L’Entreplantation « Réhabilitée » !

22 mars 2009

L’entreplantation est-il un moyen technique rentable pour maintenir la productivité et la pérennité des parcelles ? La réponse à cette question ne doit pas se limiter à une simple affirmation. Il faut proposer aux viticulteurs une réflexion de fond sur ce sujet qui leur permette de construire des stratégies de remplacement des ceps manquants correspondant à l’environnement de leurs propriétés. La présentation de plusieurs témoignages de techniciens, de celui d’un viticulteur et d’éléments concrets sur l’intérêt économique sont peut-être en mesure de pérenniser l’intégration des travaux d’entreplantation dans le fonctionnement global des exploitations viticoles de la région.

Faut-il investir régulièrement dans des travaux d’entreplantation ? La réponse est objectivement oui compte tenu du niveau de nuisance actuel des maladies du bois et de leurs perspectives de développement inquiétantes pour la décennie à venir. Conseiller et écrire que le remplacement des ceps morts reste le moyen indispensable pour préserver à la fois la productivité et la pérennité des parcelles est plus que jamais d’actualité. Les messages techniques émanant de tous les organismes de développement et de recherche sur ce sujet sont unanimes et pleinement justifiés : « L’entreplantation est actuellement le seul moyen de combattre efficacement la mortalité des ceps liés aux maladies du bois dans les parcelles. »

Pourtant, cet argument ne semble pas suffisant pour convaincre une majorité de viticulteurs de s’engager dans ces travaux après les avoir délaissés depuis plus de 15 ans. Quels arguments faut-il mettre en avant pour convaincre les responsables des propriétés d’investir durablement dans l’entreplantation ? Quels avantages en retirent les viticulteurs qui ont toujours continué de pratiquer l’entreplantation ? Quels risquent prennent ceux qui ne remplacent aucun cep dans les parcelles ? Pourquoi des propriétés qui remplacaient régulièrement les manquants ont arrêté de le faire ? Toutes ces interrogations attestent du débat que suscite une pratique ancienne mise à mal par les principes actuels de gestion technique et économique des propriétés viticoles.

Tenir compte des réticences pour justifier l’intérêt de l’entreplantation

Les dégâts des MB de plus en plus importants au cours des dernières années, l’âge moyen élevé des vignes d’Ugni blanc, le développement de moyens techniques plus performants pour arracher les souches…seront-ils des arguments suffisants pour réintégrer de façon durable l’entreplantation dans le calendrier des travaux viticoles incontournables des propriétés viticoles de notre région ? L’entreplantation peut-elle redevenir une intervention aussi systématique que la taille dans le calendrier des travaux hivernaux ? Tous les techniciens le souhaitent. Par contre, un certain nombre de viticulteurs continuent d’être réticents et leurs arguments ne sont pas infondés. L’importance du travail manuel que nécessite cette opération la rend plus difficile à mettre en œuvre sur des propriétés employant exclusivement de la main-d’œuvre salariée. Le taux de reprise des plants réintroduits dans des parcelles de 15 à 30 ans est trop aléatoire. Le retour à un niveau de pleine production des jeunes souches est beaucoup trop long. Les années où la climatologie printanière et estivale est pluvieuse, cela donne de bons résultats, mais par contre dès que le climat pendant ces périodes est sec, les pertes deviennent conséquentes. Toutes ces réflexions issues de constats pratiques dans le vignoble ne peuvent pas être contestées mais au contraire elles doivent être utilisées pour comprendre quels sont les facteurs permettant d’augmenter le taux de réussite de l’entreplantation. Les meilleures réponses qu’il est possible de présenter sur ce sujet viennent bien sûr des témoignages des viticulteurs qui pratiquent avec succès et depuis longtemps l’entreplantation sur des propriétés de surfaces conséquentes. Contrairement à certaines idées reçues, la mise en œuvre des travaux d’entreplantation de façon systématique ne concerne pas que les propriétés de petites et moyennes surfaces disposant de main-d’œuvre familiale. Le témoignage de M. Jacky Chat dans l’encadré ci-après atteste de la réussite de l’entreplantation à l’échelle d’une surface de vignes importante.

