Le Retour De La Chlorose

29 avril 2009

Le vignoble charentais est potentiellement sensible à la chlorose du fait de la teneur élevée en calcaire des terres de champagne et des terres de groies. L’ensemble des crus de la région délimitée sont concernés par ce problème et la lutte contre la chlorose a toujours mobilisé beaucoup de compétences techniques. Depuis le début des années 2000, les symptômes s’étaient montrés beaucoup plus discrets et certains observateurs reliaient le recul de la carence à l’évolution des pratiques d’entretien des sols. En effet, pour faire face au contexte économique difficile, l’enherbement s’est fortement développé depuis 10 ans et beaucoup de propriétés ont essayé de maîtriser la vigueur des vignes. Or, le millésime 2007 a de nouveau démontré la capacité de nuisance de cette carence sur le potentiel de production des parcelles calcaires. La coulure et le fort millerandage liés en partie à la chlorose ont sans aucun doute fait plus de dégâts que le mildiou dans beaucoup de situations.

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Le retour de la chlorose en 2007 interpelle les techniciens de terrain car le déroulement très particulier du cycle végétatif n’explique pas tout. Beaucoup d’entre eux estiment que l’expression de la chlorose en 2007 est due à une conjonction d’éléments liés directement au contexte de ce millésime et au passé cultural des parcelles.

Le climat humide et frais en mai et juin, l’absence d’apports correctifs de fer au sol depuis des années dans les parcelles sensibles, l’insuffisance d’efficacité des pulvérisations foliaires en situation de carence avérée, l’effet de phytotoxicité de certains herbicides (lié à l’abondance des pluies), le retour à des interventions de travail du sol parfois précoces, les niveaux de production élevés et constants de certaines plantations depuis des années, le manque d’investissement dans l’entretien des fumures minérales et organiques, le compactage des sols liés aux nombreux traitements, des niveaux de mise en réserve insuffisantes à l’automne précédent… ont créé un environnement propice à l’expression de symptômes.

des parcelles devenues ou redevenues sensibles

Dans le courant des années 1990, la région a été confrontée à une fréquence plus importante d’années à chlorose (en 1993, 1997 et 1998) dont l’origine était la conséquence de printemps humides et frais, de niveaux de productions élevés (1992) ou d’arrière-saisons peu propices à l’aoûtement (tardives ou marquées par du mildiou mosaïque en 1997). La situation du printemps 2007 a été bien différente puisque le mois d’avril a été particulièrement beau et sec, et jusqu’à la mi-mai les niveaux des pluviométries n’ont pas été abondants. C’est par la suite que le contexte climatique est devenu potentiellement favorable à la chlorose, avec des pluies fréquentes, de fortes amplitudes thermiques et un ensoleillement déficitaire jusqu’à la fin juin.

Un climat aussi atypique à cette époque de l’année a eu une forte incidence sur le développement végétatif au moment de la floraison. La phase clé de croissance végétative s’est effectuée dans des conditions très difficiles. Cela a favorisé l’expression des jaunissements foliaires dès les premiers jours de juin dans les parcelles réputées sensibles et ensuite la chlorose est montée en puissance jusqu’à la fin de ce mois. L’effet chlorose s’est rajouté aux mauvaises conditions de floraison et au final dans les parcelles très calcaires, la coulure et le millerandage ont pris des proportions importantes. Les observations de terrains ont alors mis en évidence le rôle déterminant du porte-greffe et des pratiques d’entretien des sols.

Dans les sols très calcaires, le RSB a une nouvelle fois montré ses limites alors que le Fercal, le 41 B et 140 Ruggieri (sur les sols de groies) ont beaucoup mieux résisté. Les exploitations, qui à la suite des années de sécheresse avaient décidé de diminuer ou de remplacer l’enherbement des interlignes par des interventions de travail du sol, ont parfois amplifié l’extériorisation de la chlorose surtout si la reprise est intervenue tôt et en conditions humides.

