Une projection dans l’avenir

11 mars 2009

Alors que, grâce à de bons résultats, la rémunération des adhérents s’est nettement améliorée en 2005-2006, la Coopérative des vignerons de l’île de Ré se penche sur la problématique des reprises d’exploitations. Un sujet sensible dans un territoire hautement convoité. Les élus sont partie prenante aux côtés des professionnels.

 

coop_r_opt.jpegFaire en sorte que la vigne, les pommes de terre, le sel, l’élevage restent des poumons de l’Ile ou se résigner à voir Ré la Blanche dériver doucement vers le tout immobilier du tourisme roi ? Ce conflit d’usage qui touche les vallées montagnardes comme les abords des grandes villes trouve un territoire d’expression exacerbé sur l’île de Ré. En ces temps de civilisation des loisirs, comment résister à la pression foncière, à la tentation de l’argent facile des locations saisonnières, aux convoitises des aspirants résidents ? L’île de Ré, ce précieux caillou jeté en plein Océan, à quelques encablures de La Rochelle est, aujourd’hui, trop bien dotée. Revers de la médaille : les exploitants agricoles qui restent ou qui souhaitent le devenir ont un mal de chien à trouver un bâtiment agricole ou, tout simplement, un toit pour se loger. Et pourtant, si l’île veut rester ce qu’elle est, c’est-à-dire un lieu vivant et non une carte postale, elle n’a pas le choix. Elle doit travailler à l’installation et à la reprise des exploitations. Sur les 6 000 ha que représente la superficie insulaire, les activités agricoles n’occupent déjà plus que 1 000 à 2 000 ha. La coopération l’a bien compris et, avec elle, les élus. Ensemble, ils ont enclenché une étude sur la situation agricole de l’île et les perspectives de reprise. Cet état des lieux réalisé par Jean Maugé* fait le pendant à un point d’étape réalisé dix ans plus tôt, en 1997. Le constat, c’est que les problèmes rencontrés par le passé demeurent. Ils n’ont pas été réglés, voire se sont aggravés. En 1979, l’île comptait 176 exploitations. Elle n’en compte plus que 67 (si l’on élimine les sauniers et les éleveurs de chevaux). En nombre d’exploitations, la diminution a été un peu plus forte sur le canton de Saint-Martin-de-Ré que sur le canton d’Ars. Par ailleurs, les deux systèmes d’exploitation dominants – exploitations viticoles spécialisées (comptant moins d’1 ha de pommes de terre) et exploitations mixtes vignes/pommes de terre – ont évolué un peu différemment. Sur les 33 exploitations viticoles – représentant l’emploi de 42 équivalents temps pleins et 316 ha de vignes soit 59 % du vignoble – 13 ont programmé une retraite dans les 5 ans. Parmi eux, beaucoup disent ignorer les conditions de la reprise. La moyenne d’âge de cette tranche de population est de 57 ans. Côté exploitations mixtes viticulture/PDT, au nombre de 19, les exploitants sont un peu plus jeunes – moyenne d’âge de 50 ans – et le système d’exploitation plus intensif, d’aucun dirait plus dynamique. En moyenne, chaque exploitation met en valeur 11,6 ha de vigne et 5,6 ha de pommes de terre. Sur l’ensemble du vignoble insulaire, qui représente 634 ha de vignes, les 12 exploitations de plus de 15 ha de vigne couvrent à elles seules 46 % du vignoble. Si on y ajoute les 10 exploitations possédant entre 10 et 15 ha, ces 22 exploitations contrôlent près de 60 % du vignoble. Dans son étude, Jean Maugé a relevé un élément assez paradoxal encore qu’assez facilement compréhensible. Plus les exploitants avancent en âge, plus leurs surfaces en vignes sont importantes. Les 19 exploitants se situant dans le créneau 55-65 ans plus les 2 ayant dépassé les 65 ans gèrent 193 ha de vignes soit un tiers du vignoble. « C’est tout l’enjeu de la reprise dans les dix prochaines années » a souligné le technicien qui ne souhaite pas non plus jouer les Cassandre. « Il faut considérer la capacité d’absorption de ces vignes par les gens en place. Des exploitations gérées par des gens jeunes sont susceptibles de s’agrandir. La question n’est pas dramatique même si elle est sérieuse. » Sondés sur les atouts principaux de l’agriculture rétaise, les exploitants sont 29 sur 49 à citer la coopération, pour la qualité de travail qu’elle procure. Bénéficier d’une clientèle sur place arrive en seconde position (23 sur 49). Parmi les handicaps, la difficulté de trouver des bâtiments d’exploitation figure en pôle position suivie… des lapins de garenne sur Sainte-Marie, un vrai fléau ainsi que les ronciers qui émaillent la campagne un peu partout, par manque d’entretien des propriétés.