Réussir l’entreplantation nécessite de l’anticipation et de l’organisation

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M. Lionel Dumas Lattaque, le conseiller viticole de la Chambre d’agriculture 17.

Le problème actuel du désintérêt d’un certain nombre de viticulteurs vis-à-vis de l’entreplantation est la conséquence directe du contexte économique régional des 15 dernières années. Les rendements étaient toujours supérieurs aux débouchés commerciaux, alors pourquoi maintenir le capital ceps des parcelles à un niveau de 100 % ? Face à cette situation, le remplacement des manquants a progressivement disparu du calendrier des travaux incontournables de beaucoup de propriétés. Or, le contexte technique et économique a profondément changé en quelques années et le fait d’avoir « un capital ceps » au mieux de sa forme est redevenu essentiel pour la productivité des parcelles et des exploitations. Les vignobles dont les vignes ont continué de faire l’objet d’une stratégie constante de remplacement des manquants ont globalement beaucoup mieux supporté les cycles végétatifs difficiles de 2007 et 2008. C’est sans doute pour cette raison que depuis un an, les opérations de remplacement des manquants semblent retrouver de l’intérêt auprès d’un nombre croissant de viticulteurs. M. Lionel Dumas Lattaque, le conseiller viticole de la Chambre d’agriculture de Charente-Maritime, tient un discours lucide sur la mise en œuvre et la réussite de l’entreplantation : « Les débats autour de l’entreplantation se focalisent trop souvent sur la lourdeur de ce travail et les taux de reprise aléatoires. L’un des premiers conseils est de ne pas attendre que l’état des parcelles soit trop dégradé pour commencer à entreplanter. Dès que 3 à 4 % des souches extériorisent des symptômes ou sont morts, il faut commencer à rénover le capital de production. Des souches qui manifestent de forts symptômes ont un avenir très compromis et il est illusoire de vouloir les conserver. Les viticulteurs qui continuent de pratiquer le remplacement des ceps morts sont aussi ceux, en général, qui obtiennent de bons taux de reprise. Leur réussite est souvent le fruit de la mise en œuvre d’une véritable organisation des travaux qui respecte un principe essentiel : donner toutes les chances au jeune plant de se développer dans de bonnes conditions. L’entreplantation ne doit pas être abordée comme une intervention supplémentaire à positionner au printemps après avoir terminé la taille, les tirages de bois et l’attachage. C’est au contraire une série d’interventions à intégrer judicieusement entre les différentes tâches à réaliser dans la période automnale et hivernale. Plus les jeunes plants sont mis en terre tôt et dans de bonnes conditions (sols bien réessuyés), meilleur sera leur niveau de reprise. Comme pour une plantation, la notion de préparation du sol au niveau du trou de plantation s’avère importante pour favoriser le développement ultérieur des jeunes racines. La réduction de la longueur des bois de taille des ceps entourant les entreplants peut aussi permettre d’accélérer leur croissance végétative les deux premières années. Réussir une démarche d’entreplantation nécessite l’anticipation et la programmation dans le temps d’une série d’interventions pour identifier tôt les ceps, extraire les souches en conditions non humides (éviter les phénomènes de compactage), mettre en terre les jeunes plants (de préférence avant le mois de mars) et éventuellement les arroser lors d’étés secs. L’entreplantation nécessite réellement la mise en œuvre d’un itinéraire technique pour reconstruire des pieds bien productifs au bout de 4 à 5 ans. »

 Face à un vignoble vieillissant, l’entreplantation redevient un moyen de rénovation judicieux

L’âge moyen relativement élevé du vignoble charentais explique aussi les phénomènes de vieillissement « accéléré » d’un certain nombre de parcelles. Les sources du RGA 2000 révèlent que 74 % des surfaces viticoles dans la région délimitée ont plus de 20 ans et la tranche d’âge des vignes de plus de 30 ans représente à elle seule plus de la moitié du potentiel viticole.

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Les classes d’âge du vignoble charentais (sources RGA 2000).