Du fer disponible pour assurer la pleine croissance des plantes

Le fer est l’oligo-élément le plus abondant dans les sols sous des formes oxydes et hydroxydes mais leur solubilité est très faible, ce qui les rend peu assimilables par les végétaux. Dans les sols ayant un pH acide, le fer ferreux qui est la forme absorbable par la plante est dominant. Par contre, plus le pH des sols augmente, plus le fer passe sous des formes insolubles. Au-dessus le niveau de 7, une unité de pH en plus divise par 1 000 la concentration en fer assimilable de la solution du sol. Les terrains calcaires sont donc naturellement sensibles aux phénomènes de chlorose. Dans le sol, il se produit aussi des phénomènes de chélatation qui permettent de maintenir le fer sous des formes solubles même dans des conditions de pH difficiles. Il existe des chélates de fer à l’état naturel dans la terre et des apports au sol de chélate de synthèse (EDTA, EDDHA) qui permettent de lutter contre la chlorose. Les chélates sont des petites molécules organiques complexes renfermant des atomes métalliques (du fer, du cuivre…) et permettant une libération progressive dans la solution du sol. Selon leur nature chimique, les ions métalliques qu’ils renferment ont la capacité d’être libérés plus ou moins rapidement. Dans la plante, l’absorption du fer s’effectue par différents mécanismes qui conduisent à faciliter la solubilisation du fer insoluble. Divers processus d’acidification au niveau des racines facilitent l’assimilation du fer soluble (transformer le fer 3 + en fer 2 +). Les mécanismes d’absorption sont fortement perturbés dans les sols très calcaires. Les exportations de fer annuelles se situent autour de 600 g/ha/an. Une fois que le fer 2 + est absorbé, il est d’abord transféré dans le Xylème (tissus assurant le transport de l’eau et des nutriments des racines vers les feuilles), puis oxydé, chélaté par l’acide citrique et transporté vers les rameaux. Ensuite, il est stocké au niveau des feuilles (dans les chloroplastes), puis parfois réduit avant d’être utilisé. L’acide citrique (provenant des réserves en glucides dans les racines) intervient sur le transport du fer. Un déficit d’alimentation en fer au niveau des feuilles aura des conséquences immédiates et parfois spectaculaires sur le déroulement des cycles végétatifs des plantes et bien sûr de la vigne. Le fer joue un rôle dans de nombreux mécanismes physiologiques comme la respiration, la synthèse de la chlorophylle (d’où les jaunissements en situation de carence), la photosynthèse et la formation des protéines.

L’excès de calcaire, l’insuffisance de réserves et des phénomènes de blocage

Les causes de la chlorose de la vigne sont nombreuses et la déficience naturelle des sols en fer est vraiment très rare. Cela peut se produire dans des sols sableux lessivés que l’on ne rencontre pas en Charentes. Par contre, les perturbations des mécanismes d’absorption au niveau des racines sont beaucoup plus fréquents. Dans les sols très calcaires ayant un pH élevé, la présence de fortes teneurs en ions bicarbonates réduit à néant l’effet acidifiant des racines qui est indispensable pour solubiliser le fer. Le vignoble charentais est très concerné par ce phénomène de non-absorption de fer lié à des teneurs en calcaire forte dans les sols. L’accumulation de gaz carbonique dans des sols mal aérés, compactés (suite à des façons culturales inadaptées ou des vendanges très humides), gorgés d’eau, nuit considérablement à l’activité des racines. Il arrive aussi que les divers éléments cités précédemment (excès de calcaire et sols gorgés d’eau) empêchent la formation de jeunes racines qui jouent un rôle majeur vis-à-vis de l’adaptation au manque de fer. La perturbation du transport du fer des racines vers les feuilles est aussi une cause assez fréquente des phénomènes de chlorose dans notre région. Il est bien établi que la présence de réserves glucidiques insuffisantes au niveau des racines et des troncs limitent la synthèse d’acide citrique qui joue un rôle majeur dans le transport du fer. L’excès de rendement (amplifiant la concurrence dans l’accumulation des sucres dans les baies au détriment des feuilles et des racines) et tous les incidents perturbant la photosynthèse au moment de l’aoûtement (comme des défoliations précoces, des carences en magnésie…) gênent la migration de l’amidon et des sucres. Tous les incidents qui sont en mesure de perturber le déroulement de la photosynthèse pendant la phase d’aoûtement pénalisent les mises en réserve et rendent plus sensibles les parcelles à la chlorose. L’observation de certaines feuilles chlorosées révèle aussi parfois des niveaux de concentration en fer supérieurs à ceux des feuilles saines, ce qui est surprenant à la vue de symptômes de carence en fer caractéristiques. Les chercheurs expliquent ce phénomène par des niveaux de pH plus élevés des feuilles chlorosées qui favoriseraient la précipitation du fer et le rendraient inutilisable. Une absorption d’ions bicarbonates serait à l’origine de l’élévation du pH dans les feuilles et cela a aussi comme conséquence de stimuler l’absorption du potassium. Une sur-absorption de potassium est en mesure de provoquer le blocage du magnésium et de provoquer une accentuation des phénomènes de chlorose. Un certain nombre d’études mettent aussi en avant dans l’expression de la chlorose, le rôle des interactions entre éléments minéraux avec notamment des excès de phosphore ou de manganèse.

Prédire l’intensité des phénomènes de chlorose : Une mission impossible

 mecanismeexpressionchlorose.jpgÉtait-il possible dès la fin mai 2007 de prédire l’intensité des phénomènes de chlorose auxquels le vignoble a été confronté ? Peu de techniciens se hasardent à répondre à cette question. M. Vincent Dumot, l’ingénieur de la Station Viticole du BNIC qui travaille le sujet chlorose depuis de nombreuses années, considère que l’extériorisation de cette carence est difficilement prévisible : « Prédire l’apparition de symptômes de chlorose me paraît être, dans l’état actuel des connaissances, une mission impossible. Les techniciens qui travaillent le sujet en France ne savent pas le faire. Par exemple, en 1993, la chlorose avait été très présente dans notre vignoble et certaines parcelles extériosaient de tels symptômes que l’on pouvait craindre qu’au printemps suivant elles seraient encore sensibles. Or, à la grande surprise de tout le monde, la chlorose s’était montrée d’une discrétion remarquable durant tout le cycle végétatif 1994. » Seules deux régions viticoles, la région de Cognac et la Champagne, ont mis en place des réflexions techniques quasi permanentes sur la chlorose. Les facteurs majeurs qui favorisent le développement de la chlorose sont la teneur en calcaire des sols, les conditions climatiques du printemps (pluies et température fraîches) et le niveau de mise en réserve dans la plante au cours de l’automne précédent. De nombreuses observations confirment que le mauvais aoûtement des bois (lié souvent à de fortes productions, du mildiou mosaïque…) correspond en général à un niveau de mise en réserve moindre dans les souches. D’un point de vue physiologique, l’aoûtement et la mise en réserve de sucres sont en fait un phénomène couplé.