l’épineuse question des bâtiments agricoles

« Louer des bâtiments au prix de marché est absolument incompatible avec la faculté contributive de l’agriculture rétaise » note le chargé d’étude. Alors, l’agriculture doit-elle se résigner à ne pas attirer de jeunes de l’extérieur et, dans le cadre familial, seuls les fils uniques seraient-ils en mesure d’exercer la reprise ? A la fin des années 90, les communes avaient commencé à construire des bâtiments pour les louer aux agriculteurs à des coûts équivalents à ceux du continent, ce qui revenait à consentir des aides directes élevées. A l’époque, l’Etat et Bruxelles avaient donné leur feu vert. Depuis, il semble que l’Europe soit revenue sur sa position, selon l’argument de concurrence déloyale et de dérogation au principe d’égalité entre les citoyens. « Les élus ne peuvent plus faire ce qu’ils veulent » confirme un maire. Quelle solution alors ? Jean-Jacques Enet, président de la Coopérative des vignerons, penche pour le schéma suivant : que la terre reste propriété de la commune ou de la communauté de communes et que l’agriculteur construise le bâtiment agricole à ses propres frais. La détention du sol permettra au moins de gérer les problèmes au moment du départ de l’agriculteur. C’est que des dérives, l’économie rétaise en connaît : bâtiments à vocation artisanale qui se transforme en résidence secondaire, éleveur autorisé à construire un bâtiment d’élevage et qui abandonne toute production cinq ans plus tard… De tels déboires rétrécissent la marge de manœuvre des élus. Pourtant Léon Gendre, conseiller général, président de la communauté de communes de l’île de Ré, maire de La Flotte, dit vouloir passer à la « surmultipliée ». « Nous cultivons des vignes depuis plusieurs siècles sur l’île de Ré. Personnellement, je suis prêt à tout faire pour relancer les installations car, sinon, ce sera la mort à coup sûr de l’agriculture dans l’île. Si le préfet nous sollicite pour édifier des logements sociaux, je suis prêt à bloquer un quota pour les agriculteurs. Et que l’on ne me parle pas de concurrence déloyale ! Il n’y a pas de distorsion de concurrence à installer des gens qui gagnent 1 500 € par mois et qui bossent toute l’année alors qu’un agent immobilier s’est fait 2 millions de commissions l’an dernier. Certains chiffres méritent d’être médités. Rien n’est inéluctable. Il faut garder espoir ! » En attendant, des agriculteurs sont confrontés à des situations de blocage. Tel celui-ci, cité par J.-J. Enet, le président de la coopérative. « A la dernière assemblée générale, il avait signalé ses difficultés à implanter un bâtiment agricole. Depuis, rien ne s’est passé. Mis à la porte jour après jour des bâtiments qu’il occupe, à 40 ans, il n’a rien pour loger son matériel. ll est déçu et inquiet et je le comprends. Administrateur à la Coopérative des vignerons, impliqué à la commission marketing pomme de terre, il préfère se retirer, ne se sentant pas soutenu dans son combat. J’espère que sa décision pourra avoir un effet favorable sur sa situation. »

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Léon Gendre.

 

Sur l’île de Ré comme sur le continent d’ailleurs, le vieillissement des vignes Ugni blanc représente un souci, sachant que la moitié du vignoble rétais (318 ha sur 634 ha) reste complantée en ce cépage. En 2005, le rendement moyen des vignes Ugni blanc fut de 92 hl vol./ha, ramené à 72 hl vol./ha en 2006. « Il faudrait renouveler 4 % du vignoble U.B. chaque année pour garder un outil en pleine production » a relevé Jérôme Poulard, le jeune conseiller viticole, bras droit de l’œnologue François Guilbeaud à la cave. « Sinon, des 72 hl ha de moyenne, on risque de descendre encore plus bas. »

