Tra@cer sa voie

10 mars 2009

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A l’heure de l’agriculture « tracée* » et des outils qui vont avec, le Centre d’économie rurale propose à l’adhérent de « tracer sa route », en réfléchissant au sens du métier. Ce fut l’objet de l’asemblée générale du CER Charente le 9 janvier dernier.

Trouver sa place ? Cette interrogation dépasse de loin le cadre agricole. C’est l’ensemble de la population qui se la pose. Mais les agriculteurs se sentent particulièrement exposés. N’ont-ils pas la responsabilité de la sécurité alimentaire. La crise de l’ESB est venue le leur rappeler de manière brutale. Avec l’évolution de la PAC, ils se sentent aux portes de la mondialisation. Ils ont le sentiment de manquer de liberté décisionnelle. « On a perdu notre liberté » entend-on souvent. S’y associent l’idée d’une perte de sécurité économique – « que va-t-on vendre demain, à quel prix ? » – et une perte de reconnaissance sociale. Au final, cela aboutit à une « perte des repères », sur fond de ruptures et de changements. Marie-Luce Spanjers, la présidente du CER 16, fait partie du réseau national CER en tant qu’administratrice. Elle s’est investie dans le groupe de veille économique. Les administrateurs sont arrivés au constat suivant : « les agriculteurs remettent en doute leur métier, ils ne se sentent pas bien, ils manquent de confiance dans l’avenir. » Les réflexions que les adhérents du CER 16 ont été invités à formuler en vue de l’assemblée générale dégagent la même coloration, celle d’une profession déstabilisée (voir citations page 38).

La fin du mythe du progrès

« Des évolutions majeures ont marqué le XXe siècle, relève M.-L. Spanjers : la fin du mythe du progrès d’abord, qui a conduit à considérer comme dangereux ce qui était perçu comme une avancée,
l’amiante, le nucléaire… Face à ces peurs, la société a alors développé le “tout sécurité”, manifesté par la traçabilité ou la certification. Il convient de rassurer le consommateur et le citoyen. » « La fonction nourricière caractérise toujours notre métier » a rappelé la présidente du CER 16. « L’agriculteur est toujours le travailleur de la terre et du vivant. Le sens profond du métier n’a pas bougé. » Sauf que la notion de qualité a dépassé celle de quantité. « Le consommateur veut trouver du plaisir dans l’alimentation. » Question adjacente : qu’est-ce qui peut le rassurer ? Le retour aux racines fait certainement partie des signaux positifs. Voir le succès d’une plaque de beurre montrant la fabrication à la baratte, procédé abandonné depuis longtemps mais dont la trace reste dans les esprits. La différenciation des gammes de produits représente une autre manière de capter de la valeur ajoutée. On n’épiloguera pas sur la segmentation de l’offre des pommes de terre en linéaire, du poisson ou de la viande. Cette évolution s’accompagne d’une diminution des prix des produits non différenciés. D’où une remise en cause profonde des exploitations, dont il faut être conscient. Au plan macro-économique, on assisterait « à la fin de l’Etat gestionnaire » et à une baisse des filets de sécurité européens. Les aides deviendraient la contrepartie de produits « tracés ». Sans traçabilité, pas d’aides et pas d’accès au marché. Dans ce contexte, la relation client/fournisseur a tendance à devenir prépondérante et « cette relation passera par la contractualisation » diagnostique le réseau national du CER. Mise en place de cahiers des charges filières, signature de contrats « que l’on est libre d’accepter ou de refuser »… L’adaptation est à chaque coin de rue (ou de parcelle) mais le métier d’agriculteur n’a-t-il pas toujours été pétri de ces évolutions ? L’arrivée des tracteurs n’a sans doute pas été une mince affaire. Ce qui change aujourd’hui, c’est peut-être le sentiment d’une certaine rupture et la perte des repères. « Le métier s’ouvre et il est en mouvement. » La communication avec l’environnement revêt une nouvelle dimension. Nouer des alliances, savoir négocier, s’inscrire comme « co-auteur » d’un projet… telles sont quelques-unes des manifestations de ces comportements d’un nouveau style. « Le sens de votre métier se liera dans le regard de l’autre » assure la présidente du CER 16. L’idéal selon elle : pouvoir concilier projet personnel et projet d’entreprise car c’est de la passion que naît le sens du métier ; être soi-même et rendre service à l’autre ; que le projet nourrisse le contrat et non l’inverse. A ces conditions, Marie-Luce Spanjers l’affirme : « notre métier est fécond. »

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