« Dans le sens de l’histoire »

22 février 2009

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Philippe Guélin et Christophe Forget.

Président du comité de pilotage qui va gérer la communication autour de l’affectation parcellaire jusqu’à sa mise en place, Philippe Guélin défend un projet qui lui paraît incontournable pour la région. Christophe Forget, membre du conseil d’administration du SGV, apporte la vision de la jeune génération. Propos croisés.

 

 

Un vignoble = un produit – Philippe Guélin, Christophe Forget – « Si le SGV a fait le choix de soutenir l’affectation parcellaire, ce n’est pas par idéologie mais par raison. A travers l’affectation parcellaire, nous défendons une vision à long terme, durable, de notre métier. L’affectation parcellaire s’inscrit dans le sens de l’histoire. Elle rentre dans le schéma que la nouvelle OCM est en train d’écrire. A l’intérieur de bassins de production autogérés, les opérateurs seront responsables de leur devenir. S’ils décident de mettre un million d’hl aux jus de raisin, 1,2 million d’hl aux vins de base mousseux, 6 millions d’hl au Cognac, ils pourront le faire mais à condition de se débrouiller pour les vendre. Il ne faudra pas attendre des petits copains un coup de pouce pour financer les éventuels excédents. Le fonctionnement d’un tel système reposera sur une identification nette des productions : un vignoble = un produit. Le chevauchement des productions devient caduc. L’avenir est à la transparence : dire ce que l’on fait et faire ce que l’on dit. Si nous voulons avoir notre place dans l’économie mondiale, nous devrons en passer par là. »

Les dangers de l’empilement – « Qui dit empilement dit, quelque part, dérégulation. Si l’on acceptait de mettre des jus de raisin au-dessus du Cognac, qu’est-ce qui empêcherait, demain, de mettre 100 hl de vin pour faire du brandy. Cela relève de la même démarche. Est-ce que la région est prête à courir ce risque ? »

Le Cognac AOP – « Dans son projet de réforme de l’OCM vin, la commission prévoit de segmenter la production viticole en deux grandes familles, les produits sans IG (indication géographique) et avec IG. La seconde catégorie se subdiviserait entre produits sous IGP (indication géographique de provenance) et produits sous AOP (appellation d’origine protégée). A l’évidence, le Cognac a vocation à se situer dans la catégorie des AOP, étant déjà un produit d’AOC. Le seul hic, c’est que notre décret d’appellation remonte à 1936 et qu’il n’a pas évolué depuis. Dès l’origine du décret, le contrôle des conditions de production à la vigne – consubstantiel de l’agrément et donc de l’appellation – faisait partie des points initiaux à mettre en conformité. En 70 ans, nous n’avons rien fait. Aujourd’hui l’affectation parcellaire nous conduit à procéder à cette mise à niveau. C’est une bonne chose, indispensable si l’on veut que le Cognac reste solidement ancré dans l’univers des appellations. Pour protéger le nom Cognac, l’AOC représente un outil juridique très efficace à l’international. C’est également un atout commercial. Les marques de Cognac ne seraient pas aussi fortes si elles ne bénéficiaient pas de la caution de l’appellation. Lorsque la commission d’enquête INAO est venue en Charentes pour réviser le décret, notre rôle en tant que professionnels fut de s’assurer que la refonte du décret n’entraînerait pas de contraintes supplémentaires pour le viticulteur. Nombre de pieds/ha, nombre d’yeux/ha, degré du Cognac… aucune de ces dispositions n’est de nature à poser problème. La sélection qualitative exercée par les maisons de négoce s’avère autrement plus restrictive. Il convient de dédramatiser notre relation avec l’INAO ! Si, dans son fonctionnement, l’INAO doit impérativement bouger pour gagner en réactivité, ce n’est pas le carcan que d’aucuns se complaisent à dépeindre. Basée sur une représentation professionnelle, l’INAO est ce que l’on veut bien en faire. Une région unie derrière un dossier n’a aucun mal à pousser ses pions, voir l’exemple de la Champagne de Reims avec ses kg de raisins, en progression régulière. Même chose à Cognac. Alors que les autres vignobles sont à 60 hl/ha, le projet de décret Cognac retient le double – 120 hl/ha – comme rendement de base correspondant à un objectif qualitatif, parce que nous fonctionnons à l’inverse des autres régions. De par le processus d’estérification des arômes, nous avons besoin d’un rendement plus élevé. »

