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Des vignerons jardiniers

4 janvier 2009

La Champagne offre un paysage du Moyen Age, un paysage d’avant la machine, où l’homme aurait sculpté la terre à sa main. Les micro-parcelles s’imbriquent les unes dans les autres, en un puzzle presque parfait. Pas un pouce de terrain ne s’évade. Jusqu’aux talus à être plantés. La Champagne n’est pas un vignoble, c’est un jardin. Elle compte 16 500 exploitations mais 18 000 déclarants, avec les métayers. La Champagne reste en effet l’une des dernières régions françaises à abriter ce type de statut. Tous les vignerons ne vivent pas exclusivement de la vigne. Beaucoup sont pluriactifs. Ils travaillent dans les industries sucrières, du textile mais sont aussi enseignants, artisans, commerçants… On estime que ces pluriactifs cultivent 10 000 ha sur les 32 000 ha de l’aire d’appellation. Fort bien d’ailleurs. Ceux qui tirent l’intégralité de leur revenu de l’activité viticole sont à peu près 8 500. La Champagne brille par la modestie de ses surfaces. Il n’est pas rare de trouver des structures de 20, 50 ares. L’essentiel des surfaces se concentre pourtant entre 1 et 3 ha. Il s’agit du type même de l’exploitation familiale, occupant un couple. La grosse exploitation familiale possédera 5 ou 7 ha de vignes et abritera parents, enfant et un ou deux salariés à l’année.

A titre d’exemple, une exploitation de 5 ha chez un récoltant-manipulant emploie à plein temps trois personnes, en plus des saisonniers pour le liage et le palissage. En général, les exploitations fonctionnent avec des saisonniers jusqu’à trois ha et commencent à recruter des permanents au-delà. De l’extérieur, ces chiffres peuvent paraître totalement surréalistes. Mais que l’on ne s’y trompe pas ! A raison de 8 à 10 000 pieds/ha, la conduite d’une exploitation de 3-4 ha n’est pas à proprement parler « une promenade de santé ».

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   Une viticulture de main-d’Œuvre

La viticulture champenoise est une viticulture de main-d’œuvre. Avec une mécanisation qui reste marginale, le poste « emploi » représente 70 à 80 % des charges, d’où des coûts de production 3 à 4 fois plus élevés qu’ailleurs. Claude Hugo, récoltant-manipulant à Brugny-Vaudancourt, fait le compte : sur 2,5 ha de vignes, son épouse et lui totalisent plus de 3 000 heures de travail, entre la vigne et la cave. Il n’emploie pas de salarié. La taille représente une tâche énorme en Champagne. Elle débute avec la chute des feuilles en novembre et se poursuit jusqu’au milieu avril. Un travail harassant, étant donné la hauteur des ceps. « Quand on a fait 4,5 ares par jour, on est content » note un chef vigneron.

Autre période exigeante en personnel, les vendanges, encore totalement manuelles même si la rumeur enfle au vignoble de l’arrivée imminente de la MAV. Ce n’est un secret pour personne. Tous les vignerons sont dans les starting-blocks. Le jour où les grandes maisons donneront leur feu vert, la récolte mécanique se généralisera au vignoble. Jusqu’au milieu des années 90, les vignerons ne rencontraient pas de problèmes pour recruter de la main-d’œuvre saisonnière spécialisée. C’est moins vrai aujourd’hui. « Au-dessous de 50 F de l’heure, on ne trouve personne » et le tarif horaire d’un permanent avoisine les 56 F de l’heure. Roie de taille, roie de palissage, roie d’ébourgeonnage… Ce sont les roies de Champagne où les différents travaux de la vigne, pour une « jauge » de 8 300 pieds/ha.

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