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Courtier à Bordeaux

10 mars 2009

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François Lévêque.

De tout temps le courtier joua un rôle important dans le commerce des vins de Bordeaux. Pourtant, avec un effectif d’à peine une centaine de membres – à comparer aux 12 000 viticulteurs ou aux 400 négociants de la région bordelaise – les courtiers représentent une « petite famille ». Mais ce corps intermédiaire pèse de tout son poids dans la filière. On estime que 85 % des transactions enregistrées au CIVB sur les vins en vrac et les « rendus mises » passent entre ses mains. Mieux : dans les grands crus, les courtiers sont impliqués dans 100 % des affaires. Dans ces conditions, le courtier se retrouve forcément « acteur de prix », même si la neutralité fait partie intégrante de la fonction. Observateur privilégié du marché, il va indiquer aux parties si elles sont dans le coup « ou complètement à côté du sujet », selon le contexte du moment. A telle enseigne que les courtiers établissent tous les lundis des constatations de cours, publiés dans les journaux régionaux. Président du Syndicat régional des courtiers, François Lévêque siège au CIVB (Conseil interprofessionnel des vins de Bordeaux), l’interprofession bordelaise. Très classiquement, le courtier met en relation un producteur qui souhaite vendre et un négociant qui veut acheter du vin. Admettons qu’un négociant veuille acquérir du Saint-Estèphe. Il appelle un courtier un peu spécialisé dans l’appellation Médoc : « Trouvez-moi un lot de Saint-Estèphe de tel millésime, présentant tels critères de qualité et tel prix. » Le courtier part en campagne collationner les échantillons avant de les soumettre à dégustation au négociant. Celui-ci rappelle le courtier pour lui communiquer son offre et lui demander de mener à bien la transaction. Le courtier se retourne alors vers le producteur pour lui communiquer le montant de l’offre, le délai d’enlèvement et le délai de paiement. S’il y a accord, le courtier « veille à la parfaite exécution de l’affaire » jusqu’à son terme. A cette fin, il reçoit une rétribution à taux fixe de 2 % du montant de la transaction. Voilà pour le schéma général, versus « papier glacé ». Mais des métiers un peu nouveaux font leur apparition. Des courtiers sont par exemple amenés à intervenir sur des contrats d’achats de raisin, qui ont tendance à se développer à Bordeaux. Des négociants – voire la grande distribution mais ça ne transpire pas trop – peuvent également demander aux courtiers d’assurer un suivi des vignobles de vignerons indépendants, sur la base du respect d’un cahier des charges. Ce qui existait déjà en Champagne ou en Bourgogne commence à prendre pied à Bordeaux. Ainsi s’annonce une certaine mutation de la profession. A côté du courtier traditionnel chargé « de faire tourner les échantillons », apparaît une nouvelle génération de gens souvent jeunes, bons connaisseurs de la réglementation Bordeaux, très présents sur les exploitations. A noter que dans les zones qui souffrent, le courtier occupe la place peu enviable de « tampon », pris « entre le marteau et l’enclume ». Dans ces cas-là, on le considère généralement comme « commissionnaire du négociant ». Le courtier n’échappe pas à la dureté des temps et peut voir sa commission de 2 % amputée. Mais de ça, il ne dit mot.

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