La maîtrise de la pulvérisation indissociable de la réussite des traitements

11 août 2015

La CARC a organisé fin juin une réunion technique consacrée à la qualité de la pulvérisation en viticulture. Les techniciens de la coopérative, Stéphane Leclerc, François Clément et Jean-Yves Sauvages, ont souhaité créer un événement pour sensibiliser les viticulteurs à la qualité de la pulvérisation. Leur vécu de terrain les amène à être confrontés à des situations d’échecs de protection qui les interpellent. Les failles dans le dispositif de protection sont à relier généralement à de mauvais positionnements des traitements par rapport aux cycles épidémiques des maladies et aussi à des conditions de pulvérisation déficientes.

 

 

Les techniciens de la CARC considèrent que la thématique sur les aspects qualité de pulvérisation ne peut pas être dissociée de leur mission de suivi technique auprès des viticulteurs. Gérer efficacement le raisonnement des traitements est le cœur de métier des conseillers techniques de terrain alors que la pulvérisation reste souvent le domaine réservé des machinistes. Or, une mauvaise qualité de pulvérisation engendre des phénomènes de sous-dosages de produits au niveau de la végétation qui mettent en péril l’efficacité des traitements. La bonne maîtrise de l’utilisation d’un pulvérisateur nécessite à la fois la mise en œuvre des réglages adaptés et une juste appréciation des potentialités véritables de chaque type d’équipement.

Des interventions techniques et une démonstration

p33.jpgLa manifestation s’est déroulée dans le vignoble de Francis Nadeau, à Gimeux, en présence de l’équipe de techniciens de la CARC et d’un spécialiste de la pulvérisation viticole et Renaud Cavalier, le responsable du pôle agroéquipements de la Chambre d’agriculture du Gard. Ce technicien et ses collègues ont développé de nombreuses actions sur la maîtrise de la pulvérisation viticole et une gamme d’accessoires qui contribuent à fiabiliser la qualité de la pulvérisation (éléments consultables sur le site : www.toppulve.fr). Un partenariat a été noué entre l’équipe des techniciens en machinisme de la Chambre d’agriculture du Gard et la société Bayer-CropScience pour développer des animations sur la maîtrise de la pulvérisation viticole auprès de tous les distributeurs en France. La coopérative a profité de cette opportunité pour présen-
ter une plateforme d’informations consacrée aux réglages des appareils, à la prise en compte des aspects environnementaux, à tous les moyens d’optimiser l’organisation de la préparation des traitements. Les interventions de Renaud Cavalier se sont concentrées sur les réglages des pulvérisateurs et la prise en compte des aspects environnementaux. Ensuite, des ateliers tournants ont permis aux viticulteurs de découvrir divers équipements de préparation de bouillie et des accessoires pour optimiser le fonctionnement des pulvérisateurs. Une démonstration de trois pulvérisateurs utilisés par des adhérents de la coopérative a eu lieu dans le vignoble.

Un test de qualité de pulvérisation de nuit de trois équipements

Les trois équipements, un pulvérisateur pneumatique Berthoud équipé de la nouvelle rampe face par face AB Most, un Turbipano Dagnaud 1 000 l et un Holder à flux tangentiel (2 turbines) 1 000 1, ont fait l’objet d’un test de répartition de la bouillie par fluorescence à la tombée de la nuit. En fin d’après-midi, chaque appareil a pulvérisé dans des blocs d’essais identifiés une bouillie contenant une concentration homogène d’un marqueur, la fluorescéine,
qui révèle la présence des impacts de pulvérisation sur la végétation une fois que la nuit est tombée. En absence de lumière, l’utilisation de lampes torches violettes a permis de visualiser rapidement et de façon parfaitement fiable la qualité de la répartition de la pulvérisation sur l’ensemble de la végétation. La centaine de personnes présente à la démonstration a apprécié l’efficacité de la technique de fluorescence. Les trois appareils, qui avaient été préala-blement bien réglés (vitesse raisonnable, débits maîtrisés, organes de pulvérisation bien orientés), ont donné de bons résultats en termes de répartition et de qualité des impacts de pulvérisation. Le pneumatique Berthoud et le Turbipano Dagnaud ont assuré une pulvérisation en face par face de qualité avec pour le dernier appareil un taux de récupération de bouillie qui se situait autour de 20 %. Le pulvérisateur Holder à deux turbines tangentielles utilisé en appliquant le produit dans toutes les allées a aussi bien fonctionné.