Au vu de ces données, le constat est simple : « Le vignoble charentais est vieux et dans ces conditions n’est-il pas normal que la proportion de parcelles ayant des niveaux de ceps manquants soit élevée. Une réponse positive à cette affirmation découle du bon sens. Par contre, l’augmentation des niveaux de mortalité des souches depuis plusieurs années ne touche pas spécifiquement les parcelles d’une tranche d’âge mais toutes les vignes, jeunes, en pleine force de l’âge et même les plus vieilles. Ce dernier élément est un peu plus surprenant car, jusqu’à ces dernières années, il était fréquent de constater qu’à partir de 30 ans le taux de mortalité baissait. D’ailleurs, les techniciens expliquent qu’actuellement, la moindre sensibilité à la mortalité des parcelles âgées n’est plus aussi vraie qu’il y a dix ans. Certains se demandent même si dans la décennie à venir, l’augmentation des niveaux de nuisance pourrait toucher avec la même intensité toutes les parcelles quel que soit leur âge. L’augmentation rapide des surfaces de beaucoup d’exploitations s’est souvent effectuée par l’acquisition de petits vignobles dont l’actuel exploitant a parfois du mal à connaître l’âge exact du parcellaire. Aussi, dans un certain nombre de propriétés, la proportion de vignes âgées assez importantes ne rend pas possible leur renouvellement à un rythme suffisant. Les investissements seraient trop lourds et de fait l’entreplantation redevient une intervention judicieuse économiquement pour prolonger l’espérance de vie d’un certain nombre de parcelles (lorsque le taux de mortalité n’est pas trop important).

Entreplanter de préférence 15 à 20 % des surfaces chaque année

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M. Laurent Duquesne, le technicien de la Chambre d’agriculture.

M. Laurent Duquesne, le technicien viticole de la Chambre d’agriculture, a réalisé une étude technico-économique sur l’entreplantation en s’appuyant sur le vécu de cette pratique auprès d’un certain nombre de viticulteurs. Les résultats de cette enquête ont permis de dégager un certain nombre de paramètres qui contribuent à rendre plus efficace et plus opérationnelle cette pratique. Le premier élément concerne l’organisation générale de l’ensemble des travaux nécessaires au remplacement des ceps morts. Ce n’est pas après avoir fini de tailler des parcelles au mois de février ou de mars que l’on décide de se lancer dans une démarche d’entreplantation. C’est une intervention qui se programme et se prévoit dès que la mortalité s’exprime dans les parcelles à l’automne. Il faut réellement anticiper les choses pour que l’entreplantation soit effectuée de façon systématique et en ayant le souci d’optimiser les temps de travaux. L’expérience de plusieurs viticulteurs révèle qu’ils pratiquent souvent l’entreplantation sur une partie de leur vignoble chaque année (20 à 25 % des surfaces) pour arriver à rénover tout le potentiel au bout de 4 à 5 ans. C’est un moyen d’étaler la charge de travail dans la mesure où les interventions s’effectuent dans des parcelles pas encore trop dégradées (4 à 5 % de manquants). Ensuite, le fait de concentrer l’opération sur un îlot de parcelle rend plus facile l’organisation et le suivi des travaux.

Faire les travaux dans les temps pour favoriser la pousse des plants

D’une façon générale, les propriétés qui obtiennent les meilleurs taux de reprises sont celles qui anticipent certaines opérations essentielles. L’arrachage intervient tôt en saison (en novembre-décembre) en conditions pas trop humides pour ne pas dégrader la structure du sol au niveau des trous. La mise en terre précoce jusqu’à la fin février est toujours un atout important pour la reprise et le développement ultérieur du jeune plant. Les sarments issus de la première feuille auront ainsi beaucoup plus de chances d’être aoûtés avant que les gelées de l’automne ne fassent tomber les feuilles. Le choix d’un porte-greffe vigoureux est aussi un moyen d’accélérer un retour à la pleine productivité plus rapide au bout de 4 ans. Les pratiques de désherbage chimique doivent aussi être adaptées en privilégiant l’utilisation de spécialités foliaires à la place des résiduaires. L’installation proprement dite du jeune plant doit faire l’objet de certaines attentions pour assurer sa parfaite protection vis-à-vis du désherbage chimique et l’utilisation en été de lames interceps. Le positionnement de poches de désherbage est indispensable en utilisant des matériaux ne pénalisant pas la croissance lors d’étés secs (résultats d’essais du Syndicat des pépiniéristes des Charentes). Les propriétés effectuant en été des passages de lames interceps implantent deux tuteurs pour protéger les jeunes plants des blessures occasionnées par l’effacement des outils. D’une manière générale, l’apport de fumure complémentaire la première année n’est pas non plus systématique même si quelques exploitants mettent au fond du trou de plantation une grosse poignée d’amendement organique. Enfin, lors d’étés secs comme 2005 ou 2003, l’arrosage des entreplants de l’année est souvent indispensable.