Le niveau des réserves en sucres interfère sur le transport du fer

La vigne est « programmée » pour nourrir prioritairement les raisins et dans le phénomène d’assimilation des sucres, les grappes « passent avant » les feuilles et les autres organes herbacés. V. Dumot estime que l’incidence « du capital réserves » dans les souches interfère fortement sur la capacité des ceps à rendre assimilable le fer. Or, une insuffisance de réserves dans les bois est en mesure de perturber le transport du fer vers les jeunes feuilles dans les semaines suivant le débourrement. Le fer est transporté vers les jeunes organes végétatifs sous une forme de composés complexes issus des sucres mis en réserve. La constitution des réserves en sucres (sous deux formes de l’amidon et du fructose) s’effectue prioritairement dans les racines et le tronc des ceps. Durant la première phase de mise en réserve de juillet à septembre, c’est l’amidon qui est assimilé prioritairement. A partir et après les vendanges, des sucres solubles sont à leur tour mis en stock. Le fait de conserver un état foliaire en état et fonctionnel tard en saison contribue à faciliter des mises en réserve d’amidon et de sucres solubles importantes. Au cours de l’automne, l’amidon stocké dans les souches se transforme en sucres solubles. Des techniques de dosages des réserves existent mais ensuite l’interprétation des résultats est difficile car aucun référentiel existe. C’est tout de même une information qui caractérise un effet millésime mais aucune corrélation en matière de risque de chlorose n’a pu être établie.

Un cumul d’éléments propices en 2007

Avec le recul, un certain nombre de techniciens estiment aujourd’hui que le contexte 2007 a été effectivement favorable à la chlorose. Divers éléments sont venus se « cumuler » et les jaunissements ont fait leur retour. Les mauvaises conditions d’aoûtement des bois à l’automne 2006 d’un certain nombre de parcelles (en raison de l’oïdium et du mildiou mosaïque), la succession de gros rendements dans certains îlots, un net recul des apports de fer au sol depuis dix ans, une remise en culture peut-être brutale de sols enherbés depuis longtemps, un climat humide et frais propice à la libération du calcaire… ont, à des degrés divers selon les situations, gêné l’alimentation en fer au moment de la floraison. Le pic d’intensité des symptômes s’est produit au plus mauvais moment et à ce stade la chlorose fait disparaître les raisins. L’expression des symptômes de chlorose est toujours déclenchée par un contexte climatique favorable : un temps froid et pluvieux en mai et juin. Il arrive aussi que dans les périodes de fortes pousses, des phénomènes de jaunissement typiques de la chlorose apparaissent et certains techniciens qualifient ces symptômes « de chlorose physiologique ». V Dumot considère que l’apparition de tous les symptômes de chlorose est toujours la conséquence de problèmes physiologiques liés à une perturbation des mécanismes d’alimentation en fer ponctuelle ou plus durable.

Un classement de sensibilité à la chlorose entre porte-greffe parfaitement validé

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Des teneurs élevées en calcaire dans le sol représentent un facteur de risque majeur vis-à-vis de la chlorose et en Charentes, les terres de champagne et groies sont d’une nature très calcaire. Beaucoup de propriétés de la région délimitée possèdent un ensemble de parcelles naturellement plus sensibles à la chlorose. La compréhension des mécanismes révélant la sensibilité du parcellaire a fait l’objet de travaux scientifiques importants depuis 40 ans. L’objectif de ces travaux était simple : trouver une méthode pour quantifier le risque chlorose. Actuellement, la détermination du pouvoir chlorosant d’un sol est possible avant de réaliser une plantation, ce qui constitue une grande avancée pour choisir le porte-greffe le plus adapté.

Pendant longtemps, le risque potentiel de chlorose d’un sol a été estimé par le seul dosage du calcaire total. De nouveaux travaux de recherches ont fait évoluer les pratiques de mesures vers le dosage du calcaire actif qui ne donnait pas entière satisfaction. En effet, un certain nombre de parcelles, bien que présentant une faible teneur en calcaire actif, extériorisaient de forts symptômes, ce qui limitait l’intérêt de ce seul critère. Dans le courant des années 70 à 80, les équipes de recherche de l’INRA de Bordeaux (MM. Poujet et Juste) ont développé une nouvelle approche scientifique de mesure du pouvoir chlorosant des sols, l’IPC, qui présente l’avantage d’être beaucoup plus globale. Elle intègre le calcaire actif, un dosage du fer dans le sol et le fer facilement extractible qui est censé représenter le fer utilisable par la plante. La Station Viticole du BNIC a participé à l’époque aux démarches de validation des moyens de mesure du pouvoir chlorosant des sols. Avec le recul, V. Dumot estime aujourd’hui que les critères les plus fiables sont la teneur en calcaire total et l’IPC, mais en matière de choix du porte-greffe l’IPC n’apporte rien de plus par rapport au calcaire total. La principale application de ces recherches a été la détermination d’une grille de tolérance des porte-greffe à la chlorose.