60 % des viticulteurs traitent toutes les faces des rangs

Les techniciens de la CARC observent depuis plusieurs années que la qualité d’application des traitements devient un critère d’efficacité majeur des programmes de protection en présence de fortes pressions de parasitisme. Stéphane Leclerc tient un discours responsable sur les aspects de qualité de pulvérisation : « Les viticulteurs sous-estiment parfois l’importance du volet application dans l’efficacité globale des traitements. La notion de qualité de la pulvérisation est très importante en Charentes, compte tenu du tempérament vigoureux de l’Ugni blanc et des objectifs actuels de production. À partir de la mi-juin, la végétation est épaisse et plus difficile à traiter. La hauteur de feuillage, la densité des rangs et la capacité des grandes feuilles à se plaquer les unes contre les autres représentent des spécificités qui viennent gêner la pénétration des flux de pulvérisation. La très grande majorité des viticulteurs déploient des efforts pour tirer le meilleur profit de leurs pulvérisateurs mais, parfois, ils sont trop confiants dans leur matériel. Ils ont le sentiment de bien positionner les gouttelettes de produits sur les feuilles et les grappes. Quand nous sommes confrontés à une situation d’échec de protection, le questionnement des viticulteurs concerne dans un premier temps l’efficacité du produit et les phénomènes de résistance, et pratiquement jamais la qua-lité de la pulvérisation. Or, dans beaucoup de situations, le facteur qualité de pulvérisation s’avère déterminant. Des vitesses d’avancement trop élevées, le traitement d’une seule face des rangs, les mauvais réglages des diffuseurs… peuvent nuire au bon positionnement des gouttelettes de bouillie. Au sein de la coopérative, nous estimons que seulement 60 % des propriétés effectuent des traitements en face par face. Or, traiter en face par face toute l’année est vraiment un gros plus qui permet de pousser plus loin le raisonnement des calendriers de traitements. Notre rôle de technicien est de travailler ces aspects pulvérisation avec les viticulteurs. Ce sont tous ces éléments qui nous ont incités à organiser une après-midi consacrée à la bonne utilisation des pulvérisateurs. »

Tenir compte de la générosité du cépage, de la vigueur et des niveaux de productivité élevés

Entre début juin et la mi-juillet, le dévelop-pement végétatif des parcelles d’Ugni blanc peut être qualifié de spectaculaire. Des allongements de 20 à 30 cm par semaine et l’apparition de deux à trois nouvelles feuilles sont fréquents. La surface foliaire atteint à partir de la mi-juin un volume et un agencement dans l’espace au sein des divers palissages qui ne facilitent pas la pénétration des flux de pulvérisation. Or, les meilleurs des fongicides anti-mildiou et anti-oïdium n’atteindront leurs pleines efficacités que s’ils sont positionnés de façon homogène et régulière sur toutes les feuilles (et sur toutes les faces), les inflorescences et les grappes. Dès la mi-juin, l’abondance de la surface foliaire des vignes charentaises dans tous les systèmes de conduite palissés ou à ports libres est une réalité dont les viticulteurs sous-estiment parfois l’importance. Il est fréquent d’observer sur une même propriété une diversité de conduites de vignes (vignes étroites palissées, vignes hautes et larges palissées, arcures hautes et cordons hauts) qui sont traitées avec le même appareil. Le tempérament généreux du cépage associé à des méthodes de production favorisant la vigueur et la productivité constituent des spécificités qui rendent le vignoble charentais plus difficile à bien traiter.

Des contraintes environnementales et d’organisation des travaux

Le sujet qualité de pulvérisation est aussi devenu plus complexe à gérer avec la montée en puissance des contraintes environnementales comme la présence de zones sensibles, la proximité d’habitations le long de certaines parcelles et la réglementation au niveau de la vitesse du vent. La situation du vignoble proche de la côte atlantique rend le contexte régional propice à la présence de vent parfois assez fréquent et fort durant les mois de mai et de juin. La réglementation interdit de traiter dès que le vent dépasse une vitesse de 19 km/h, ce qui est une bonne chose sur le principe. La réalisation de traitements par grand vent engendre des inconvénients majeurs : une moindre qualité de pulvérisation, des pertes de produits liées à la dérive et des nuisan-ces pour l’environnement. L’organisation des traitements dans les propriétés viticoles doit actuellement concilier une diversité d’exigences de qualité de pulvérisation, des aspects environnementaux et des contraintes d’organisation des travaux propres à chaque entité de production. Au sein des propriétés de moins de 25 ha, l’organisation des chantiers de pulvérisation reste plus facile à maîtriser. Par contre, les exploitations de plus grandes surfaces ont plus de mal à organiser de façon souple et réactive les traitements. La notion de débit de chantier du pulvérisateur prend alors une importance capitale pour être en mesure de protéger la totalité d’un vignoble en 10 à 12 heures.