Une étude économique du coût de l’entreplantation

Le coût de l’entreplantation est directement dépendant de l’investissement personnel des viticulteurs et des salariés qui effectuent les travaux. Plus les interventions sont anticipées, plus leur organisation peut être optimisée. Cette réflexion est l’un des enseignements majeurs de l’enquête qu’a mené L. Duquesne. Il a formalisé son travail d’analyse des coûts à travers la présentation d’une étude de cas pour une propriété de 20 ha dont l’âge moyen correspond aux sources du RGA 2000 évoquées précédemment. L’évaluation du taux de mortalité annuelle tient compte de l’âge des vignes et les travaux d’entreplantation ne vont concerner que les parcelles dont l’âge est compris entre 3 et 29 ans.

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Les bases de la structure du vignoble ayant été utilisées pour l’étude économique.

Chaque année 300 ceps seront entreplantés en mobilisant le plus d’efforts sur les vignes de la tranche d’âge de 10 à 19 ans. L’évaluation des temps de travaux nécessaires à l’ensemble des interventions est le fruit d’une synthèse d’éléments émanant de relevés effectués sur plusieurs propriétés. Le remplacement de 300 ceps/an nécessite 18,8 heures en utilisant des moyens mécanique pour l’arrachage (une tarière effectuant 90 trous/heure. Dans le tableau ci-dessous, on se rend compte que les travaux de préparation, le tronçonnage et l’arrachage (6,3 heures pour 300 ceps) sont aussi importants que l’opération de plantation proprement dite (6,5 heures pour 300 ceps). L’opération d’arrosage qui intervient en général fin juillet au début août est un gage supplémentaire de réussite que beaucoup de viticulteurs considèrent incontournable même si les étés ne sont pas secs.

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Les temps de travaux nécessaires à l’arrachage de 300 souches.

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Le coût des fournitures.

 

 

 

 

 

 

 

 

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Les charges totales pour entreplanter 300 ceps/an.

 

L’une des charges importantes est bien sûr le coût des plants (des greffés soudés) qui représentent à eux seuls plus de 50 % des fournitures. La synthèse des charges pour entreplanter 300 ceps en incluant les frais de main-d’œuvre se monte à 1 157 € ht/an.

 

 


20 % de souches mortes au bout de seulement 17 ans

Cet investissement de 1 157 € HT/ha/an pour 20 ha est-il rentable ? Pour répondre à cette question, L. Duquesne a essayé d’évaluer l’impact de la mortalité sur une parcelle non entreplantée ayant une densité de 2 500 ceps à l’origine. Avec une hypothèse de mortalité moyenne de 1,5 %/an (modulée à la baisse et à la hausse selon l’âge des vignes), la parcelle non entreplantée passe en dessous le seuil des 2 000 ceps en production (- 20 %) au bout de la 17e année et il ne restera plus que 1 635 souches (- 35 %) au bout de 30 ans. Une deuxième approche a été établie en ayant une démarche de remplacement systématique de tous les ceps morts pendant les 20 premières années de la vie de la vigne. Dans ces conditions, le nombre de souches en pleine production sera constant et équivalent à celui de la 6e année. On peut penser que l’espérance de vie de telles vignes dépassera le cap des 30 ans. Une troisième hypothèse a été envisagée avec deux entreplantations de 300 ceps intervenant à la 15e et 20e année. Cette méthode de travail permet de maintenir un capital de ceps intéressant dans la durée mais au cours des 15 premières années, la diminution du nombre de souches en production peut avoir un impact sur la productivité des parcelles.

