CAPAC : Entreprise d’insertion

20 avril 2010

La couleur du Cognac sans l’arôme. Ce sont les bouteilles factices, qui font les beaux jours des présentations les plus débridées, aux quatre coins de la planète. L’entreprise adaptée Capac, à Châteaubernard (16), fait partie de ceux qui élaborent les « jus ». Quand le monde de l’artefact rejoint celui de l’entreprise citoyenne.

joel_monadier.jpgL’entreprise adaptée Capac (Cognac atelier protégé) existe depuis 15 ans. Elle a été créée en 1995 par Joël Monadier. Cet homme à la fibre sociale affirmée a toujours travaillé dans l’univers des entreprises d’insertion. « Je baigne dans ce milieu depuis l’âge de vingt ans » avoue-t-il. Son activité professionnelle démarre en Deux-Sèvres, où il s’occupe – déjà – d’un atelier protégé, en tant que technicien. En 1981, il arrive à Cognac et intègre l’Arche, l’une des deux ESAT (entreprise et service d’aide par le travail ex CAT) de la ville. Il franchit le pas en 1995 en fondant l’entreprise adaptée Capac. « À côté des CAT, je ressentais le réel besoin d’un autre type de structure. » Par rapport aux ESAT qui accueillent des personnes en placement médico-social et relèvent, à ce titre, de la tutelle des Directions sanitaire et sociale, les entreprises adaptées s’adressent à des handicaps plus légers. D’ailleurs, elles dépendent de la Direction du travail, comme n’importe quelle autre entreprise. Si certaines ont le statut associatif, la plupart sont constituées sous forme de SARL. C’est le cas de Capac où Joël Monadier détient la majorité des parts. Entreprise « capitalistique », l’entreprise adaptée n’en demeure pas moins une structure à forte dimension sociale. Les travailleurs qu’elle emploie ont, pour la plupart d’entre eux, la reconnaissance de « travailleurs handicapés ». IIs présentent une « efficience réduite ». Que faut-il entendre par là ? Personne ne le sait exactement. Les textes précisent seulement que la capacité des travailleurs handicapés doit correspondre « au minimum au tiers de la capacité normale. » C’est pour cela que les entreprises adaptées bénéficient d’une aide financière au poste de travail. Pour les salariés, ce dispositif est neutre. Ils perçoivent un salaire normal. Un contrat triennal lie les entreprises adaptées aux directions régionales et départementales du travail.

sous-traitance

Dans le paysage économique cognaçais, Capac intervient sur le créneau de la prestation de services. A l’instar de pas mal d’autres entreprises du secteur, Capac pratique la sous-traitance. Ses domaines de compétence vont du conditionnement Cognac au montage, en passant par le câblage ou de la blanchisserie industrielle. Prix concurrentiel, savoir-faire, sérieux, service, qualité… ses clients attendent d’elle tous ces critères. « Nous sommes une entreprise comme une autre. » Sa nature d’atelier protégé lui vaut cependant un avantage compétitif. Les entreprises de plus de 20 salariés sont en effet soumises à une obligation d’emploi de travailleur handicapé (équivalent temps plein par rapport au chiffre d’affaires). En recourant à Capac, les entreprises se « dédouanent » de cette obligation ou plutôt la remplissent à travers elle.

Le liquide factice dans les bouteilles n’est pas une nouveauté à Cognac. En tant que prestataire, il arrivait à la Capac d’embouteiller du liquide factice. Sauf que la qualité du produit fourni laissait parfois à désirer. Dans une recherche de diversification et de plus-value, Joël Monadier a l’idée de s’intéresser de plus près à la base liquide. Un projet est lancé en 2007, qui bénéficie d’une aide régionale. La R & D (recherche et développement) est confiée à un laboratoire. Le premier liquide factice commercialisé par Capac est un Rhum, expédié aux Etats-Unis. Depuis, le créneau se développe régulièrement au sein de l’entreprise. De 5 % de part d’activité en 2008, il en représente aujourd’hui 8 %. Les bouteilles factices collent bien à l’air du temps, qui privilégie une approche marketing de plus en plus visuelle, fondée sur la mise en scène des produits. Veut-on lancer une nouvelle qualité sur un marché phare ! On n’hésitera pas à concevoir une installation de 300 ou 400 bouteilles dans un bar branché de Shangaï ou de New York. Même chose dans le rayon du grand magasin. Au prix où coûte le Cognac, pas question d’utiliser de vraies bouteilles. Le factice entretien l’illusion à moindre coût, même s’il n’est pas gratuit. Le P-DG de Capac donne une fourchette de prix assez large : entre 5 et 15 €. Ce prix ne couvre par la bouteille et le bouchon mais seulement le liquide.

