L’impact de la Reprise Du Cognac

11 mars 2009

S’adapter sans se renier, profiter des opportunités tout en ménageant le futur ! C’est le défi que la reprise du Cognac pose à tous, caves particulières comme caves coopératives. Une réactivité que la coopérative du Liboreau se doit de conjuguer au présent. En 2006, la coopérative du Liboreau, à Siecq, aura pratiquement consacré la moitié des volumes de ses apporteurs totaux à la destination Cognac, un pourcentage qui évolue à la hausse depuis trois ou quatre ans déjà. Sur la même période, les vins de pays auront également progressé en valeur, avec l’arrivée en production des cépages « autres ». A noter cependant que ces quantités semblent atteindre leur niveau d’étiage sur la récolte 2006. L’effet d’accordéon touche principalement les vins de table et les produits « autres » – jus de raisin, D.O. Une situation qui se retrouve d’ailleurs un peu partout dans la région.

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A droite, Jean-Yves Marilheau : « La part de la vinification à façon progresse régulièrement. »

Avec une production annuelle d’environ 30 000 hl vol., la cave coopérative fait déjà partie des gros bateaux – l’équivalent de 250-300 ha de vignes – qui ne virent pas de bord aussi facilement. Pourtant, pour rester dans la course, ses dirigeants sont bien obligés de négocier des virements de cap. Cet art de la navigation, Jean-Yves Marilheau, le président de la cave, le pratique avec son conseil d’administration et le directeur Henk Alfering. Depuis plusieurs années déjà la cave propose de vinifier à façon les récoltes de non-adhérents. En 2006, les « reprises grandes maisons » ont concerné 728 hl AP contre 461 hl AP produits par la cave sous sa propre bannière. Cette part de la vinfication à façon progresse régulièrement, d’environ 11 % l’an. Certes, comparée à l’apport coopératif classique, cette prestation de service ne dégage pas la même marge mais elle permet de maintenir l’activité du chai et de composer avec le départ de certains adhérents. Lors de l’assemblée générale de la cave du Liboreau, le 23 janvier dernier, Jean-Yves Marilleau a lancé un appel du pied aux viticulteurs à « portée de remorques », potentiellement intéressés par de la vinification à façon. « Malgré les besoins importants du négoce, il semblerait que des viticulteurs soient tenus à l’écart de cette reprise pour cause de surface trop faible ou de qualité insuffisante des vins. Si dans un rayon de 20 km autour de la cave, vous avez connaissance de telles situations, vous devez nous faire remonter l’information. Nous contacterons ces personnes. Il est inadmissible qu’un viticulteur n’ait plus accès au marché du Cognac et voit son produit/ha divisé par trois et ce à quelques kilomètres d’une structure qui peut l’accueillir. »

En ce qui concerne sa propre fabrication de Cognac, la coopérative s’emploie peu à peu à augmenter la rémunération servie aux adhérents sur les vins blancs Cognac. Un rattrapage particulièrement net se manifeste sur les quatre dernières récoltes, de l’ordre de 50 €/hl AP et par an. La récolte 2005 se soldera à 100 % des prévisions et la valorisation de la récolte 2006, de l’ordre de 4,5 € le ° hl se rapprochera en fait des 5 € le ° hl si l’on y ajoute les frais de vinification. Ce niveau de paiement fait quasi jeu égal avec les prix des vins Cognac du second marché. « Si nos délais de paiement, basés sur la mensualisation, sont plus longs, la coopération offre tout de même un certain confort de travail et une qualité de vie dont les coopérateurs ne parlent pas assez » estime le président de la cave. La situation de la coopérative « au cœur des Fins Bois », la qualité de ses outils et le partenariat avec le négoce qu’elle a su tisser et entretenir lui semblent de bon augure pour la suite. « Votre cave va bénéficier de l’embellie du Cognac en écoulant des eaux-de-vie à des prix bien supérieurs aux valorisations du bilan. Les conséquences en seront très positives sur le résultat. Plus ou moins directement, nous en profiterons tous. Nous poursuivons nos relations commerciales avec une grande maison de Cognac, par l’intermédiaire de la distillerie du village. Ces contrats sont établis sous la bannière collective “Cave du Liboreau”, ce qui nous semblait être la condition sine qua non. » A souhaiter maintenant que les ha ne viennent pas à manquer. Le président n’a pas cherché à masquer le départ, depuis deux ans, de certains adhérents vers le grand négoce. Il ne se leurre pas non plus sur l’arrivée à l’âge de la retraite de certains coopérateurs. « C’est quelque chose que nous avons commencé à évaluer. Nous devons cerner le phénomène pour savoir quelles dispositions prendre derrière. »

pineau vrac : vers un raffermissement des cours

Si la coopérative reste toujours prudente et circonspecte à l’égard du Pineau vrac, les cours amorcent un raffermissement. Alors que l’hl vol. de Pineau se négociait encore à 152 € il y a deux mois et demi – un cours indigent aux yeux des viticulteurs – des transactions se sont réalisées récemment à 183 € l’hl vol. et les producteurs réclament que l’on atteigne très vite le cap des 200 €. Joue indéniablement en leur faveur la faible fabrication 2006 de 93 000 hl vol. ainsi que la trésorerie dégagée avec le Cognac. Aujourd’hui, des producteurs en position de pouvoir attendre disent ne pas vouloir « lâcher » à perte des lots de Pineau. « Dans les conditions actuelles, il est plus rentable pour nous de vendre des eaux-de-vie voire des eaux-de-vie de mutage destinées au Pineau. » En contrepoint, un « projet de filière » a été évoqué lors des réunions de secteurs du Syndicat des producteurs de Pineau, courant février.

stabilité des vins de pays charentais

Vins de table et de pays ne bénéficient pas des mêmes ressorts. Les stocks de reports, importants en fin de campagne, « plombent » les prix de la campagne en cours, notamment ceux du vrac dont la cave du Liboreau s’avoue encore majoritairement dépendante. La cave a eu la satisfaction de voir ses ventes progresser sur un gros client. Sinon, c’est la stabilité qui l’emporte. Et parfois, cette stabilité fait figure de petite victoire, comme celle constatée au magasin. Face à une concurrence locale plus soutenue, une baisse de la consommation d’alcool et à un flux de circulation moins dense sur l’axe Angoulême-La Rochelle (dévié vers Cognac-Saintes), le maintien des ventes au magasin frôle la performance. Le vrac détail occasionne 6 % du chiffre d’affaires de la cave et les produits embouteillés hors export 13 % en 2005-2006. Les ventes export, sur lesquelles la cave fondait des espoirs, s’avèrent difficiles. Sujet de satisfaction tout de même : un petit marché vers les pays de l’Est a été renouvelé et les « coups de sonde » se poursuivent, aux Etats-Unis notamment. Ces ventes export (vrac et conditionnées) ont tout de même représenté sur le dernier exercice 22 % du chiffre d’affaires (d’un montant total d’1,4 million d’€). Si les résultats engrangés sur les vins de table et de pays ne sont pas « fulgurants », la cave du Liboreau espère au moins avoir « touché le fond ». Réflexion mi-figue mi-raisin du président : « Tout le monde n’arrache pas ses vins de pays. Certains continuent d’y croire. » Cette tonalité en demi-teinte marqua d’ailleurs toute l’assemblée générale, qui oscilla entre pessimisme contenu, réalisme de bon aloi et optimisme modéré.

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