Le classement de sensibilité entre les porte-greffe a toujours fait l’objet d’une attention particulière dans le vignoble de Cognac. La synthèse des études menées par la Station Viticole confirme l’intérêt du classement de sensibilité des porte-greffe selon le calcaire total, mais par contre les seuils de sensibilité ne semblent pas faire l’unanimité. Des phénomènes de chlorose sont observés en Charentes avec des porte-greffe qui ne devraient pas théoriquement chloroser. Le RSB a par exemple encore montré ses limites cette année alors que son IPC se situe autour de 50. Avant toute plantation, la réalisation d’une analyse de sol et d’une étude pédologique (étude d’un profil de sol) sont des actes indispensables pour raisonner le choix du porte-greffe dans de bonnes conditions. Dans les sols réputés sensibles à la chlorose, l’implantation d’un porte-greffe résistant au calcaire est un acte de prévention majeur qui générera des économies substantielles durant toute la vie d’une parcelle (pendant 20, 30 ans et plus). La mise en œuvre d’une réflexion technique sérieuse pour apprécier le degré de sensibilité à la chlorose d’une parcelle nécessite bien peu d’investissements par rapport aux coûts annuels des apports de fer au sol ou par voie foliaire.

Les interventions mécaniques superficielles tardives en saison toujours moins pénalisantes

Dans les vignes en place, la lutte contre la chlorose est un peu culturelle en Charentes. Les viticulteurs sont habitués à « vivre » avec les porte-greffe en place car on n’arrache pas une parcelle prématurément sous prétexte qu’elle est sensible à la chlorose. Un certain nombre d’îlots de terroirs et de plantations extériorisent une grande sensibilité, qui ont fait de la chlorose une préoccupation technique de premier plan dans beaucoup de propriétés.

Dans la région de Cognac, un vécu de la lutte contre la chlorose existe et cela se ressent notamment au niveau des pratiques culturales. Ce n’est pas un hasard si les viticulteurs sont très attentifs à la nature des sols au printemps car des interventions mécaniques précoces en situations humides sont toujours propices à la libération du calcaire. La réalisation d’interventions de travail du sol superficielles envisagées de manière tardive en saison (en juin après la floraison) et le développement de l’enherbement sont des moyens de lutte indirects qui ont sûrement contribué depuis 15 ans au recul de la chlorose. L’implantation de l’enherbement correspondait aussi à une volonté des viticulteurs de réduire la vigueur des vignes et de maîtriser les rendements (suite à l’introduction de plafond de production hectare). Cette stratégie de moindre productivité a peut être aussi contribué à la réduction de la problématique chlorose. La volonté de certains viticulteurs de remettre en culture partiellement (une allée sur deux) leurs vignes pour limiter l’impact des sécheresses estivales n’est peut-être pas non plus étrangère au retour de la chlorose dans certaines parcelles sensibles. L’entretien cultural des parcelles au printemps a une incidence directe sur la dissolution du calcaire dans la solution du sol. Certains techniciens estiment aussi que la chlorose s’exprime plus régulièrement dans les parcelles ayant des niveaux de productions plus importants. Il est logique de penser que la concurrence alimentaire « en sucres » entre grappes et les ceps est beaucoup plus importante dans des parcelles produisant 150 hl/ha.

Une lutte d’assurance reposant sur « un sur-stockage » de fer

Dans les parcelles exprimant régulièrement des symptômes de chlorose, Il est indispensable de mettre en œuvre une stratégie de lutte pour limiter l’impact de la carence sur le niveau de productivité. En dehors des moyens indirects liés au choix du porte-greffe et à l’entretien des sols, il existe aujourd’hui deux grandes approches de lutte contre la chlorose, des apports au sol de sulfate de fer ou chélate et des pulvérisations foliaires au cours du cycle végétatif. Quelle est la bonne stratégie à adopter pour minimiser le risque chlorose ? Il n’est pas facile de répondre à cette question car la chlorose s’exprime de façon aléatoire mais localisée sur quelques parcelles et avec des degrés d’intensités variables selon les années. Néanmoins, dans les îlots sensibles, la fréquence des symptômes amène souvent les viticulteurs à adopter des stratégies de lutte qui s’inscrivent dans la durée pour apporter du fer en excès au niveau du sol et des feuilles. L’objectif est en quelque sorte de créer un sur-stockage » de fer à proximité des racines ou au niveau des feuilles pour compenser l’apparition de phénomènes de blocage liés à l’excès de calcaire. Cette approche, qui s’apparente à une démarche de lutte dite « d’assurance », n’est peut-être pas pleinement satisfaisante mais aucun outil technique ne permet aujourd’hui de construire une stratégie plus raisonnée vis-à-vis de la chlorose. Dans l’état actuel des connaissances, on ne sait pas prévoir l’apparition du risque chlorose et sa limitation ne peut être envisagée qu’en proposant des apports de sur-stockage. Est-il possible d’envisager dans la décennie à venir qu’un outil de prévision du risque chlorose à partir d’un modèle d’assimilation du fer soit construit ? Pour l’instant, cette réflexion en est au stade de l’idée mais pourquoi ne pas espérer que les travaux commencés sur des modèles de physiologie végétale appliqués à la vigne intègrent un jour un volet chlorose.

