry Buna le co-directeur ont été à l’origine d’échanges à la fois  réalistes, ouverts sur des perpectives de production céréalières différentes et qui a conforté les agriculteurs dans les fondements de leur métier.

 

                                                                                             

 

 

 

Les éléments clés du dernier exercice de la coopérative de Matha :

 

  • Une PME de 28 salariés ayant deux domaines d’activités équilibrés, la vigne et les céréales

  • Un chiffre d’affaires de 17,30 M€ et un résultat net largement positif après redistribution des compléments de prix sur les appros et les céréales.

  • Une diminution du CA d’environ 9 % liée à la fois à la baisse du niveau de valorisation des céréales et aux conséquences du gel de printemps

  • Un gel de printemps 2017 très important sur tout le secteur Pays bas et 40 % des surfaces de vignes de la coopérative ont été touchées à plus de 80 %

  • Une activité Appros impactée à la fois par les aléas climatiques et la mauvaise conjoncture du marché des céréales

  • Une montée en puissance du conseil technique pour accompagner les adhérents dans la mise en œuvre des pratiques de viticulture et d’agriculture

  • La réussite du réseau de conseil vigne MétéoObserv depuis 3 ans

  • Une collecte céréalière de plus de 50 000 t ayant un beau potentiel de qualité

  • Les cultures d’été sont dominantes et le blé tendre représente 40 % de la collecte totale

  • Une stratégie de diversification de la production des céréales avec le développement des cultures filières pour se désengager des marchés d’exportation

  • Une volonté de la coopérative de nouer des contacts avec de nouveaux acheteurs recherchant des produits de qualité susceptibles de dégager des niveaux de valorisation supérieurs aux agriculteurs

  • Deux axes de développement majeurs, des entreprises de meunerie à dimension humaine et des acheteurs de produits spécifiques comme le lin, le tournesol strié ou le pois chiche.

  • 40 % de la collecte de blé de la récolte 2 016 écoulé auprès de plusieurs meuniers

  • 150 ha de production de lin en 2017 valorisés entre 450 et 500 €/t

  • L’objectif de voir les cultures filières devenir dominantes d’ici quelques années.

     

     

                Une table ronde dédiée à des concepts de production sécurisant pour les agriculteurs

               

     

    Si les perspectives d’adaptation aux mauvaises conditions des marchés d’exportation des céréales ont été très présentes dans les débats, la table ronde a aussi permis au public d’appréhender certains changements du contexte de production, sur les plans, réglementaires et environnementaux. La découverte de plusieurs approches de production émanant d’autres coopératives a aussi démontré que des perspectives de valorisation intéressantes existent sur le marché Français.

     

    Les productions de céréales de la région Poitou-Charentes et Aquitaine ont bénéficié depuis 20 ans de leurs situations géographiques favorables pour conquérir des parts de marché à l’exportation. La présence d’infrastructures portuaires proches et puissantes limitait les charges de logistiques liées aux transports. La plupart des collecteurs de céréales ont profité de ce débouché naturel et les coopératives et les négociants se sont structurés pour répondre à la demande de bateaux entiers. Les productions locales sont donc rentrées dans une dynamique d’un marché mondial fluctuant parfois attractif et d’autres fois préoccupant ou la seule règle est la loi de l’offre et de la demande. Il s’est donc produit depuis quatre ans ce que tout le monde craignait depuis longtemps, une baisse des cours continue. Ce constat dressé par des intervenants lucides a été aussi la source de réflexions et de remises en cause pertinentes.

     

     

    Les états généraux de l’alimentation, une concertation courageuse qui devra être cautionnée par des faits

     

                Luc Servant a fait état des débats qui ont eu lieu lors des états généraux de l’alimentation à l’automne dernier. Ses propos ont été à la fois mesurés et précis sur cette vaste concertation organisée par les pouvoir publics. Il a clairement salué cette initiative et l’objectif affiché de relancer la création de valeur pour permettre aux agriculteurs de vivre dignement de leur métier. Les discussions entre producteurs, transformateurs, grossistes, distributeurs, consommateurs ont mis le doigt sur des points de blocage déjà connus mais effectivement actés dans le cadre d’une vaste concertation. La réalité des coûts de production devrait devenir un élément de réflexion de base du dialogue avec les transformateurs et les distributeurs pour construire des filières permettant de mieux rémunérer les producteurs. L’autre sujet majeur a concerné la sécurisation sanitaire de l’ensemble des produits alimentaires et la transformation des méthodes production pour atteindre cet objectif.

    L Servant considère que pour l’instant, le principal intérêt de cette vaste concertation a été de permettre aux agriculteurs de retrouver une audience auprès des puissants transformateurs et distributeurs Français. Il pense aussi que ces débats faciliteront les négociations pour les filières d’élevage, de maraîchage et d’arboriculture mais seuls des actes concrets pourront cautionner cette concertation. Au niveau des céréales, la mondialisation des échanges reste une problématique entière et une grande partie de la production Française est vendue sur les débouchés d’exportation. La demande de céréales en France qui repose principalement sur les filières de meunerie, d’alimentation du bétail et de l’industrie  est généralement déjà engagée dans des démarches de production qualitatives.

