Le temps des récoltes, raisins d’amour aux robes de vermeil

29 septembre 2021

À chaque jour suffit sa peine. Les vignerons vont récolter (ont déjà commencé à le faire) le fruit de leur travail. Après plus de douze mois de labeur, les vendanges vont permettre de mesurer une partie du travail effectué. Un début de printemps froid meurtrit, par deux fois, les vignes charentaises. Les nuits claires d’avril, entre le 5 et le 13 avril, puis de tout début mai avaient donné le ton d’un millésime sous pression. Si la fleur, début juin, s’est relativement bien passée, sous un soleil de circonstance, les larges périodes de pluie ont cadencé la fin du printemps et la première partie de l’été. Les épisodes de gel et l’humidité quasiment constante durant toute l’année ont accentué la pression du mildiou à partir de début juin. Mosaïque et sur grappe, la maladie cryptogamique est bien présente dans le bassin viticole Charentes-Cognac.
Le soleil de septembre – consécutif à un mois d’août plus chaud – est venu rassurer l’ensemble de la profession (avec toujours quelques doutes ou des situations plus difficiles à certains endroits très gélifs ou davantage humides). L’arrière-saison, avec des nuits fraîches et des rosées matinales, propose donc une météorologie beaucoup plus clémente mais une maturité plus lente. Hormis exception, la récolte ne débutera que fin septembre, voire début octobre pour de nombreux domaines (notamment en fonction de la taille de leur parcellaire, la date de fin devant commander celle de début).

Le rendement, une équation différenteselon le point de vue

La diminution du nombre de molécules disponibles, celle des quantités autorisées (dont le cuivre), la baisse des IFT sont autant de cordes à l’arc des vignerons qui s’amenuisent. Si des maisons avec de grands moyens ou des domaines implantés dans des topologies et des contextes hydrologiques favorables peuvent largement s’adapter, tous ne sont pas logés à la même enseigne. Des entreprises aux moyens économiques et humains plus restreints n’ont pas un tel loisir, et le cercle répétitif de petites récoltes ne fait qu’aggraver leur situation. Quel est le minimum d’alcool pur à produire pour que chaque domaine puisse vivre décemment ? À chacun sa réponse. Et la sécurité représentée par la réserve climatique s’avère limitée par les hauts rendements demandés – 14,84 hl AP/ha cette année – réalisables annuellement sur les grosses structures (autour d’une centaine d’hectares et plus). Cela est beaucoup plus complexe dans un domaine plus petit.

Des outils au service du vigneronet non l’inverse

Même si le vignoble Charentes-Cognac s’inscrit dans une démarche semi-industrielle ou de petite industrie, le viticulteur reste, pour majeure partie, plus proche d’un artisan du territoire. Même si la concentration des domaines a divisé par quatre le nombre d’exploitations et, de facto, a augmenté la moyenne parcellaire des restantes, l’approche par îlot voire au parcellaire demeure la plus fine et adaptée pour extraire des raisins le meilleur vin, puis les meilleures eaux-de-vie.
Au sein des investissements, les outils d’aide à la décision sont de plus en plus intégrés au quotidien des agriculteurs, que ce soit pour le travail à la vigne ou à la cuverie, et les innovations se multiplient. Cependant, le viticulteur doit rester maître en sa demeure et les utiliser à bon escient, comme autant d’outils non pour une recette mais permettant de mieux connaître, mieux définir les effets du millésime en cours et agir en conséquence (protection sanitaire, temps de ré-entrée, analyses de sol, humidité ou stress hydriques, analyses de maturité, etc.).
Si chaque maison, chaque constructeur de matériel, chaque distributeur, chaque intermédiaire prodigue son conseil ou ses préconisations, le vigneron reste le seul maître à bord et doit mener sa barque pour décider en conscience. Il demeure le mieux placé et le plus à même de prendre les décisions les plus justes, les plus sages, pour l’immédiat et l’avenir de son domaine.

« Coupe les grappes de la vigne de la terre, car les raisins en sont murs. »

Toute l’équipe du Paysan Vigneron souhaite de bonnes vendanges à toutes les équipes du bassin viticole Charentes-Cognac, ainsi que de France et de Navarre. Obtenir le fruit de son travail est bien plus qu’une image, elle est la réalité, la matière première, physique. « Vous les reconnaîtrez à leurs fruits : cueille-t-on des raisins sur des épines, ou des figues sur des ronces ? »

La rédaction tient à remercier tous les intervenants qui ont contribué à la rédaction du « Guide de la vinification 2021 » : les équipes techniques des maisons Château de Cognac, Courvoisier, Hennessy, Martell et Rémy Martin, les ingénieurs de la Station viticole du BNIC et les œnologues de terrain (Archiac Œno Labo, Cognac Œnologie, Gensac Œnologie, le laboratoire Mornet et la Station Œnologique de Saintonge).

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