Rentabilité des ha « autres »
– « La fluctuation des marchés, le caractère cyclique du Cognac nous oblige à “conserver une poire pour la soif”, en d’autres termes une pluricité des débouchés. Notre responsabilité serait engagée si nous ne nous en préoccupions pas. Car les marchés qui partiront, nous ne les retrouverons plus. Rater la marche de l’affectation ferait courir le risque de se retrouver avec un vignoble réduit à la portion congrue : Cognac, Pineau, un peu de vin de pays. Les hectares virtuels, c’est fini, bien fini. De surplus, le plan d’adaptation, qui devait toucher 15 000 ha, n’en aura concerné au final que 7 500 ha. Pour autant, ces débouchés “autres” doivent être attractifs, c’est-à-dire se rapprocher le plus possible du revenu du Cognac. Sur les marchés dits “industriels” – vins de base mousseux, jus de raisins – alimentés par des vins sans IG, il paraît difficile de compter sur la composante prix. C’est pourquoi l’on s’achemine de plus en plus vers un déplafonnement des rendements. Aujourd’hui, un “haut rendement” de 200 hl/ha (130 hl de vin plus 70 hl de non-vin) semble obsolète. Le bon sens conduit d’aller vers ce que la plante est capable de produire physiologiquement. C’est au prix de très hauts rendements de 300 à 350 hl/ha que l’on pourra espérer faire quasi jeu égal avec le Cognac. N’ayons pas de tabous. C’est de ça dont nous parlons aujourd’hui. C’est d’ailleurs ce dont parle le ministre de l’Agriculture : “Si vous nous apportez la preuve que vous pourrez écouler sans problème votre production, les rendements déplafonnés iront de pair.” »

L’enjeu de la première année d’affectation
– « C’est une idée communément admise de dire que la première année d’affectation sera l’année de tous les dangers. Sans doute est-ce vrai. Pour donner aux viticulteurs charentais l’opportunité de dégager des volumes pour affecter des surfaces à autre chose qu’au Cognac, il faudra bien leur proposer un rendement Cognac suffisamment élevé. Mais, ce faisant, on prend le risque d’encourager les affairistes, qui verront là l’occasion de maximaliser leur profit sur le Cognac. Tout phénomène qui disparaîtra l’année suivante, où les rendements se caleront sur les réalisations antérieures. Mais la première année d’affectation, en l’absence d’historique, c’est sûr que l’on ouvre la boîte de Pandore. Comment faire autrement ? C’est un peu l’histoire de l’œuf et de la poule. La réussite de l’affectation dépendra de la qualité du partenariat initié entre tous les acteurs économiques, viticulteurs, opérateurs vins, négociants Cognac. Car, pour que l’affectation fonctionne, même les négociants Cognac devront jouer le jeu, s’ils veulent défendre le système de vignobles séparés et tout ce qui va avec. Au sein du CIMVC (Comité interprofessionnel des moûts et vins du bassin viticole des Charentes), nous sommes en train de travailler sur des outils qui permettront d’obtenir des engagements des négociants en vins et moûts. Notre bassin viticole, connu pour ses produits à forte acidité issus d’un même cépage à 95 %, intéresse les opérateurs. C’est sur la base d’une contractualisation que les viticulteurs pourront réaliser de très hauts rendements, à hauteur de 300 hl et plus. A ce moment-là, rien ne les empêchera d’affecter un petit pourcentage de leur vignoble à autre chose qu’au Cognac. Et si le bon sens n’y suffisait pas, le principe de réalité pourrait les y conduire. A trop affecter au Cognac sans les débouchés en face, des besoins de trésorerie se feraient sentir très vite, sans parler des banques qui ne suivraient pas. »

La campagne de communication – « Une plaquette d’information est arrivée chez les viticulteurs fin décembre. Elle vise à présenter les grandes lignes de l’affectation, à répondre aux principales interrogations. Une Foire aux questions (FAQ) relayera cette initiative sur un site Internet dédié (www.schemadavenir.fr). Après cette première publication, devraient suivre au moins trois autres lettres d’information en 2007, dont certains se feront probablement l’écho d’échéances importantes, comme l’adoption de la nouvelle mouture du décret Cognac par le Comité national de l’INAO. Durant cette période, il nous faudra communiquer sur des éléments concrets, économiques. Ce sera aussi l’objet des réunions d’information qui se tiendront l’année prochaine, animées par tous les acteurs du projet.”

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