Des apports de fer au sol dépendants du contexte économique régional

Pour faire face à des situations de fortes chloroses, les apports de fer au sol sont en général conseillés soit sous forme de sulfate de fer soit sous la forme de chélate. Ces traitements sont pratiqués depuis très longtemps en Charentes et à une époque ils concernaient des surfaces significatives. Les recoupements de diverses données émanant de la distribution montrent qu’au début des années 90, près de 20 000 ha de vignes faisaient l’objet d’apport au sol et 10 ans plus tard, seulement 4 000 ha étaient traités. La forte baisse des apports s’explique par un contexte global de production moins propice à l’expression et à la lutte contre la chlorose. La diminution des volumes distillés au cours de la décennie 90, la réduction des rendements associés à la volonté de produire et de conduire le vignoble d’une façon plus économique ont progressivement incité les viticulteurs à ne plus investir dans les apports de fer au sol dans leurs parcelles sensibles. Les pertes de rendements dans les îlots sensibles à la chlorose ne pénalisaient pas la production globale de vins de distillation de l’exploitation et l’investissement dans du fer au sol n’était plus devenu rentable.

Le contexte de production actuel avec une QNV plus importante nécessite un niveau de productivité beaucoup plus homogène de tout le parcellaire. On peut donc penser que la lutte contre la chlorose dans les parcelles sensibles va redevenir compétitive sur le plan économique. La réalisation des apports de fer au sol nécessite aussi une véritable technicité au niveau de leur application pour positionner le fer au niveau des racines. Il faut des volumes d’eau significatifs pour faire descendre la solution de fer le plus profondément possible, et le transport et l’application des traitements nécessitent une charge de travail importante. Cette contrainte technique d’application enchérit nettement le coût hectare des produits « ferreux » (le sulfate de fer, les chélates).

Le sulfate de fer est devenu plus rare et surtout plus coûteux

Dans notre région, les viticulteurs utilisent depuis très longtemps du sulfate de fer pour lutter contre la chlorose. C’est un sous-produit issu des aciéries qui se présente sous une forme de poudre plus ou moins compacte. Il a été beaucoup utilisé dans la région car une organisation logistique avait été mise en place par un grossiste en produits phytosanitaires situé à Cognac (la maison Frédéric Renaud), pour stocker des volumes importants tout au long de l’année. La nature très corrosive de ce produit nécessite des conditions de stockage adaptées et la maison Frédéric Renaud avait investi dans des bâtiments spécifiques pour stocker des volumes très importants qui étaient commercialisés auprès des distributeurs. Le sulfate de fer était livré en vrac par quantité de 25 tonnes et ensuite les viticulteurs en assuraient l’épandage en le diluant souvent dans des vinasses de distillation. Dans beaucoup de propriétés, une organisation avait été mise en place pour effectuer des apports de sulfate de fer et dans le coût global de ce traitement, la part liée au produit était assez faible (le prix du sulfate de fer correspondait à son coût de transport). Jusqu’au milieu des années 90, les apports de sulfate de fer au sol ont représenté jusqu’à plus de 80 % des traitements. La fermeture de beaucoup de sites de production d’acier en France a ensuite rendu cette matière première plus rare et on peut penser que cela a contribué à la chute des apports de fer au sol en Charentes. Actuellement, il est encore possible d’acheter du sulfate de fer mais les volumes disponibles sont beaucoup plus modestes. Son prix a considérablement augmenté du fait de la hausse des frais de transport. Beaucoup d’essais ont été réalisés dans la région sur l’utilisation du sulfate de fer et les techniciens et les viticulteurs ont acquis une certaine expérience de son utilisation. Dans des vignes en place, un apport de 3 à 4 t/ha dilué dans des volumes d’eau ou de vinasses conséquents (10 l/cep) dans le courant du mois de janvier donne en général de bons résultats. L’incorporation du sulfate de fer doit se faire assez tôt en saison car c’est un produit qui nécessite un temps de réponse pour obtenir sa pleine efficacité. Par contre, la rémanence des apports s’étale en général sur plusieurs années. Actuellement, il existe une nouvelle forme de sulfate de fer, le fluidifier, qui présente l’avantage d’être partiellement déshydraté. Son état beaucoup plus solide permet de l’épandre avec un distributeur d’engrais équipé d’un soc sous-soleur, ce qui rend le travail beaucoup plus agréable (plus besoin de diluer le SF dans les citernes d’épandage). Ensuite, une deuxième intervention permet d’apporter l’eau (ou les vinasses) dans le sillon de sous-solage. Le prix du sulfate de fer en vrac (par lot de 25 t) se situe autour de 120 € HT/ tonne et son application nécessite en moyenne 12 à 15 heures/ha.

