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Le recépage : une bonne solution en matière de longévité

9 mars 2009

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   La mise en œuvre du recépage de manière systématique au point de l’intégrer dans le calendrier des travaux au même titre que la taille est une démarche assez rare en raison de la compétence et de la charge de travail que représente ce moyen de reconstruction des souches. Le témoignage de M. Francis Laurichesse confirme l’intérêt de cette intervention car, après l’avoir pratiquée systématiquement depuis 15 ans, il estime avoir prolongé la pérennité de ses parcelles d’au moins une dizaine d’années.

 

 

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 M. Francis Laurichesse exploite à Saint-Fort-sur-le-Né un vignoble d’une vingtaine d’hectares conduit en cordons bas palissés et en cordons hauts. La proportion de vignes plantées dans le courant de la décennie 70 est importante sur cette propriété et dès que ces plantations ont atteint 8 à 15 ans, les symptômes d’eutypiose sont apparus de manière plus intense. A partir de la fin des années 80, ce viticulteur a commencé à faire un travail de fond pour prendre de vitesse la maladie car, économiquement, le fait de pouvoir faire durer des plantations au-delà de la durée d’amortissement comptable représente un acte de saine gestion. Après avoir cherché de l’information auprès de divers techniciens, F. Laurichesse a pris la décision de pratiquer le recépage sur les souches extériorisant des symptômes marqués d’eutypiose et cela a été progressivement intégré dans le calendrier des travaux d‘hiver de cette exploitation.

 

 

  L’amélioration de la longévité s’intègre dans une approche de gestion globale de la propriété

En fait c’est l’apparition de nombreux symptômes à la fin des années 80 dans une parcelle de cordons hauts plantée entre 1970 et 1972 qui a été l’élément déterminant. La fréquence des symptômes dans cette plantation dans la pleine force de l’âge était une source d’inquiétude majeure pour M. F. Laurichesse car, dans les cordons hauts, la densité de plantation n’est pas importante. La préservation du capital de ceps de vigne est donc devenue pour ce viticulteur une préoccupation prioritaire, d’autant que de faire vieillir dans de bonnes conditions les parcelles bien établies contribue aussi à la maîtrise globale des équilibres financiers de l’exploitation. En effet, le fait de prolonger la vie d’une parcelle d’une dizaine d’années a été et reste un élément important pour la gestion de cette propriété. Cela a permis, d’une part, de réduire les charges financières durant les difficiles dix dernières années et, d’autre part, d’utiliser la capacité d’investissement pour d’autres secteurs d’activité. F. Laurichesse s’est interrogé sur les causes de la sensibilité des cordons hauts à l’eutypiose et ses réflexions sur le sujet sont pleines de bon sens : « La sensibilité de cette parcelle de cordons hauts à l’eutypiose me paraît être liée au cumul de divers éléments dont certains sont liés à ce type de conduite et d’autres pas du tout. La grande longueur des troncs et des bras de cordons accentue les risques de plaies de tailles importantes au moment de l’établissement car il n’est pas toujours facile de monter le tronc et le bras de cordon en une seule fois. Ensuite, lors de la troisième feuille, la réalisation des opérations d’égourmandage sur toute la hauteur des troncs est toujours préférable aux interventions d’hiver en troisièmes feuilles, et dans les plantations vigoureuses ce travail d’élimination des repousses peut se poursuivre tard dans la saison. Il faut aussi reconnaître que toutes les vignes en cordons hauts comme les parcelles traditionnelles palissées plantées dans le milieu de la décennie 70 ont fait des rendements importants dès la troisième feuille et ensuite pendant de nombreuses années et cela a dû les fatiguer. A l’inverse, la grande longueur du tronc est aussi un avantage quand des symptômes apparaissent car les champignons descendent lentement dans le bois, et lors de la pratique du recépage il est toujours plus facile de retrouver une zone de bois saine. »

