La rigueur et la diversification « bonifient » l’activité du CARC

25 février 2017

Le CARC revendique son statut de petite coopérative d’approvisionnement bien implantée dans l’univers agricole et viticole régional. L’entreprise fait preuve au sein de zone d’activité, d’un dynamisme économique fondé sur des engagements de qualité au niveau des productions et des services. Cette stratégie différente de certaines coopératives qui recherchent en permanence un accroissement de leurs dimensions économiques est cautionnée par de bons résultats. Yves Auffret, le président et Jean-Michel Audouit assument leur statut et se donnent les moyens d’en tirer profit. La coopérative est gérée avec un sens des responsabilités reposant sur la création de liens économiques forts avec les sociétaires, le développement de compétences au sein de l’équipe et l’aboutissement de partenariats pour maîtriser les marchés. L’humain est la clé de la réussite pour J-M Audouit qui considère le capital de compétences comme une priorité. Indéniablement, les résultats économiques et financiers depuis 5 ans confortent cette stratégie et la « petite CARC » est devenue un acteur solide respecté des banquiers.

– Le Paysan Vigneron : – Quelle est votre analyse des résultats de l’exercice 2015-2016 de la coopérative ?

  • Jean-Michel Audouit : – Tout d’abord, l’année agricole 2 015 a été dans l’ensemble bonne au niveau des céréales et de la vigne car dans notre zone d’activité, les adhérents n’ont pas été confrontés à des incidents climatiques majeurs. Les pertes de production importantes liées à la grêle de début juin 2014 ont eu des conséquences sur le fonctionnement de beaucoup de propriétés et nous sommes heureux que ces agriculteurs aient pu retrouver l’année dernière, des niveaux de récoltes de vins et de céréales meilleurs. La coopérative a réalisé un bon exercice 2015-2016 avec une collecte de céréales en progression (de 25 500 t) et une activité approvisionnement dynamique. D’un point de vue économique et financier, le CARC a réalisé un bel exercice. La bonne santé actuelle de la filière Cognac soutient les investissements à tous les niveaux et en particulier au niveau des plantations. L’implantation de la coopérative au cœur de la zone viticole est valorisée par les efforts permanents de nos équipes qui « collent » au terrain. Nous sommes à l’écoute de nos sociétaires et nous essayons en permanence de répondre à toutes leurs attentes. Au niveau des céréales, notre de recherche de marchés diversifiée générant de la plus-value pour les adhérents s’avère payante.  Ces gains de valorisation deviennent importants  quand les cours mondiaux sont moroses.

     

    – L-P-V : – La collecte de céréales n’est-elle impactée pas plus impactée par les conditions de marché que par l’évolution climatique ?


  • – J-M Audouit : – Depuis maintenant une petite décennie, nous observons une augmentation régulière de la collecte d’été qui est liée en fait à divers éléments d’ordre climatique et aussi économique. On a effectivement observé à une baisse des surfaces de mais au début des années 2010 qui se sont depuis stabilisées. Les apports de mais représentent en moyenne 24 % de la collecte totale. Le travail que nous avons réalisé seul et avec nos collègues de l’Entente (1) pour trouver des débouchés contractualisés a concerné principalement les productions d’été. Il s’agit de cultures contractualisées avec des acheteurs à la recherche de qualités spécifiques. Nous observons aussi une diminution régulière des surfaces en Tournesol depuis quatre à cinq ans en raison des rendements décevants et de l’obligation de mettre en place des couverts végétaux. La baisse de l’assolement en tournesol profite surtout au colza et à d’autres cultures spécialisées. Actuellement, les récoltes d’été représentent presque 70 % de notre collecte totale.

     

    – L-P- : – La coopérative s’est investie dans la production de cultures nouvelles ou plus segmentées ?