d’un point de vue réglementaire, les chélates de fer sont assimilés à des engrais

Les apports de fer au sol peuvent être aussi réalisés avec des produits d’origine chélatés. Les chélates de fer au sol sont forte ment utilisés dans le vignoble champenois depuis trente ans, mais en Charentes ils n’avaient jusqu’à présent pas conquis une part de marché significative en raison de leur coût bien supérieur à celui du sulfate de fer. Au début des années 90, leur utilisation ne représentait pas plus de 10 à 15 % des surfaces traitées (2 000 à 3 000 ha), mais aujourd’hui les viticulteurs semblent plus intéressés par ces produits. Le manque de main-d’œuvre disponible pour réaliser les épandages de sulfate de fer et son prix nettement plus élevé rendent les apports de chélates de fer beaucoup plus compétitifs. Les chélates de fer ne sont pas des produits nouveaux puisque le premier anti-chlorose de ce type, le Sequestrène, a été mis au point à la fin des années 70. Les sociétés spécialisées dans la fourniture d’engrais, d’amendements et de solutions foliaires pour l’agriculture ont développé des gammes de produits chélatés (appliqués soit par voie foliaire soit au sol) ayant une efficacité contre la chlorose de la vigne mais aussi sur un certain nombre de cultures. D’un point de vue réglementaire, les spécialités commerciales de chélate de fer sont assimilées à des engrais et leur commercialisation ne nécessite pas une démarche préalable d’agrément comparable à celle des produits phytosanitaires. Il faut que le produit soit conforme au règlement CE 2003 / 2003 relatif aux engrais qui spécifie les carractéristiques des apports de fer .

La norme définit un certain nombre de règles à respecter pour fabriquer et commercialiser des chélates de fer. La nature des agents chélatants doit être mentionnée et être conforme à la liste des molécules autorisées dans le règlement CE.

Ensuite, les produits commerciaux doivent contenir une teneur minimale en fer total de 5 % dont la fraction chélatée doit au moins représenter 80 %. La nature des agents chélatants doit être précisée dans la mesure où leur concentration est supérieure à 2 %. Les sociétés de commercialisation des chélates de fer doivent être en mesure de justifier que les produits commercialisés répondent à ces critères, mais aucun contrôle systématique n’est effectué par les services du ministère de l’Agriculture avant leur commercialisation.

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Le chiffre d’affaires des chélates attire des acteurs sérieux et des opportunistes

Le cadre réglementaire relatif aux engrais est moins contraignant que celui des produits phytosanitaires et n’oblige pas les fournisseurs à investir de manière systématique dans des démarches de validation de la qualité de leurs produits. Les sociétés implantées depuis longtemps sur ce marché ont développé des process de fabrication des chélates qui intègrent tous les aspects réglementaires et s’appuient aussi sur des essais agronomiques au champ validant l’efficacité des produits (et leurs conditions d’utilisation). Il s’agit de démarches d’auto-contrôles propres à chaque entreprise qui permettent en quelques sorte de construire un cahier des charges de fabrication des chélates adaptées à la lutte contre la chlorose. La fabrication des chélates de fer est assez onéreuse car les matières premières proviennent de grands groupes de chimie qui en quelque sorte « formulent » les spécialités commerciales pour leurs clients du secteur agricole. Les applications très spécialisées sur la chlorose de la vigne ne représentent que des petits volumes, d’où des coûts de fabrication élevés qui sont répercutés au niveau des prix de vente auprès des viticulteurs. Le chiffre d’affaires « chélates de fer » (400 à 500 € HT/ha selon la dose) attire donc de nombreux acteurs commerciaux. Les sociétés sérieuses proposent des produits dont l’efficacité sur des références d’expérimentation et des procédés de fabrication répondent à un cahier des charges définies et souvent certifiées par des démarches de type ISO. Par contre, ce marché intéresse aussi des acteurs moins scrupuleux qui ne font pas preuve d’un véritable professionnalisme dans leur approche de fabrication. Les distributeurs de la région ne cachent pas qu’ils sont sollicités par des sociétés souvent inconnues proposant des chélates de fer attractifs en prix mais dont les origines et la qualité de fabrication sont parfois difficiles à décrypter. Le cadre réglementaire actuel ne permet pas aujourd’hui « de trier » les différents produits avant leur commercialisation et certaines dérives ne peuvent pas être anticipées. Le seul moyen pour les viticulteurs de juger de la qualité des chélate de fer qui leur sont vendus, est de s’intéresser de près aux qualités des fabrications.

