La Grande Muette

25 juin 2009

Comme l’armée, la région délimitée est saisie en ce début de printemps par le mutisme. Comment qualifier ce grand silence dans lequel les Charentes semblent plongées ? Omerta, autisme, inquiétude, tétanie, fuite en avant ? Plus simplement peut-être, incertitude viscérale, transcendantale du lendemain. Les ventes de Cognac baissent certes mais jusqu’où et pour combien de temps ? A trop évoquer la crise, ne risque-t-on pas le risque d’accélérer le mouvement en légitimant des réflexes de repli. Last but not least, toutes les bonnes raisons semblent réunies pour en dire le moins possible. C’est l’époque des messages subliminaux, de ceux qui vous mettent sur la piste de manière allusive. Le communiqué de presse de la maison Hennessy, diffusé au lendemain de l’assemblée générale de la sica de Bagnolet, s’inscrit dans cette veine. On imagine facilement que les mots furent pesés au trébuchet. Morceaux choisis : « « Dans une situation mondiale qui incite à la prudence en 2009 », Bernard Peillon (président de la société) a exposé les différents indicateurs qui permettent à Hennessy d’afficher un optimisme mesuré. Dans un contexte de ralentissement général de l’activité, Hennessy renforce néanmoins sa part de marché dans la région. Malgré un léger tassement en volume pour 2008, la moyenne annuelle de croissance depuis 5 ans est de l’ordre de 6 %. La solidité de la maison repose sur un double équilibre : la répartition géographique des marchés et une gamme complète de produits. Hennessy continue d’investir massivement derrière sa marque, pour affirmer sa présence. En effet, sur le marché mondial des spiritueux, les alcools en particulier savent se montrer offensifs tout en bénéficiant de coûts de production plus bas. « La compétition se joue sur la scène internationale entre les grandes marques de spiritueux. Nous devons donc maîtriser nos coûts afin de rester dans la course et d’éviter d’être marginalisés. » »

Il y a aussi les messages qui, sans dire tout et son contraire, laissent portes et fenêtres largement ouvertes, comme pour ménager le maximum d’interprétations. Une prudence de Sioux somme toute compréhensible. En cette période incertaine, les commentaires sur les ventes relèvent de l’exercice d’équilibriste. Preuve en a été donnée récemment lors de l’assemblée générale d’un syndicat viticole. Après avoir crânement affirmé « que la crise, nous y étions » – preuve à l’appui la perte de 8 % des volumes en un an – l’orateur a glissé derechef sur la nécessité de « tempérer la situation ». Il a évoqué à juste titre la « premiumisation » des ventes qui a permis de lisser la chute. Alors que les quantités exportées perdaient 8,2 % sur les 12 mois mobiles à fin février, la baisse en valeur n’était que de 3,6 %. Il a relevé aussi les bonnes performances du marché chinois. En cumulé (Chine + Singapour), le marché arrive au second rang des expéditions de Cognac. Sur l’année mobile, sa croissance est de l’ordre de + 5 % en volume et de + 20 % en valeur. Naturellement, ces bons résultats ne sauraient masquer le recul du Cognac aux Etats-Unis qui régresse de – 14,3 % en volume et de – 16,8 % en valeur. En évoquant un rendement « d’adaptation, d’ajustement, au plus près des besoins » complété, si nécessaire, par une réserve qualitative, le commentateur a terminé son intervention en recommandant d’être prêt à un redémarrage rapide de la demande. « Les perdants seront ceux qui ne seront pas dotés d’outils leur permettant de se relever de cette crise, crise que nous espérons la plus courte possible. »

Comment se comportent les achats d’eaux-de-vie à la propriété ? Un grand attentisme les caractérise. En forçant le trait, certains y voient même « une situation de non-marché comme en 1993 ». Signe révélateur : les appels de viticulteurs pour proposer des échantillons se font rares, très rares, comme par une sorte d’auto-censure. Côté petit commerce, les opérateurs ne veulent surtout pas acheter plus cher que le voisin. Dans ces conditions, ne sont escomptés pour l’heure que des achats de « réassort ». Au niveau des grandes maisons, « les contrats ne devraient pas trop bouger » diagnostiquent les observateurs. En ce qui concerne les achats contractuels, l’inquiétude concerne plus 2010 que 2009. Ce qui n’exclue pas certains « ajustements » dans les mois qui viennent, surtout lorsque les contrats ne sont pas excessivement « bordés ». De nouveau, la région va sans doute rentrer dans une période plus titilleuse, pour ne pas dire vétilleuse, en terme de critères d’accès au marché : relationnel, pourcentage d’apport, antériorité, qualité… Les maisons risquent d’y regarder de plus près. D’ores et déjà certaines d’entre elles s’appliquent à mieux cerner leurs approvisionnements dans les deux-trois ans qui viennent et à « responsabiliser » leurs fournisseurs. De même, la différenciation entre les crus pourrait s’avérer une tentation pour beaucoup. A ce jour, un rendement Cognac 2009-2010 compris entre 8 et 8,5 hl AP/ha tient la corde à radio « sortie de réunion ». Pour respecter le timing, c’est fin mai que le rendement Cognac sera fixé. Au préalable, les négociants auront donné leurs prévisionnels de ventes à trois-cinq ans, un élément déterminant. Quant au chiffre de distillation de la récolte 2008 (en phase de communication), il devrait être en ligne avec le calcul théorique qui aboutit à + ou – 630 000 hl AP.

Pour la campagne qui s’ouvre, à quelle date va jouer l’affectation parcellaire ? Au 1er juillet comme le prévoit le cahier des charges Cognac ? Normalement oui. Sauf que le décret interministériel homologuant le cahier des charges n’est toujours pas signé. Validé le 4 mars par le Comité permanent de l’INAO et approuvé par l’ADG Cognac le 26 mars dernier, le cahier des charges est dans les « tuyaux » ministériels depuis quinze jours. Mais sa publication demandera encore un certain délai. Dans ces conditions, un groupe de travail régional vient d’être créé pour examiner la mise en place de l’affectation. Au 1er juillet, pourrait-il s’agir d’une affectation provisoire, d’une affectation préalable, d’une affectation préalablement provisoire suivie d’une affectation définitive au 31 octobre ? Le groupe de travail se penche sur la question. La viticulture verrait sans doute d’un bon œil une affectation avant les vendanges même si, « intellectuellement parlant », il serait sans doute plus judicieux de pouvoir anticiper les marchés. Cependant, la destruction des excédents reste un point non élucidé, avec des distillateurs agréés peu enclins à traiter ces volumes, sauf à les transformer en distillat à 92 % vol. (pour la consommation humaine). Ce qui ne rentre pas dans les vues de la filière Cognac. Comme tout interfère sur tout, une affectation proche des vendanges simplifierait sans doute le problème des excédents.

Récemment, un bon connaisseur de la région comparait son fonctionnement à un moteur à quatre temps : explosion, échappement (nous y sommes), admission (la reprise des achats), combustion et re-explosion. Un autre pronostiquait la reprise à 2018 : « cinq ans pour épuiser la viticulture, cinq ans pour épuiser le stock. » Souhaitons que cette antienne charentaise – l’économie régionale régie par des cycles – soit battue en brèche par une reprise plus rapide et plus tonique que prévue. Yes, we can.

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