« Une Source d’Informations »

22 mars 2009

Le 25 novembre 2008, Christophe Forget a été élu président du SGV Cognac, pour un mandat de trois ans. Dans l’exercice de ses nouvelles fonctions, cet homme discret, déjà secrétaire général du Syndicat général des vignerons, va devoir « briser l’armure ». Mais la réserve n’empêche pas d’être entendu, surtout quand, comme Christophe Forget, on étaie son jugement à la connaissance des faits.

« Le Paysan Vigneron » – Le poste de secrétaire général vous laissait-il le choix de ne pas devenir président ?

forget_opt.jpegChristophe Forget – Je ne sais pas mais plusieurs secrétaires généraux du SGV, Yves Dubiny, Français Méry, ne sont pas devenus présidents. Je n’ai jamais eu de plan de carrière, ni avant ni maintenant d’ailleurs. Mais je ne regrette pas d’avoir accepté cette responsabilité. La maison du SGV est tellement belle et intéressante. J’ai envie de m’y investir à fond.

« L.P.V. » – Comment devient-on responsable syndical ?

Ch.F. – Pour moi tout est parti du besoin d’avoir un accès direct à l’information. A titre d’anecdote, je me souviens très bien du fait déclencheur. Frais installé sur l’exploitation, je m’étais entendu dire : « Si tu fais des vins de table, tu ne pourras pas revenir au Cognac ! » J’ai voulu vérifier par moi-même et je me suis adressé au SGV, à l’époque syndicat unique. D’adhérent je suis devenu délégué, puis ensuite administrateur. Je ne veux pas dire qu’on grimpe malgré soi mais presque. Un syndicat de filière comme le SGV donne l’impression de pouvoir, même modestement, imprimer sa patte en région. Rien de tel avec un syndicat généraliste. Sur des dossiers comme la PAC ou autres, vous n’avez pas le sentiment de disposer des mêmes leviers. L’action syndicale est très enrichissante. Je plains presque le viticulteur seul dans sa vigne du matin au soir, sans accès direct à l’information ni implication syndicale. Aujourd’hui, ça me manquerait.

« L.P.V. » – Vous dites devoir lutter contre une certaine réserve.

Ch.F. – C’est vrai que je ne suis pas d’un tempérament à me mettre particulièrement en avant. D’une certaine façon, il va falloir se faire violence pour « briser l’armure ». Ceci étant, une certaine réserve n’est pas toujours mauvaise conseillère. Parfois elle permet de mieux maîtriser sa communication. Et puis je vais m’appuyer sur les administrateurs. Un président ne peut pas être omniprésent. Les administrateurs qui ont des dossiers de prédilection les garderont. Ils resteront référents dans leurs domaines.

« L.P.V. » – La région viticole ne recèle plus de secrets pour vous.

Ch.F. – Je n’irai pas jusque-là. La densité des liens tissés entre viticulture et négoce, les pratiques contractuelles nombreuses et variées me semblent toujours complexes à appréhender. Je ne suis pas sûr d’en maîtriser toutes les arcanes. Je porte encore un regard un peu neuf sur le monde viticole. Cela présente sans doute un certain intérêt mais, honnêtement, je le vis plutôt comme un handicap. Quand je vois la connaissance intime de la région qu’ont su développer des gens comme Jean-Bernard de Larquier ou Philippe Boujut, je ne peux pas m’empêcher de ressentir un léger complexe d’infériorité. A moi d’en faire une force pour avancer.

« L.P.V. » – A quoi sert le syndicalisme viticole ?

Ch.F. – Etre syndicaliste, c’est faire progresser ses idées, c’est aussi tenter d’influencer le cours des choses pour améliorer le revenu de la viticulture. Je ne dirais pas « partager les fruits de la croissance » mais presque. Cette valorisation de la production a toujours constitué le cheval de bataille du SGV. Si la période semble plus facile aujourd’hui, elle porte son lot de précarité. Je pense que les circonstances vont donner raison au principe d’affectation. Le seul tort du SGV fut peut-être d’avoir raison trop tôt.

« L.P.V. » – Quelles relations le syndicat entretient-il avec le négoce de Cognac ?

Ch.F. – Dans le passé comme aujourd’hui nous souhaitons travailler dans le sens de la construction, restaurer les liens de confiance pour mieux discuter. Depuis deux ou trois ans déjà, nous rencontrons individuellement les représentants du négoce. Ce type de relation permet sans doute de se dire des choses que l’on ne se dirait pas autrement.

« L.P.V. » – Par rapport à la FVPC, quel rôle vont jouer les syndicats ?