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Les chélates ont la capacité de rendre soluble le fer

Les chélates sont des constituants qui existent à l’état naturel dans les sols sous la forme de complexes organiques de fer solubles (provenant des excrétions racinaires, de la matière organique ou des micro-organismes du sol). Leur intérêt pour lutter contre la chlorose est lié au fait qu’ils permettent de rendre soluble le fer dans la solution du sol même si les conditions de pH ne sont pas favorables. Les chélates de fer commercialisés sont des molécules de synthèse produites par de grands industriels de la chimie et en dehors de l’agriculture, une forte demande existe dans les domaines des produits de traitements des eaux et de la fabrication des peintures. Un chélate est une molécule en forme de pince qui est constitué d’un agent chélate (les EDTA, le DTPA, le HEDTA, les EDDHA) qui fixe un ion métallique (le fer, le cuivre…). Dans le sol, les « pinces » des chélates libèrent leur ion fer et ensuite refixe d’autres ions fer (présents dans la terre) pour les rendre solubles. La qualité d’un chélate réside dans sa capacité à rendre soluble le fer présent dans le sol afin de le mettre à disposition de la vigne. La nature de l’agent chélate mis en œuvre influence fortement les caractéristiques du produit dans sa capacité à libérer plus ou moins facilement le fer. Les spécificités différentes de chaque chélate font qu’il existe une famille de produits ayant des caractéristiques d’efficacité agronomique différente dans les sols. Leur capacité à rester stable dans le sol varie en fonction du pH et le tableau ci-dessous présente les plages de stabilité des différents agents chélatés.

Au sein des EDDHA, la concentration en isomères Ortho-ortho est capitale

Dans les sols calcaires, seuls les chélates EDDHA ont la capacité de maintenir le fer sous une forme assimilable à proximité des racines. Cependant, le groupe des chélates EDDHA regroupe une famille de produits qui se différencie par la présence de plusieurs isomères, les para-para, les ortho-para et les ortho-ortho qui assurent une solubilité du fer différente. L’ouverture des pinces des chlélates varie en fonction de la nature des isomères et des études scientifiques ont révélé que les produits ortho-ortho permettent de conserver le fer sous une forme assimilable longtemps et préservent leur efficacité dans la durée. A l’inverse, l’isomère para-para protège plus faiblement le fer, le relâche facilement dans la solution du sol et sa persistance d’action sera moindre.

pincesechelleefficacite.jpgPlus la concentration d’un chélate de fer EDDHA en isomère ortho-ortho est élevée, plus le produit est adapté à des conditions de sols très calcaires. Cette notion de concentration en isomère au sein du groupe des EDDHA complique un peu le choix des produits chélatés car tous les laboratoires d’analyses n’ont pas la capacité à les doser. Lorsqu’ils souhaitent référencer des chélates de fer, les distributeurs peuvent faire analyser dans la plupart des laboratoires français la quantité de fer chélaté et la nature de l’agent chélatant utilisé mais pas les teneurs en isomère. La recherche de ces composés nécessite une méthodologie d’analyse spécifique et coûteuse à mettre en œuvre. Heureusement l’Espagne, où le marché des fertilisants à partir de chélates est beaucoup plus développé, a mis en œuvre à la demande des professionnels de l’agriculture une démarche technique pour apprécier la qualité des spécialités commerciales. A l’université libre de Madrid, l’équipe du professeur Juan-José Luceno (du département chimie agricole) a mis au point une méthodologie d’analyses poussées pour justement doser les isomères dans les produits commerciaux EDDHA. Aujourd’hui cette équipe de recherche dispose d’un référentiel et tous les fournisseurs sérieux de chélate de fer au sol en France font analyser leurs spécialités commerciales pour en déterminer la concentration en isomère ortho-ortho, ortho-para ou para-para. Aussi, les sociétés commercialisant des produits de ce type qui ne sont pas en mesure de fournir une justification analytique de la concentration en isomère ne font pas preuve d’un véritable professionnalisme vis-à-vis des distributeurs et surtout des viticulteurs.

Un effet dose des chélates : pas moins de 1 800 g/ha

L’intérêt que manifestent les viticulteurs vis-à-vis des apports de chélate au sol est lié à deux éléments principaux, une facilité d’utilisation et un coût devenu assez comparable au sulfate de fer si l’on prend en compte la main-d’œuvre nécessaire à l’épandage. En effet, le prix moyen en culture d‘un chélate de fer se situe entre 13 et 14 € HT/kg et pour lutter contre une situation de chlorose déclarée, un apport de 25 à 30 kg/ha est conseillé, ce qui situe le coût de ce traitement autour de 350 à 420 € HT/ha. Le niveau d’investissement pour des chélates de fer (bien qu’important) est devenu assez proche de celui du sulfate de fer, mais ensuite leur application est à la fois beaucoup plus rapide et aussi plus technique. Si le choix du type de chélate à utiliser est important vis-à-vis de l’efficacité, les conditions pratiques de l’application jouent aussi un rôle très important. Le premier élément est bien sûr la gestion de la dose de produit à apporter. Les observations de terrain confirment que les traitements donnent de bons résultats quand ils sont appliqués à des doses suffisantes. Pour obtenir une efficacité satisfaisante dans les sols de champagne et de groies, les produits commerciaux doivent apporter 1 800 g de fer total/ha. Plusieurs techniciens de la distribution situés dans les zones calcaires estiment que l’utilisation de chélate à 1 200 g de fer/ha conduit inévitablement à une déception d’efficacité et ils tiennent sur ce sujet un discours assez cohérent : « Nous sommes conscients que le coût des traitements au sol reste élevé (comparable à l’achat des produits phytosanitaires sur un hectare de vigne), mais dans un certain nombre de situations on ne peut pas s’en dispenser. Nous essayons de dissuader les viticulteurs de sous-doser et il vaut mieux moins traiter de surface chaque année mais assurer le résultat. » Un essai conduit par la Station du BNIC pendant trois ans, de 1996 à 1998, a permis de comparer des apports de chélates au sol (de 20 kg tous les 2 ans et 30 kg tous les 3 ans ), du sulfate de fer (3 t/ha tous les 3 ans) avec des apports foliaires (sous deux formes, 3 traitements de chélate à 1,5 l tous les ans et 5 traitements de chlorure de fer à 1 % tous les ans). Les résultats de cette expérimentation confirment l’intérêt supérieur des apports de fer au sol par rapport aux traitements par voie foliaire. Le sulfate de fer apporté tous les trois ans semble avoir une bonne rémanence dans le temps et les chélates tiennent bien dans la mesure où ils sont apportés à leur pleine dose (30 kg/ha à 6 %, soit 1 800 g de fer tous les trois ans).