L’entreplantation génère des gains de revenu brut annuels attractifs

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Les hypothèses de longévité de parcelles.

La longévité des parcelles est directement liée au nombre de pieds en production et l’absence d’entretien « du capital souches » ne peut qu’accélérer le vieillissement des vignes. Si les niveaux de nuisances actuels des maladies du bois viennent à se perpétuer voire à augmenter, beaucoup de parcelles non entreplantées ne seront pas en mesure d’atteindre l’âge de 30 ans en ayant des niveaux de production corrects. Le fait de ne pas remplacer les ceps morts provoque une baisse de productivité des parcelles qui, en général, devient plus perceptible au fil des années. Les phénomènes de compensation de production qui sont démontrés avec l’Ugni blanc suffisent à palier, en partie, les niveaux de mortalité plus faibles des 10 à 15 premières années. Par contre, par la suite, les baisses de productivité des parcelles vieillissantes deviennent plus perceptibles et plus fréquentes. Dans le contexte d’années difficiles comme 2007 et 2008, la proportion de ceps en pleine production joue à plein sur le rendement final des parcelles. L. Duquesne a essayé de chiffrer la perte de revenu brut annuelle occasionnée par une absence d’entreplantation en prenant comme référence une QNV à 10,8 hl d’AP et un niveau de valorisation à 700 €. Dans cette approche, l’effet de compensation de rendement n’est bien sûr pas pris en compte mais aucune étude n’a jusqu’à présent quantifié précisément ce phénomène de surproduction des souches adjacentes aux manquants. On peut penser que les phénomènes de compensation sont souvent sur-estimés par beaucoup de viticulteurs.

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L’évolution du nombre de ceps en production au bout de 30 ans.

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L’évolution du nombre de ceps en production au bout de 40 ans.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Un moyen d’augmenter la durée de vie des parcelles d’au moins 10 ans

Dans les deux tableaux ci-contre, l’incidence de la perte de revenu occasionnée par un taux de mortalité de 1,5 % en moyenne s’avère très pénalisante. En absence d’entreplantation, le manque à gagner annuel en matière de revenu sur une période de 30 ans est de 1 512 €/ha/an. Dans la situation où l’entreplantation est effectuée en deux fois, la rénovation du capital de souches génère un gain de revenu annuel de 676 €/ha alors que les charges supplémentaires sont de 80 € ht/ha/an. L’entreplantation systématique jusqu’à la vingtième année présente encore plus d’intérêt puisque les gains de revenu annuel s’élèvent à 973 € ht/ha. De tels résultats justifient pleinement l’intérêt de l’entreplantation même si les phénomènes de compensation de production (durant la première décennie de production des parcelles) ne sont pas pris en compte. L’entretien du capital souches des plantations et le maintien de la productivité augmentent l’espérance de vie des parcelles qui dépasseront allégrement le cap des 30 ans, pour passer à 40 ans et plus. La qualité de matériaux utilisés pour les piquets et les fils rend actuellement possible la tenue dans le temps du palissage sur une période de 40 ans et plus.

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L’incidence économique sur 30 ans.

Si la durée de vie des parcelles est augmentée de 10 ans en moyenne, pour un investissement somme toute modeste, l’entreplantation devient encore plus attractive. Une approche d’entreplantation en 3 fois génère un niveau supplémentaire de revenu brut annuel de 969 €/ha alors que les charges supplémentaires n’augmentent que de seulement 90 € ht/ha/an. L’entreplantation systématique des parcelles jusqu’à trente ans devient encore plus rentable avec un apport de revenu brut annuel de 1 342 €/ha (et des charges d’entreplantation annuelles de 125 € ht/ha).

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L’incidence économique sur 40 ans.

Toutes ces données chiffrées sont-elles contestables ? Oui elles le sont, mais pas dans des proportions suffisantes pour rendre l’entreplantation inintéressante sur le plan économique. Même avec une QNV à 9,5 hl d’AP/ha, le remplacement des manquants reste très intéressant. L’engagement dans des démarches d’entreplantation régulières est donc un moyen judicieux à la fois de pérenniser la durée de vie des vignobles et de minimiser les investissements dans les plantations. Un certain nombre de viticulteurs qui pratiquent régulièrement l’entreplantation ont aussi réduit le taux de renouvellement des vignobles sans prendre le risque de voir la productivité baisser.