composition du « jus »

De quoi se compose un liquide factice ? L’eau distillée en constitue la matrice, le point de départ. Cette eau arrive par contenant de 50 hl vol. Elle est ensuite traitée, filtrée, pour obtenir un liquide totalement blanc et transparent. A Capac, on appelle ce liquide la « base factice ». A cette base va s’ajouter différents composants, pour apporter la couleur. C’est à l’œil que s’effectue la première approche colorielle. A la fin, on fera appel à un appareil de mesure colorimétrique, afin de vraiment ajuster le factice à l’original. Distinguer l’un de l’autre relèvera alors du prodige. Mystification assurée. Pour la réalisation d’un factice Cognac, il n’est pas rare de trouver une palette de cinq/six couleurs différentes. Selon les maisons, les tons s’étageront du doré au brun foncé en passant par les tonalités un peu rouges. Tout ceci est bien sûr couvert par le secret industriel. Capac confie la réalisation de ses « jus » à un prestataire de service, ingénieur en agro-alimentaire. Les fabrications s’effectuent à la demande. Stockées dans de petites cuves inox, elles portent généralement sur 500 litres, ce volume étant un peu considéré comme l’unité de base. Suivront ensuite les opérations classiques de tirage, bouchage, étiquetage. Une traçabilité totale accompagne la production de liquide factice. Date de fabrication, date de mise en bouteille… tout cela est dûment enregistré au terme d’une procédure HACCP. Même si le liquide factice n’a pas vocation à être bu et encore moins à être vendu, il bénéficie d’un certificat d’alimentarité, délivré après analyse. Sa DLUO (date limite d’utilisation optimale) s’élève à 18 mois. Cela ne signifie pas que le produit soit périmé à cette date. D’ailleurs, il arrive souvent que l’habillage se détériore le premier car les bouteilles factices sont souvent surexposées à la lumière. « Le liquide factice doit offrir une qualité irréprochable. Nous apportons beaucoup de soin à sa réalisation » note J. Monadier.

A ce jour, Capac trouve son équilibre dans l’addition de ses différents « métiers » : le conditionnement pour 60 % de l’activité, le liquide factice pour 8 %, la blanchisserie industrielle pour 14 %, assemblage et montage pour environ 12 %, une petite activité de câblage pour 5-6 %. C’est une stratégie délibérée de l’entreprise que d’avoir toujours misé sur la diversification. « Je me suis dit qu’il ne fallait pas mettre tous ses œufs dans le même panier. » Encore aujourd’hui et même si son entreprise, saine financièrement, a connu 15 ans de croissance ininterrompue, Joël Monadier reste en éveil. Il lui arrive même parfois de douter. « A terme, les plates-formes de distribution ne constituent-elles pas un risque pour l’activité de conditionnement dans la région délimitée ? »

A Capac, le poids des salaires représente 80 à 82 % du chiffre d’affaires. L’entreprise emploie 55 salariés dont 42 travailleurs handicapés (elle a commencé avec 5 salariés). Par définition, la main-d’œuvre est peu mobile même si la population est jeune (moyenne d’âge 36-37 ans). En 15 ans, le reclassement dans d’autres entreprises n’a concerné que trois personnes, alors même que l’insertion fait partie des missions essentielles de la structure. « Il ne faut pas rêver. A 95-98 % les gens restent chez nous. » Pour aborder l’avenir, Joël Monadier sait qu’il peut compter sur la fidélité de ses clients. Mais, comme tout bon entrepreneur, il est aussi en recherche permanente de nouveaux débouchés. Il compte sur le liquide factice pour l’y aider. Dans l’univers des spiritueux, liqueurs et cocktails sont les champions de la couleur. En laboratoire, Capac commence à travailler le sujet. Et puis il y a le monde du parfum. Prochainement, le chef d’entreprise cognaçais ira présenter son savoir-faire chez Dior. Dans la « vraie vie », Cognac et parfum ont toujours évolué de concert. Pourquoi pas au royaume de l’illusion.

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