     

    Les filières de mais d’amidonnerie et de blé de force valorisante de la coopérative Limagrain

     

    Photo 8 : (doc à venir) Erwan Ollivier, le resposnable des cultures filières de la coopérative Limagrain

                La présentation des deux initiatives de production mise en œuvre par la coopérative Limagrain à Clermont Ferrand a démontré l’intérêt des cultures filières pour les producteurs. L’implantation de l’entreprise dans une aire géographique très éloignée d’infrastructures portuaires représente depuis longtemps un handicap pour bien aborder la commercialisation sur les grands marchés d’exportation. La coopérative a donc fait le choix de rechercher depuis 20 ans d’autres débouchés plus proches de sa zone de production. Erwan Ollivier, le responsable des cultures filières de la coopérative Limagrain, a présenté le travail qui a été fait pour construire deux démarches de production, l’une de mais de destinée à la semoulerie et l’autre de blé de force pour la meunerie.

                 La création d’une filiale de semoulerie est à l’origine de la première diversification. La première expérience de production de semoule destinée aux activités de brasserie à la fin des années quatre-vingt qui ne dégageait pas assez de valorisation aux adhérents, a été à l’origine d’un deuxième projet beaucoup plus porteur. La sélection génétique de variétés de maïs ayant des aptitudes spécifiques pour la semoulerie a permis d’utiliser les capacités de l’outil industriel pour élaborer des produits élaborés et à fortes valeurs ajoutées destinés à la fabrication de gâteaux d’apéritif et d’ingrédients pour les petits-déjeuners. Implantée depuis plus de 15, cette filière de mais de semoulerie a permis en 2017 de valoriser les productions des adhérents à plus de 165 €/t.

                Une autre démarche de diversification sur des blés de force destinés à la meunerie a été mise en place à partir du début des années 2000. La sélection de variétés très riches en protéines permet aux minotiers de produire des farines ayant  une nature améliorante appréciée pour la panification. La contractualisation de ce débouché avec différents acteurs dégage des niveaux de valorisation intéressants puisque les blés de force de la récolte 2 017 ont été payés plus de 180 € t aux producteurs.

     

    Le pacte Agri-Ethique, un concept de production fondée sur l’équité et la transparence

     

                 La présentation de la démarche Agri-Ethique a suscité un véritable intérêt auprès des producteurs qui ont littéralement découvert un nouveau concept d’organisation des filières de production. Ce projet a été initié en 2012 par la coopérative CAVAC en Vendée. L’idée était de réfléchir à la mise en place d’un modèle de fonctionnement différent à la fois avec les adhérentes et les acheteurs de blé de qualité afin de moins subir les variations des cours mondiaux. Ludovic, le responsable qualité de la coopérative a été chargé de ce projet qui a été finalisé dès 2013. Une proposition a été faite aux adhérents d’acheter leur blé tendre (produits dans le cadre d’un cahier des charges) pendant trois ans ou 5 ans à un prix stable, garanti, tenant compte de leurs coûts de production et surtout déconnecté des fluctuations des cours mondiaux.

                Ce concept de modèle de production plus sécurisant a été établi en instaurant un dialogue de fond entre les adhérentes, la coopérative, des meuniers, des boulangers et des industriels. L’adhésion des meuniers et des boulangers à ce nouveau modèle de production a permis de mettre en place une stratégie de travail équitable entre tous les acteurs et dès 2013, les premiers contrats de trois ans signés avec les adhérents ont entériné un prix d’achat de 180 € / t.

                Le hasard des discussions avec des responsables de démarches de commerce équitable dans divers pays du tiers-monde a convaincu L Brindejonc de formaliser cette démarche dans le cadre d’un pacte Agri-Ethique. Ce concept de travail innovant repose sur des engagements réciproques encadrant des démarches de production équitables entre des agriculteurs, des transformateurs, des industriels, des distributeurs et des consommateurs. Le but est que les toutes les parties y trouvent leur intérêt afin que les consommateurs puissent profiter de productions cultivées localement dans un état d’esprit de développement durable. La transparence et l’équité entre les partenaires font partie des fondements de cette démarche qui repose sur un cadre juridique. Le pacte Agri-Ethique a connu un réel succès puisque seulement quatre ans, 1 000 agriculteurs, 11 coopératives, 15 minoteries, 7 00 boulangers et 5 industriels ont construit des démarches principalement sur les céréales et aussi pour le lait, la viande, les œufs et le vin. La dimension environnementale des pactes est intégrée dans le cadre de cahiers des charges de production précis.

               

                                                                                      

     

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