  • – J-M Audouit : – La dimension économique de la coopérative, la capacité de nos silos à pouvoir trier et tracer de petits lots et le suivi technique efficace auprès des adhérents sont des atouts que nous essayons de pleinement valoriser. La recherche de débouchés de niche plus complexes à gérer est mesure d’apporter de la valeur ajoutée. Le dialogue avec certains acheteurs a débouché sur des partenariats sérieux pour produire des lots de céréales « cousues main ». Nous avons contractualisé une démarche blé de qualité avec des minotiers qui avaient des exigences de qualité spécifiques. Cela nous a amenés à proposer aux adhérents des itinéraires culturaux différents (variétés nouvelles, fumures adaptées, maturité suivie, …) plus techniques et aussi générateurs de prix plus rémunérateurs. Les aménagements constants dans les silos permettent aussi d’isoler et stocker de manière différenciée jusqu’à la commercialisation des petits lots de 30 à 100 t. Nous croyons aussi au développement de nouvelles cultures comme les pois jaunes, les lentilles, la féverole, …… . Tout ce travail d’amont et d’aval représente à mon sens un volet fondamental de la démarche d’une coopérative à dimension humaine comme la nôtre.

     

    – L-P : Le développement de ces cultures spéciales devient-il un créneau de développement majeur pour la coopérative et ses adhérents ?


  • – J-M Audouit : – Cela fait plus de 10 ans que la coopérative a engagé cette démarche de diversification de la production au niveau des céréales avec la volonté effectivement d’en faire à terme un pôle d’activité majeur. La démarche s’est construite avec progressivité car les acheteurs ont souhaité voir si la coopérative avait les capacités de répondre à leurs attentes ce qui est tout à fait normal. Il a fallu convaincre les adhérents d’adapter leurs pratiques culturales et aussi aménager nos silos (en particulier celui de Rouillac) pour traiter de petits lots. Je tiens d’ailleurs à remercier les agriculteurs qui dès le départ ont adhéré à ce challenge de cultures spéciales. Aujourd’hui, plus de la moitié de collecte de blé tendre est engagée dans des démarches qualitatives et les perspectives à court terme sont encourageantes. L’introduction de la culture des lentilles est aussi une piste intéressante en termes de valorisation et pour la maîtrise des assolements. Cette légumineuse qui capte l’azote est un bon précédent pour ensuite semer des blés. Nous menons d’autres réflexions de diversification avec plusieurs autres coopératives de l’Entente qui partagent cette même philosophie.

     

    – L-P : – L’évolution de la production de céréales de la coopérative engendre-t-elle des investissements plus importants au niveau des infrastructures de stockage ?

  • J-M Audouit : – La commercialisation des céréales ne peut pas être abordée sans moyens de stockage suffisants sinon, l’organisme de collecte prend le risque de ne plus avoir la maîtrise de ses débouchés. Il faut disposer de capacités de stockage suffisantes et diversifiées en volumes quand on s’engage dans des productions techniques. Le CARC a fait le choix depuis 15 ans d’accroître ses capacités de stockage à Genté, à Rouillac et au Grenier du Roy. Aujourd’hui, nous sommes en mesure de stocker 80 % d’une grosse récolte. Le fait de pouvoir disposer sur nos deux principaux de collecte de volumes plus importants, réduit les transports de céréales au moment des récoltes. Déplacer dans l’urgence des lots de blé, de mais, …. engendre des charges supplémentaires qui à mon sens vont à l’encontre d’une saine gestion. Des capacités de stockage suffisantes permettent de tirer un meilleur profit des opportunités des marchés. La coopérative a le projet d’investir dans de nouvelles capacités de stockage sur le site de Rouillac (3 000 t) pour être en mesure de réceptionner toute la collecte d’été.

     

    – L-P : – La branche approvisionnements représente-t-elle toujours un créneau activité dominant ?

  • J-M Audouit : – Au cours du dernier exercice, l’activité approvisionnements (8 134 000 €) enregistre une petite progression et représente 57,5 % du chiffre d’affaires total. Nous sommes satisfaits de ces résultats qui traduisent la forte implication des techniciens sur le terrain. L’implantation historique de la coopérative au cœur de la région viticole lui confère un potentiel d’activité important auprès de la viticulture. Ce marché connaît depuis plusieurs années des évolutions liées à un fort renouvellement du vignoble et à la montée en puissance des exigences environnementales au niveau des pratiques d’entretien du vignoble. Les ventes d’intrants phytosanitaires et d’engrais restent importantes mais de nouvelles attentes apparaissent dans les propriétés viticoles. L’équipe de techniciens s’investit beaucoup pour proposer leur expertise et prendre des parts de marché dans ces nouveaux secteurs d’activité.