Le vent et la dérive très préjudiciables à la qualité de la pulvérisation

Les premiers messages de R. Cavalier ont concerné le bon ciblage du flux de pulvérisation sur la végétation et les conséquences des phénomènes de dérive. En Charentes, l’application correcte d’un traitement nécessite la couverture de toutes les faces de rang à partir du début du mois de juin ; une période où la végétation commence à se développer fortement. La limitation de la dérive contribue aussi à concentrer plus de bouillie dans la végétation et améliorer l’efficacité des traitements. La principale solution pour limiter la dérive est de rapprocher le flux de pulvérisation de la cible. Le développement actuel des tunnels de pulvérisation contribue de par le confinement à bien protéger le fonctionnement des diffuseurs de l’effet du vent. Les taux de récupération de bouillie de 70 % en tout début de végétation et de 20 % lors des derniers traitements avec les pulvérisateurs confinés attestent du niveau de pertes engendré par le vent et au sol. Le débit de chantier de ces matériels inférieur à ceux des pulvérisateurs pneumatiques traitent six faces par passages représentent un frein à leur développement dans les exploitations de grandes surfaces. Quel que soit le type de pulvérisateurs, le vent est un élément très préjudiciable vis-à-vis de la qualité de la pulvérisation. En été, l’incidence négative des fortes températures sur l’efficacité des traitements est aujourd’hui parfaitement démontrée. Au-delà 26 °C de température, la qualité de la pulvérisation est affectée. Le niveau idéal d’hygrométrie pour réaliser un traitement se situe entre 60 et 95 %.

Maîtriser la densité et la taille des gouttelettes

La quantité de gouttelettes, leur qualité et leur répartition sur la cible représentent des éléments indissociables pour maîtriser la qualité de la pulvérisation. Avec des pulvérisateurs pneumatiques, l’utilisation de rampes face par face améliore de manière systématique la répartition de la bouillie sur la végétation. Les préconisations en matière de spectre de gouttelettes pour des appareils pneumatiques sont de privilégier 60 à 70 impacts par cm2 d’une taille se situant autour de 100 microns. Au niveau des appareils à jets portés, les appareils équipés de buses à turbulences produisent des gouttelettes d’environ 100 microns avec un nombre d’impacts de 60 à 70 par cm2. Le montage de buses anti-dérives à fentes ou à turbulence (à injections d’air) sur des appareils à jets portés présente de l’intérêt en début de saison, car la production de grosses gouttelettes de 400 microns est naturellement moins sensible aux effets du vent. Par contre, l’utilisation de ce type de buses sur des végétations abondantes fait l’objet d’études pour justement quantifier le potentiel de couverture des grosses gouttelettes de 400 microns. Des travaux de recherches sont actuellement conduits par l’IRPA, l’IFV et les Chambres d’agriculture pour quantifier la densité d’impacts de gouttelettes de 400 microns lors de traitements en pleine végétation.

Vérifier régulièrement l’état de vieillissement des buses et des pastilles

p34.jpgLes deux paramètres qui jouent un rôle sur la stabilité de la densité et de la taille des gouttelettes sont le volume d’eau mis en œuvre, la vitesse d’air pour les pneumatiques et le volume d’air pour les appareils à jets portés. L’utilisation de papiers hydrosensibles est un bon moyen visuel de contrôler la densité et la régularité des impacts de pulvérisation. Les buses de pulvérisation et les pastilles sont des éléments qui s’usent du fait du pouvoir de corrosion des produits. Les fabricants utilisent aujourd’hui des matériaux résistants comme la céramique qui à la fois possèdent une meilleure longévité (par rapport à l’inox) mais s’usent aussi. Le changement régulier des buses et des pastilles permet d’avoir l’assurance d’un bon fonctionnement des diffuseurs de bouillie.