Appliquer les chélates à l’approche du débourrement avec au moins 20 à 30 hl d’eau/ha

La période d’application des chélates de fer joue aussi un grand rôle dans leur efficacité et leur rémanence. Ce sont des produits qu’il faut appliquer au sol entre la mi-avril et la mi-mai quand la vigne est sur le point de pousser ou a commencé à se développer. Une application en février ou en mars nuit à l’efficacité des chélates car les ceps de vigne ne sont pas dans une phase d’absorption d’eau et d’éléments fertilisants : « il faut en quelque sorte que la vigne pompe ». Ensuite, comme ce sont des produits sensibles à la lumière, il faut les incorporer dans le sol en utilisant un matériel de localisation.

Des constructeurs locaux (comme M. Daniel Cognacq à Segonzac) fabriquent des applicateurs composés d’une citerne de 400 à 600 l qui alimentent quatre coutres enfouisseurs. La profondeur de travail se règle en utilisant des roues de terrage et en général les conditions de travail idéales se situent entre 10 et 20 cm selon l’épaisseur de terre arable. La vitesse d’avancement permet de moduler les volumes d’eau et la parfaite maîtrise des volumes d’eau apportés interfère fortement sur le résultat final. Les meilleures efficacités sont observées avec des quantités d’eau/ha comprises entre 2 000 et 3 000 l. Si les conditions de terrain sont très sèches, il peut être opportun de décaler la date d’application d’une ou deux semaines pour positionner le traitement après une pluie. La réalisation de traitements dans des vignes enherbées depuis longtemps rend plus délicat la pénétration des coutres enfouisseurs. Il peut être opportun de préparer le travail d’enfouissage en réalisant un premier passage d’outils qui « casse » le couvert végétal.

Beaucoup d’interrogations autour des stratégies foliaires

feuillevigne.jpgDans les domaines du maraîchage et de l’arboriculture, les pratiques des apports de fertilisation par la voie foliaire sont devenus fréquents alors qu’ en vigne ils restent encore limités à des applications très ciblées comme la lutte contre la chlorose. L’apport de fer par voie foliaire séduit les viticulteurs en raison de la facilité à mettre en œuvre les produits (généralement en même temps que les traitements phytosanitaires) et de son coût abordable par rapport au traitement au sol. Néanmoins, beaucoup de techniciens des services officiels et de la distribution s’interrogent vis-à-vis de l’efficacité de ces stratégies foliaires. Peut-on véritablement endiguer une forte attaque de chlorose avec ces stratégies ? Bien que peu d’essais récents aient été conduits dans la région avec des stratégies foliaires, il semble que ces démarches ne permettent pas à elles seules d’endiguer une forte chlorose. En effet, quand des souches extériorisent des symptômes marqués, le processus d’alimentation en fer est déjà fortement perturbé et des apports au niveau des feuilles ne sont pas en mesure de compenser ce déséquilibre d’alimentation. Certes, la vigne peut visuellement reverdir après quelques semaines mais l’accident physiologique n’aura pas été totalement endigué. Les essais menés par la Station Viticole du BNIC entre 1996 et 1998 ont confirmé le niveau d’efficacité inférieur des stratégies foliaires par rapport aux approches de lutte au sol dans des situations de chloroses déclarées. Par contre, l’utilisation de traitements foliaires en complément de stratégies au sol dans des situations propices à la chlorose a montré une certaine efficacité les années de forte expression de la carence. Le discours technique des fournisseurs les plus sérieux positionne ces produits plutôt comme des interventions préventives permettant d’éviter ou de fortement réduire l’expression des symptômes dans des parcelles moyennement sensibles. Dans la région de Cognac, l’utilisation de ces stratégies foliaires avait fortement diminué en raison de la crise viticole mais le retour à des objectifs de productivité plus élevés pourrait en relancer l’intérêt. La mise en œuvre de nouvelles expérimentations pour quantifier les limites et les avantages des stratégies de traitements foliaires anti-chlorose est peut-être d’actualité.

Bibliographie : Station viticole du BNIC, M. Vincent Dumot. Société Agronutrition. Société BMS. CARC, M. Stéphane Leclerc. Ets Piveteau, M. Bernard Cornu. Vitinature, M. Jean-Louis Thévenon.

 

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