  • -L-P : – Les ventes d’intrants phytosanitaires et d’engrais sont-elles toujours aussi stratégiques dans l’activité approvisionnements ?


  • – J-M Audouit : – Elles constituent un des piliers de l’activité approvisionnements mais d’autres créneaux d’activité deviennent importants. Les ventes d’intrants phytosanitaires (33 %) sont restées stables malgré un contexte de pression parasitaire faible en 2015 dans le vignoble et en grandes cultures. L’accompagnement des techniciens de la coopérative repose justement aujourd’hui sur des conseils pointus visant à maîtriser l’utilisation des produits et c’est très bien ainsi. Les ventes d’engrais ont par contre progressé nettement (+ 11 %) surtout sur le créneau des produits organiques en vigne. Le pole Ecovigne connaît toujours un développement ferme et représente aujourd’hui 32 % de l’activité approvisionnements. Les ventes d’équipements de palissage restent importantes mais de nouveaux relais de croissance se développent avec les produits d’environnement. Notre capacité à proposer des études clés en main et à monter les dossiers pour des aires de lavages, des unités de traitements d’effluents, … est aujourd’hui réelle. Un des techniciens de la coopérative, François Clément, possède une véritable expertise dans ce domaine.

     

    – L-P : – Les bonnes performances économiques de la CARC lors de l’exercice 2015-2016 doivent conforter vos choix de développement de l’entreprise ?

  •  
    • J-M Audouit : – Le fait d’être une petite structure coopérative n’est pas un handicap quand on s’appuie sur de vraies compétences. La conjoncture viticole plutôt bonne et ensuite nos efforts pour rechercher des marchés plus porteurs au niveau des céréales se ressentent de façon positive sur l’activité. Les partenariats noués avec l’UDCA pour gérer les achats des approvisionnements et avec les 9 coopératives de l’Entente pour la commercialisation des céréales, ont débouché sur des projets communs qui nous font gagner de la compétitivité. La rigueur dans la gestion dont nous faisons preuve depuis plusieurs années permet à la fois, de dégager un bon résultat, de renforcer nos fonds propres et d’apporter aux agriculteurs des niveaux de valorisation corrects sur les céréales de base et plus attractifs pour les cultures spécialisées. La coopérative a augmenté ses fonds propres de plus d’un million d’euros au cours des trois dernières années et nettement amélioré son indépendance financière vis-à-vis des banques. Le contexte de production et commercialisation moins généreux des exercices à venir doit quand même nous inciter à la prudence. La réussite d’une coopérative de notre dimension repose avant tout sur la qualité des hommes et leur degré d’implication. J’avoue que l’équipe de salariés actuelle du CARC fait preuve de sérieux et de motivation ce qui me satisfait.

 

   (1) : L’Entente est une union de 9 coopératives régionales pour commercialiser les céréales

   

Les points clés de l’exercice 2015-2016 du CARC :

 

 

  • Un chiffre d’affaires total de 14,1 millions d€ avec

    – 8,1 millions d€ pour les approvisionnements et de 6 millions d€ pour les ventes de céréales

  • Une collecte totale en 2015 de 25 500 t

  • Les céréales d’été représentent 70 % des apports de céréales

  • Un engagement fort dans les cultures spécialisées, blé de qualité, pois jaunes, lentilles et féveroles

  • Des silos bien adaptés au tri et à la traçabilité des petits lots qualitatifs

  • Une capacité de stockage de 80 % d’une collecte totale

  • Des Partenariats très constructifs avec l’UDCA et les 9 coopératives de l’Entente

  • Des ventes d’intrants phytosanitaires stables représentant 32 % de cette activité

  • Un développement constant des ventes d’Ecovigne

  • Une montée en puissance des équipements et installations liées à l’environnement

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