La commercialisation satisfaisante de la récolte 2005 a occasionné une rémunération de la récolte des adhérents à hauteur de 3 millions d’€, en hausse de 18,50 % par rapport au précédent exercice. Ce retour à bonne fortune permet à la cave d’envisager plus sereinement les investissements : amélioration de l’accueil au cellier de Sainte-Marie, aménagement des horaires de visites, ouverture d’un site internet à partir du mois d’avril, réalisation d’une vidéo, plan marketing, réencépagement, introduction de nouvelles pratiques œnologiques (micro-oxygénation…), optimisation du chantier de récolte… A ce sujet, une expérience a été tentée lors de la dernière saison : les vendanges de nuit. Objectif : rentrer à la cave des raisins les plus frais possible, autour de 15 °C, alors qu’en septembre-octobre les températures diurnes frisent fréquemment les 30 °C. Des chantiers de nuit de 22 heures à 4 heures du matin furent organisés avec les huit machines tournant sur l’île, dont trois en entreprise. Ces vendanges nocturnes ont concerné la « mousse » et les vins de pays blancs tranquilles en début de récolte ainsi que les Merlot destinés aux rosés en fin de saison. L’œnologue est formel : « D’ores et déjà on peut dire que ces récoltes de nuit à températures basses donnent des vinifications d’une qualité nettement supérieure. Elles permettent notamment de bien mieux conserver tous les parfums et arômes. » A cet égard, on peut accorder raison à Jean-Jacques Hauselmann, le technicien du Syndicat des VPC quand il parle « du vin de pays comme d’un détonateur qualitatif dans le chai charentais ». Vous avez dit détonateur ! Certains Rétais se sont plaints de ces machines qui tournaient la nuit, surtout quand elles passaient trois fois de suite dans les mêmes communes. L’échelonnement des apports fut en effet la règle, sous la double contrainte de la limite de capacité du chai de réception et du suivi de la maturité des parcelles, qui occasionna un gros travail de sélection en amont. « C’est évident que nous avons des progrès à faire et nous nous organiserons pour gêner le moins possible les riverains » a promis J.-J. Enet. « Mais nos machines font-elles plus de bruit qu’une mobylette sans pot d’échappement ? »

Emu, Jean-Jacques Enet le fut quand, dans son rapport d’activité, il aborda le départ précipité de l’ancien directeur de la coopérative, Bernard Adam, en poste du 17 août 2005 au 13 novembre 2006. « L’année que nous venons de vivre aurait pu déstabiliser notre coopérative mais la compétence et la polyvalence des responsables a permis de sortir dignement des différentes épreuves. Chacun savait ce qu’il avait à faire. Je n’ai pas constaté de désordre dans l’organisation de notre structure. » Pour expliquer les raisons du passage éclair de l’ex-directeur, le président de la coopérative a évoqué « des lacunes en matière de gestion d’entreprise, de gestion du personnel ainsi qu’une multitude d’incompétences ». Christophe Barthère, ancien responsable administratif de la coopérative, assure dorénavant les fonctions de directeur.

* Chargé de mission aménagement à la chambre d’agriculture 17 à La Rochelle.

Sur la récolte 2005 (exercice 2005-2006), la Coopérative des vignerons de l’ile de Ré a produit 45 000 hl de moûts. Ce volume s’est partagé entre les vins de pays rouge, rosé et blanc pour près de 8 000 hl vol., les moûts Pineau rosé et blanc pour 1 422 hl vol., les jus de raisin pour 5 500 hl vol. De son côté, la production de Cognac, de 2 600 hl AP, s’est traduite par la distillation de 23 000 hl vol. Le chiffre d’affaires 2005-2006 s’élève à 6,5 millions d’euros, en hausse significative. Le président de la coopérative, Jean-Jacques Enet, a souligné ce bon résultat. « Après un exercice 2004-2005 médiocre, pour ne pas dire mauvais, la situation économique s’est nettement améliorée puisque nos ventes de produits finis progressent de 713 000 euros, soit + 11,52 % par rapport à l’exercice précédent. » Ces ventes détail, en bouteilles et cubitainers, représentent 73 % du chiffre d’affaires de la cave. Les ventes aux particuliers augmentent de près de 14 % et les autres clients progressent d’environ 6 %. Une mention spéciale est décernée au rosé qui, avec une hausse de 10,13 %, représente 46 % des ventes de vins de pays. Sur l’exercice 2005-2006, la cave en a écoulé 3 143 hl en bouteilles soit 422 800 cols, ce qui, sur une année, représente la vente journalière de 1 158 bouteilles. Le président a noté que le rosé des Dunes représentait 14 % des rosés labellisés de la région, « soit une bouteille sur sept et ça augmente encore » s’est-il réjoui. Comme les autres opérateurs régionaux, la coopérative de l’île de Ré commence à profiter des bons scores du Cognac. Dans le chiffre d’affaires grossistes (27 % du total), la part du Cognac a représenté en 2005-2006 1,4 million d’€ entre les opérations avec la maison Camus et celles avec le courtier de la cave. Afin de pouvoir commercialiser des volumes en vieux comptes, le conseil d’administration a décidé de laisser « monter » chaque année au moins 500 hl AP jusqu’au compte 10. Il faut dire que, des récoltes 1996 à 2002, la coopérative a fait table rase en vidant ses chais. Avec la récolte 2005, son stock total peine à atteindre 9 000 hl AP entre 5 300 hl AP de comptes jeunes et un reliquat de 3 700 hl de compte 10. C’est ce stock que la coopérative va s’employer à reconstituer.

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