Aider les vignes à surmonter les conséquences de la grêle

7 mars 2019

Constance Demaille ( stagiaire )

Faciliter la reconstruction du cycle végétatif, une stratégie «payante»

 

 Les traumatismes engendrés par des sinistres de grêle d’une intensité de  80 à 100 % vont-ils avoir des conséquences pendant plusieurs années ? Les soins apportés l’année du sinistre et durant le cycle végétatif suivant sont-ils en mesure d’aider les souches à se rétablir plus rapidement ? Beaucoup de viticulteurs s’interrogent à ces sujets. Pascal Forgerit après la grêle de 2014 a aussi  cherché à s’entourer de conseils pour «aider» ses vignes à repartir dans les meilleures conditions. Il a mis en place une stratégie d’entretien globale qui a porté ses fruits.

Le 8 juin 2014 est une date qui restera gravée pour toujours dans la mémoire de Pascal Forgerit. En 20 minutes les 40 ha de vignes qu’il exploite autour de Réparsac ont été presque totalement détruits par un orage d’une puissance rare. Face à un tel désastre, 30 ha de ravagé à 100 % et 10 ha autour de 70 %, ce viticulteur et aussi pépiniériste viticole après une phase désarroi, s’est dit qu’il fallait tenter quelque chose pour aider les vignes à repartir.

           

Après une grêle assez précoce, stimuler le redémarrage de la vigne est intéressant

 

            Dès le lendemain du sinistre, il a pris des contacts avec plusieurs viticulteurs de la région et d’ailleurs qui avaient vécu des situations identiques. Le fruit de ces échanges a débouché sur plusieurs réflexions sur l’intérêt de stimuler le redémarrage de la vigne : « Après une grêle intervenant avant la floraison, les vignes mêmes profondément ravagées ont encore le temps de reconstituer un volume de végétation fonctionnel avant la fin du cycle végétatif. Ensuite, le fait d’essayer de les soigner le possible durant cette phase de développement secondaire plus tardive s’avère essentiel vis-à-vis du potentiel de bois de taille de l’hiver suivant. Enfin, dans les situations de dégâts très élevés, la pratique d’une taille en vert est une expérience positive qui favorise la sortie de rameaux et de sarments de meilleure qualité ».

 

Une taille en vert qui a nécessité 20 heures/ha

 

            Le vignoble de cette propriété établi en vignes larges (à 3 m) hautes palissées est taillé en guyot double (à plat ou en arcure) est implanté sur des terres de pays bas profondes qui confèrent une bonne vigueur aux parcelles. Dans les deux jours suivant la grêle, P Forgerit a décidé de tailler en vert les 30 ha grêlés à 100 % et de laisser en l’état les 10 ha les moins touchés : « Comme les travaux au niveau de la pépinière se terminaient juste, une équipe de 10 personnes était en mesure de pouvoir effectuer la taille en vert rapidement. On a laissé de chaque côté et au plus des troncs 4 à 5 coursons (coupés à 3 à 4 cm de long) et le reste de la végétation a été enlevé. Le but de cette retaille était de favoriser le redémarrage de rameaux dans la partie centrale des ceps. Dans les arcures, les coursons étaient laissés dans la partie montante des bois. Les 30 ha ont été retaillés en une grosse semaine. En moyenne, cette intervention a nécessité 20 heures/ha. Chaque soir j’appliquais sur les bois restants un traitement localisé à base d’un mélange folpel-cuivre à faible concentration. L’objectif de cette application était en quelque sorte de cicatriser les plaies de taille des rameaux verts retaillés. Le travail a été réalisé avec des sécateurs manuels de type felco dont les lames étaient rongées par la sève au bout d’une semaine »

 

Un retard de végétation au départ qui s’est lissé au cours de la saison

 

            Le redémarrage de la végétation est intervenu fin juin, trois semaines après la fin des opérations de retaille. Les parcelles laissées en l’état étaient reparties une semaine plus tôt. Le viticulteur pense que ce retard de la végétation était sans doute lié au stress supplémentaire occasionné par la taille en vert : « Au départ et jusqu’à la fin juillet, j’avoue que visuellement, le retard de végétation des parcelles taillées en vert était perceptible. Dans les vieilles vignes, la sortie était encore un peu plus tardive mais dès le départ, la végétation ressortait bien dans le cœur des souches. À partir du début du mois d’août, la croissance s’est accélérée visuellement, l’écart de développement semblait ne plus être présent. Cette seconde végétation très tendre s’est avérée aussi très réceptive au mildiou. Il a fallu faire preuve de vigilance pour les traitements et poursuivre la protection cuprique tard en saison jusqu’à la fin octobre »

 

Une qualité de bois permettant de retrouver une taille classique dès l’hiver 2014/2015

 

            Le bel été 2014 et l’absence de gelées précoces à l’automne ont permis aux parcelles retaillées en vert d’accomplir un cycle complet. P Forgerit estime que dans la situation de 2014, les bienfaits de la taille en vert ont été réel : « Visuellement à la fin de l’été, la ressortie de rameaux était très régulière même si bien sûr le volume de cette végétation de 2e génération n’était pas aussi dense. C’est quand nous avons commencé à tailler que je me suis rendu compte de la qualité des sarments. On trouvait de la taille assez facilement sur la grande majorité des souches. Certes le diamètre des bois était plus petit mais on a pu retrouver une taille classique en laissant une charge un plus faible de 7 à 8 bourgeons. Cela a tout de même demandé un peu plus de temps. Par contre l’attachage des lattes a pu être effectué dans de bonnes conditions sans risque de casse de bois. Les vignes touchées à 70 % qui avaient été laissées en l’état étaient nettement plus difficiles à tailler ».

 

Une récolte de 80 à 90 hl/ha en 2015 dans les vignes grêlées à 100 %

 

            Lors des vendanges 2014, les 30 ha de vignes retaillées n’ont pas été vendangées car d’une part, il y avait très peu de raisins et d’autre part, l’objectif était de protéger au maximum le capital de bois présent. Le passage de la MAV sur une végétation frêle aurait pu engendrer de la casse de sarments potentiellement intéressants pour la taille. Les 10 ha touchés à 70 % ont été récolte et ont produit 630 hl de vin. Au printemps 2015, le débourrement et l’ensemble du cycle végétatif se sont déroulés de façon régulière dans les parcelles grêlées à 100 % et retaillées. L’état végétatif n’a pas semblé extérioriser de séquelles liées au traumatisme de la grêle de 2014. Le rendement moyen des vignes les plus touchées a été en 2015 de 80 à 90 hl/ha.

 

Les vignes en forme et bien entretenues supportent mieux un tel traumatisme

 

            P Forgerit considère que le fait d’avoir des vignes en forme » représente un atout quand un vignoble est confronté à un sinistre de grêle majeur : « La vision d’une vigne détruite à 100 % est une épreuve morale dont on ne mesure pas l’importance quand on ne l’a pas vécu. Derrière une grêle, il ne faut pas céder au découragement face à une telle épreuve. Au contraire, il faut essayer d’aider les vignes à surmonter les conséquences du ravage. Le bon entretien des parcelles sur les plans, de la protection phyto l’année du sinistre, des apports de fumure au sol l’hiver suivant et de l’attention à porter à la taille me paraissent vraiment essentiels. Les souches sont fragilisées par le redémarrage de la végétation et il convient de tout faire pour limiter les conséquences de ce traumatisme physiologique. Autre constat, l’hiver suivant une grêle la taille en guyot double même plus courte est toujours bénéfique sur le plan des rendements par rapport à une taille à coursons ».

                                                                                             

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