La constance du fonctionnement des ventilateurs

La constance de la production d’air des ventilateurs des pulvérisateurs pneumatiques se contrôle avec des mesures de vitesses d’air effectuées avec un anémomètre positionné à la sortie des systèmes d’éclatement. La vitesse optimale se situe entre 250 et 400 km/h. Les ventilateurs des pulvérisateurs à jets portés doivent produire des volumes d’air importants et réguliers quelle que soit la topographie des parcelles. Le contrôle de la vitesse de rotation de la prise de force du régime moteur des tracteurs est toujours souhaitable pour s’assurer du bon fonctionnement des ventilateurs. Une diminution de vitesse de rotation de seulement 50 t/mn permet parfois de comprendre le moindre effet de pénétration dans la végétation des flux de pulvérisation. Il arrive aussi que certains ventilateurs n’aient pas une production d’air homogène de chaque côté. Le bon positionnement des diffuseurs d’air joue un rôle important pour assurer une bonne pénétration et une répartition homogène du flux de pulvérisation dans l’ensemble de la végétation.

Des vitesses d’avancement optimales de 5 à 6 km/h

La vitesse d’utilisation des pulvérisateurs doit être raisonnable pour laisser le temps au flux d’air de se diffuser de façon homogène au sein de la végétation. La vitesse d’utilisation optimale des appareils pneumatiques se situe entre 5 et 6 km/h. Les appareils à jets portés doivent aussi être utilisés à des vitesses raisonnables comparables à celles des pneumatiques. L’argumentation commerciale de certains vendeurs de pulvérisateurs à jets portés équipés de turbines très puissantes leur permettant d’évoluer à des vitesses d’avancement plus élevées (de 7 à 8 km/h) n’est pas fondée. La production de volumes d’air trop importants occasionne en pleine saison des phénomènes de plaquage des feuilles sur le palissage et sur la végétation qui bloquent la pénétration du flux de pulvérisation dans le cœur des rangs. Le souhait de certains viticulteurs de vouloir augmenter le débit de chantier quotidien en travaillant 2 km/h plus vite peut se comprendre, mais cette pratique représente une prise de risque ayant pour conséquence d’entraîner des sous-dosages de produits.

Maîtriser les débits de liquides et les doses de produits utilisés

La maîtrise des débits de liquides repose aujourd’hui sur des systèmes de régulation assez performants dont la fiabilité sur les matériels récents est devenue bonne. Le montage de vannes motorisées associées à des consoles de commandes électriques en cabine représente pour les chauffeurs des évolutions importantes pour la conduite et le suivi du fonctionnement des pulvérisateurs. Les systèmes de régulation de débit sophistiqués (DPA, DPAE) apportent en temps réel des informations précieuses. La régulation des débits est corrélée à la vitesse d’avancement des tracteurs, ce qui permet d’obtenir une constance des volumes de bouillie réellement appliqués. La réalisation d’au moins un contrôle par an de la vitesse d’avancement et des volumes/hectare réellement appliqués paraît essentielle pour surveiller le degré de vieillissement de certains organes du pulvérisateur. S. Leclerc constate depuis quelques années que les viticulteurs sont devenus de plus en plus attentifs à la maîtrise des débits et des doses de produits mises en œuvre.

Les recommandations en matières de volumes/ha mis en œuvre :
− Pulvérisateurs pneumatiques : 80 à 120 l/ha
− Pulvérisateurs à jets portés : 130 à 150 l/ha

Réaliser un entretien régulier et sérieux des pulvérisateurs

Les pulvérisateurs viticoles sont des équipements complexes en raison de leur triple fonction de production d’air, de débit de liquide et de régulation efficace des régimes de fonctionnement, des vitesses d’avancement et des débits/ha. La parfaite maîtrise du fonctionnement des différents organes des appareils contribue à la mise en œuvre d’une pulvérisation de qualité. Le bon réglage des différents équipements et un entretien irréprochable et régulier au cours de l’année des éléments essentiels des matériels, la pompe, le système de filtration, la propreté de la cuve, l’état de la buse, le bon fonctionnement du système de régulation, les diffuseurs, doivent mobi-liser toute l’attention des viticulteurs. Les pulvérisateurs travaillent sur une longue période et évoluent dans un environnement corrosif. L’absence d’un entretien régulier peut occasionner des dysfonctionnements discrets au départ qui, ensuite, peuvent déboucher sur des pannes majeures.

Bibliographie : Renaud Cavalier et Yves Négrier, conseillers en machinisme à la Chambre d’agriculture du Gard. – Site : www. top-pulve.fr

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