Bibliographie :
M. Lionel Dumas Lattaque, technicien viticole à la Chambre d’agriculture de Charente-Maritime.
M. Laurent Duquesne, technicien viticole à la Chambre d’agriculture de Charente. 

L’entreplantation « pérennisée » sur un vignoble de 110 ha

M. Jacky Chat, à Beauvais-sur-Matha, qui exploite 110 hectares de vignes sur différents sites, est depuis une dizaine d’années « un pratiquant » convaincu de l’entreplantation. Sur ce vignoble, l’entreplantation est devenue une intervention incontournable et complètement intégrée dans le calendrier des travaux d’hiver au même titre que la taille, le tirage des bois. Ce sont en fait les échecs de reprise importants au départ qui ont amené J. Chat à mettre en place une organisation globale plus performante. Les propos de ce viticulteur sur ce sujet l’attestent : « Le faible niveau de reprise des premières années nous a amenés à repenser l’organisation des différents travaux intervenant dans l’opération d’entreplantation. Au départ, l’entreplantation était effectuée tard en saison quand on avait fini les travaux d’hiver de taille, de tirage des bois et d’attachage. Il nous arrivait d’entreplanter dans le courant du mois d’avril, voire en mai et

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M. Jacky Chat.

forcément la pousse des plants était pénalisée par les coups de chaleur de l’été. Devant l’échec de ces entreplantations tardives, on a pris conscience qu’il fallait mettre en terre beaucoup plus tôt les plants pour qu’ils aient le temps de se développer correctement avant l’arrivée des premières chaleurs. » Sur cette propriété qui emploie exclusivement de la main-d’œuvre salariée, une véritable organisation des différentes interventions pour implanter les jeunes plants dans les meilleures conditions a été mise en place. La première étape a lieu avant la chute des feuilles à la fin octobre ou début novembre (après les vendanges et avant le début de la taille) qui correspond à une période creuse sur le plan de la charge de travail. Une équipe de plusieurs personnes passe dans toutes les parcelles pour repérer les ceps morts et sectionner les troncs à 30 cm au-dessus le niveau du sol avec un gros sécateur électrique. En même temps, le personnel taille les jeunes plants de 1, 2 et 3e feuilles, enlève les marquants, et remet en place les caches de désherbage si besoin. L’arrachage des ceps est effectué de préférence courant novembre avec une tarière pour que ce travail soit plus facile à réaliser. La mise en terre des jeunes plants intervient, en général, en février (au plus tard début mars) avant les applications d’herbicides et pour profiter des pluies du printemps qui tassent naturellement la terre. Lors de la plantation, un apport de 1 kg d’amendement organique (fumier composté dont la dose au pied correspond à l’apport/ha au moment d’une plantation) est effectué. La pose du tuteur et du manchon de désherbage s’effectue en même temps que la plantation. Au moment des relevages, le personnel contrôle que les plants en 2e et 3e feuilles montent bien dans le palissage. Depuis que le travail est effectué dans ces conditions, le taux de réussite se situe autour de 90 % et les ceps retrouvent une production normale en quatrième et cinquième pousses (une année de retard par rapport à des plantations). Au départ, les taux de remplacement étaient de l’ordre de 5 à 6 % et au fil des années, ils ont diminué pour se stabiliser autour de 2 %/an. J. Chat considère que l’entreplantation systématique de l’ensemble de son vignoble lui permet de prolonger la vie des parcelles d’au moins 10 à 20 ans. Il observe que des parcelles de 40 ans entreplantées régulièrement ont toujours des rendements corrects (supérieurs à 100 hl/ha). La charge totale de travail nécessaire à l’entreplantation et aux travaux de taille et d’entretien des entreplants de 1re, 2e et 3e feuilles est de 10 heures/ha. Le coût total de l’entreplantation qui inclut les frais de main-d’œuvre, de mécanisation et les fournitures (plants, tuteurs et caches de désherbage) s’élève à 372 e ht/ha.

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