Ch.F. – Sans être une coquille vide, la fédération ne vivra que parce que les syndicats seront vivants. Les syndicats ne se dilueront pas dans le FVPC mais auront à porter leur vision sur des thèmes aussi importants que le rendement, le projet de libéralisation des droits de plantation, la problématique de l’emploi, l’environnement… Nous allons réunir nos délégués du SGV et solliciter leur avis autant, voire plus que par le passé.

« L.P.V. » – La structure du syndicat ne change pas.

Ch.F. – Suite au départ d’Aurélie Pujol, le syndicat a lancé une procédure de recrutement qui vient d’aboutir. Nous recherchions une personne capable d’analyser les statistiques de marché, pour réaliser une veille économique et conseiller les adhérents. Un syndicat viticole n’est pas forcément armé pour décrypter les données de marché. Le syndicat doit vraiment devenir une source d’information. Dans certains cas, les viticulteurs préfèrent se tourner vers leur syndicat plutôt que vers d’autres sources. Ils ont moins de mal à poser des questions jugées un peu embarrassantes. En tout cas, nous avons ce genre de retours de nos membres.

« L.P.V. » – D’où le SGV tire-t-il ses subsides ?

Ch.F. – Ce sont les adhérents qui alimentent en grande partie le budget du syndicat. Un appui financier provient aussi des Conseils généraux et de la Région. Notons toutefois que ces financements ne s’obtiennent pas en « claquant des doigts ». C’est vrai que ces subsides sont très importants pour nous mais, en contrepartie, preuve doit être apportée de tout un travail réalisé sur les dossiers. C’est aussi l’indépendance d’esprit manifestée par le syndicat qui lui vaut d’être soutenu par les collectivités territoriales.

« L.P.V. » – A votre avis, la fédération ne préfigure-t-elle pas un syndicat unique ?

Ch.F. – Un jour peut-être verrons-nous renaître un syndicat unique mais les esprits ne semblent pas prêts à voir se rassembler toute la famille de la viticulture. Ce serait un peu prématuré.

« L.P.V. » – Quelles relations entretenez-vous avec le SVBC ?

Ch.F. – Le nouveau président m’a appelé aussitôt après son élection. Il paraît être quelqu’un de très ouvert. Des connotations électoralistes ne furent sans doute pas absentes des réactions un peu débridées qui se sont manifestées lors du scrutin à l’ADG Cognac. La tension est retombée. Je crois que nous allons pouvoir travailler en bonne intelligence.

« L.P.V. » – La relative contre-performance du SGV à l’élection à l’ADG a-t-elle suscité de l’amertume au sein du syndicat ?

Ch.F. – Les raisons de cette contre-performance sont connues. Le SGV a positionné des candidats sur l’ensemble de la région délimitée. Si nous avions concentré les candidats Fins Bois sur la zone Matha-Rouillac en oubliant les autres zones, les résultats auraient sans doute été significativement différents. Mais c’est toute l’histoire du SGV que d’être présent partout, sans distinction.

« L.P.V. » – Votre mandat de président, vous l’envisagez comment ?

Ch.F. – Je vous ai dit que je n’avais pas de plan de carrière. Qui plus est, le syndicat a procédé à la rénovation de ses statuts. Le mandat de président se limite à une période de trois ans non renouvelable. Et tous les ans, à l’issue de l’assemblée générale, le président pourra être remis en cause par le conseil d’administration. En tout cas, il y aura un vote de confiance du conseil pour appuyer ou infléchir sa politique. Je voudrais insister aussi sur le renouvellement du bureau du syndicat, dont la moyenne d’âge, grosso modo, ne dépasse pas 40 ans.

Agé de 37 ans, Christophe Forget est agriculteur à Allas-Champagne, dans le canton d’Archiac. L’exploitation compte 20 ha de vignes et 30 ha de céréales. Ch. Forget s’est installé en 1999, « au milieu des années noires ». Passion du métier et « atavisme familial » ont rattrapé celui qui avait fait une licence de droit à Poitiers. « Je ne le regrette pas » témoigne le viticulteur. Christophe Forget fut secrétaire général du SGV de juin 2007 à novembre 2008.

SGV Cognac
Composition Du Bureau Au 25-11-08

Président : Christophe Forget
Vice-président Grande Champagne : Patrick Brisset
Vice-président Petite Champagne : Jean-Paul Barbut
Vice-président Borderies : Marie-Laure Saint-Martin
Vice-président Fins Bois : Eric Gauche
Vice-président Bons Bois et Bois Ordinaires : Jean-Christophe Baraud
Secrétaire général : Xavier Desouche
Secrétaire général adjoint : Jean-Philippe Ardouin
Trésorier : Jean-Philippe Painturaud
Trésorier adjoint : Christophe Turpeau

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