Le repérage et l’appréciation les symptômes : deux interventions fondamentales

Le recépage est devenu sur cette propriété une intervention systématique qui est complètement intégrée dans le calendrier des travaux en hiver comme pendant la phase végétative. Dans un premier temps, F. Laurichesse a mis quelques années avant de trouver la meilleure organisation des différentes interventions qui contribuent à la réussite du recépage. L’expérience qu’il a acquise dans ce domaine à la fois dans les cordons hauts et dans les vignes larges palissées taillées en cordons bas est très enrichissante. Le premier travail consiste à repérer les symptômes et à évaluer le degré d’atteinte des souches pour conserver ou pas une repousse qui permettra l’hiver suivant de reconstruire les ceps. Le travail de repérage de la maladie est effectué entre le 15 mai et le 15 juin de chaque année lors des travaux d’épamprage. Ce viticulteur considère cette opération de repérage comme fondamentale et elle nécessite une certaine compétence et du temps surtout pour conserver les repousses : « Le repérage des symptômes chaque année dans le courant du mois de mai est une intervention fondamentale car il faut bien apprécier le niveau de développement de la maladie dans la perspective du recépage. Au fil des années, mon épouse et moi, nous nous sommes littéralement formés pour observer les symptômes. Dans les cordons hauts, la détection de la maladie est plus facile que dans les cordons bas car les symptômes sont directement dans le champ de vision de l’observateur. La présence d’un ou deux rameaux eutypiés sur les bras de cordons ne constitue pas un seuil d’attaque suffisant pour déclencher le recépage. Nous attendons en général que 50 % du bras soient touchés pour envisager de reconstruire l’ensemble de la souche. Dans ce cas de figure, si des repousses sont présentes sur le cep, nous sélectionnons la mieux placée et la protégeons en l’entourant d’une enveloppe plastique qui est aussitôt agrafée. C’est un moyen simple et efficace de canaliser la végétation et aussi de la protéger des applications d’herbicides en été. »

En hiver, le plus fastidieux c’est d’enlever les anciens bras de cordons

Les souches extériorisant des symptômes forts mais n’ayant pas émis de repousses ne sont pas repérées pendant le cycle végétatif mais leur recépage sera quand même réalisé pendant la phase hivernale. Durant l’été, il est indispensable de passer régulièrement dans les parcelles de cordons hauts pour palisser les repousses (de forte longueur) d’un ou deux ans afin d’éviter qu’elles ne soient sectionnées lors des rognages. C’est un travail important pour pouvoir rétablir dans les deux ans qui suivent le recépage le nouveau bras de cordon. Dans les cordons bas palissés, cette opération est plus simple à réaliser et elle est effectuée en même temps que les relevages. Dans les cordons hauts, le recépage est effectué au moment de la taille en sectionnant le tronc en dessous les zones saines et en général à une hauteur de 0,60 m. Dans les cordons bas, la mise en œuvre du recépage nécessite une intervention spécifique avant l’opération de prétaillage mécanique qui pourrait éliminer les sarments « utilisables » pour reconstruire le bras de cordon. Les souches fortement eutypiées mais qui n’ont pas émis de gourmand pendant la phase estivale sont aussi recépées mais dans tous les cas de figure, le travail le plus fastidieux est d’enlever l’ancien bras de cordon. L’enroulement du vieux bois autour du fil porteur oblige souvent ce viticulteur à utiliser une petite tronçonneuse pour découper en petite longueur le bras de cordon. Après la taille, le ramassage du bois mort et des restes de tronc est réalisé de manière systématique tous les ans afin de réduire le potentiel de diffusion de la maladie. D’une manière générale, M. F. Laurichesse estime que la reconstruction des souches dans les cordons bas palissés est plus facile et surtout plus rapide que dans les cordons hauts. L’année qui suit le recépage, le pied est reconstruit alors que dans les cordons hauts il faut attendre deux ans et parfois trois ans avant de retrouver une production normale. Le temps investi dans le recépage et le remplacement des pieds morts est très important mais ces travaux sont effectués dans des périodes où la charge de travail est assez étalée. En hiver, toutes les parcelles sont prétaillées mécaniquement, ce qui permet ensuite de réduire considérablement les besoins en main-d’œuvre pour la taille.

Le recépage va permettre de repousser la longévité des parcelles au-delà 40 ans

recepage_reussi_sur_cordon_haut.jpgAprès presque 20 ans de pratique, F. Laurichesse considère que le recépage est une pratique qui a démontré son intérêt sur sa propriété. L’eutypiose a fortement reculé dans son vignoble. Les pieds recépés n’expriment que rarement de nouveaux symptômes et les souches reconstruites ont retrouvé un niveau de productivité normal. Ce viticulteur ne cache pas pourtant que la mise en œuvre systématique du recépage représente un travail très important tout au long de l’année dont il a du mal à quantifier l’importance. En effet, la charge de travail n’est pas directement proportionnelle au nombre de pieds recépés car, de toute façon, la pratique systématique du recépage oblige à parcourir tous les rangs de vignes plusieurs fois dans l’année. L’investissement en temps et en argent dans cette intervention est jugé rentable par ce viticulteur car cela lui a permis d’augmenter la longévité de ses parcelles. Par exemple, la parcelle de cordons hauts plantée entre 1970 et 1972 est en mesure de produire régulièrement 110 à 120 hl/ha. Visuellement, l’observation de certains rangs permet de se rendre compte que plus de 50 % des souches ont été recépées avec succès et que le nombre de pieds manquant est assez faible et à priori cette vigne est « partie » pour passer allègrement le cap des 40 ans.

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